15/12/2015

Nature et durée des couples.

Pour la remercier de ses attentions constantes, j'avais invité ma sœur et son mari à un souper aux moules. Pour la première fois cet hiver, nous goûtions à ce plat agréable. J'espérais conduire pendant ce temps, une rencontre paisible et profonde. Mais les événements étaient tout autres. A peine le plat fini, son GSM l'appela pour une urgence familiale. Sa fille venait de faire ses bagages et souhaitait se réfugier chez elle. Cinq minutes plus tard nous étions seuls.

La parenthèse s'était refermée beaucoup trop tôt mais il n'y avait rien à faire, sa présence était indispensable.

Des derniers entretiens avec elle, j'avais déduit l'arrivée d'une turbulence majeure et imminente. Le couple de sa fille ainée, concrétisé depuis peu par une fête de mariage, venait d'exploser et si j'avais compris les quelques éléments qu'elle me donnait, c'était certainement pour de bon.

 Une question récurrente m'obsédait, la place de l'homme et son image dans le clan. Quelques années plus tôt, je m'étais questionné sur cette image en la situant au niveau de ma fratrie et j'en avais ressenti la marque au fer rouge.

Marque qui avait imprégné les neveux et nièces tout autant que mes enfants.

Fallait-il s’abandonner au destin qui avait œuvré pour que les différents couples se constituent et laisser aller les choses, ou reprendre la réflexion, à la génération suivante, celle de nos enfants respectifs.

De génération en génération, à commencer par mes parents, les histoires conjugales n'avaient pas l'air simple. Elles étaient remplies de drames relationnels, de difficultés professionnelles, de changements d'habitation. De nombreuses turbulences émaillaient les histoires personnelles. En les survolant, je constatais que la vie était loin d'être un long fleuve tranquille. Régulièrement des coups de barre étaient donnés dans les vies où tout semblait couler de source. Si les difficultés des parents n'apparaissaient pas, c'était les difficultés des enfants qui prenaient le relais.

Pas de mer étale, mais des tempêtes régulières obligeaient les uns et les autres à faire face à l'adversité, à réparer les dégâts, à raccommoder ce qui pouvait l'être, à reprendre courage pour repartir vers un destin incertain et difficile.

Observé dans la durée n'apparaissait dans les destins que les écueils, points de repère obligés car facilement accessibles. Il en fallait du courage, de la volonté pour repartir, tourner la page sans doute pour en réécrire une nouvelle ou comme je le lisais sur la page Facebook de ma filleule il fallait changer de livres.

Fallait-il alors mesurer le bonheur immédiatement après le creux du drame car ainsi l'écart est toujours intéressant et positif. Mesurez la vie à partir des creux et non à partir des rares moments de calme et de béatitude.

Était-ce la disparition du grand-père paternel, puis à notre génération, du père à l'âge où nous étions adolescents qui avaient ouvert des pages d'immaturité, des objectifs de compensation, toutes les incertitudes qui comme des rouleaux s'écrasaient sur la plage ?