19/09/2015

Revisite d'une copie d'un tableau de Magritte.

 Comme à son habitude, elle avait livré son message en quelques mots, sans emballage

« Papa j'ai dépendu le cadre que tu m'avais offert et qui était placé dans mon living. Je l'ai rangé car il prenait beaucoup trop de place. »

Qu'est-ce qui l'avait poussée à envoyer paître ce cadeau que nous avions choisi ensemble quelques années plus tôt. Je n'en savais encore rien car son message téléphonique ne se prêtait pas à une longue discussion. Généralement elle va droit au but et puis raccroche.

Ce cadre, copie d'une œuvre de Magritte(1), choisie il y a quelques années(2) m'avait semblé particulier et nous avions convenu de le faire encadrer avec la réserve d'usage que quand il aurait fait son travail, il serait sans doute remplacé.

Ce n'était pas la lecture au premier degré qui était la bonne, c'était si ma mémoire est fidèle l'attitude qu'il fallait éviter.

Symboliquement , l'oeuvre me semblait exprimer la féminité et le travail qu'elle devait faire pour l'être plus. À son adolescence, ma fille avait un caractère bien trempé qui correspondait plus aux garçons manqués et je lui souhaitais par ce symbole de s'en écarter en cheminant..

Le moment était arrivé, elle avait passé un cap et basculait dans un univers plus féminin.

Était-ce le choix de son prochain stage de développement personnel qui l'avait confortée dans sa décision. Il devait y être pour quelque chose car c'était souvent des points d'inflexion qui se manifestaient dans sa vie et qui apparaissent brusquement comme des coups de barre. Elle ne m'en avait pas donné la teneur, le thème, l'endroit. La seule réponse reçue était " Je ne suis pas disponible ces jours-là "

Entre-temps elle avait une fois de plus, poussée par son insatisfaction, par l'atmosphère de son dernier travail, remis en question son plan de carrière. Début de ce mois, elle tombait au chômage et se trouvait sans travail.

La date-de fin du contrat était symbolique c'était le jour anniversaire de notre aînée, décédée huit mois plutôt. Fallait-il y voir une synchronicité ? Se sentait-elle autorisée à prendre la place occupée par sa sœur ainée pour en faire la sienne.

La coïncidence était remarquable ! Avait-elle un sens ?

L'avenir le dirait. En attendant c'était un moment clé de cette année.

Comme l'année précédente, elle quittait un travail où elle ne se sentait plus à sa place, tout en ayant une grande peur de se trouver sans occupation.

A ma réflexion sur l'importance d'une stabilité dans la vie professionnelle elle m'avait répondu « Mais je suis une nomade, de ce point de vue ! »

Réponse ambiguë que j'interprétais comme son incapacité de prendre sa place sur le marché du travail tout comme elle ne pouvait être femme féminine mais plus femme "Amazone," prête à en découdre dès que les choses étaient contraignantes.

Le départ de l'aînée avait détruit le tissu familial dans son apparence actuelle. Il se reconstruisait sur d'autres bases, d'autres points d'appui. C'est elle qui avait associé la date de naissance de l'aînée et la fin de ce contrat de travail.

Sans doute y avait-il une coïncidence. Je lui avais répliqué immédiatement que c'était aussi la date de la fin de mon contrat professionnel et du jour où je m'étais retrouvé pour la deuxième fois sur le trottoir mallette en main pour rentrer à la maison une fois encore.

Deux préavis de ma vie professionnelle se trouvaient à cette période correspondaient par leur date mais quel en était le sens ?

Point d'inflexion qui m'avaie conduit à une des meilleures périodes de ma vie de travail et que je ne manquais pas de projeter pour son parcours futur, celui d'être en route vers la meilleure période de la sienne.

Qu'elle aie éliminé ce tableau de Magritte comme le symbole d'une féminité empêchée, à surveiller de près et à considérer pourrait être avec la fin du travail les indices de nouveaux chemins ouverts sur la réalisation de son être profond.

Les jours qui suivaient lèveraient peut-être le voile qui couvrait ces circonstances, le décrochage du tableau et la fin de son activité intermédiaire à la réception téléphonique d'un cabinet médical.

Était-ce les parcours thérapeutiques de son être ?

 

(1) La corde sensible. Magritte.

(2) La corde sensible versus notre univers.    Billet écrit quelques années plus tôt à l'achat de la reproduction de la peinture.

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