01/05/2015

Ascendance quand tu nous tiens.

grand-mère paternelle,deuil,ascendanceComme il ne pouvait plus utiliser son application Skype, je lui rendais visite pour essayer de comprendre où était le problème. Une heure de route m'attendait, sur ce chemin tant de fois parcouru, routine qui laissait l'imagination galoper dans tous les sens.

Perdu dans la tristesse de ce départ qui m'avait bouleversé, j'associais mon frère, à notre enfance, notre adolescence, à la mort du père là pas loin d'où je me rendais.

L'image de ma grand-mère s'imposa. Elle avait perdu son fils. Le lien vers notre père était perdu, brisé. Je n'en avais pas pris conscience sinon maintenant, moi qui venais de perdre mon enfant.

Nous étions elle est moi dans le même scénario de deuil. Peu de paroles avaient été dites bien des années plus tôt, ce n'était pas la tendance, l'air de notre temps. Chacun était reparti vers ses occupations et ses souffrances cachées. Nous n'avions guère partagé le manque qu'il avait ouvert par son départ. Nous n'avions pas mis de baume sur nos plaies. Un silence pesant s'était abattu sur notre vie.

La souffrance de ma grand-mère avait dû être la mienne, souffrance qui ne peut se mettre en mots, en phrases, douleur profonde ultime. Qu'y a-t-il de plus fort que de perdre son enfant ?

Question deuil, elle avait déjà donné à la mort de son homme, après 15 ans de mariage. Elle l'appelait encore, lors de notre adolescence, dans son sommeil d'une manière régulière.

Elle avait souffert ce que je vivais et nous étions restés distants. Les grandes douleurs sont muettes.

Ce jour je me retrouvais en phase avec elle, nous avions un champ commun, nous étions désenfantés.

N'était-ce pas pour lui rendre un enfant, son enfant perdu que j'avais nommé ma fille d'un prénom proche du sien, un diminutif de Laure. N'était-ce pas pour la consoler que toutes les six semaines environ, je lui rendais une visite.

Balises permanentes des jours de sa vieillesse. Elle avait souffert non seulement de la perte de son aîné mais aussi sept ans après de celle de son cadet. Deux fois désenfantée. Je ne lui avais pas vu verser une larme.  Était-ce possible ?  Interrogation !

Plus d'une fois, je l'entends encore dire " Je ne sais pas pleurer ! Je ne peux laisser aller mes larmes."

Héroïsme ! Inconscience !

Partager sa douleur, ressentir la compassion de son entourage n'était-ce pas un chemin pour faire le deuil du moins pour l'atténuer, le rendre supportable.

Nous nous étions rejoints par ce lien que ma fille lui apportait par son prénom, choisi par moi. Choix à ne pas discuter, construit par mon regard invisible tourné vers elle.

Lien non coupé qui nous a sans doute pesé plus qu'il n'aurait dû.

Je ne l'avais pas quittée. J'y étais attaché par ce non-dit..

Et puis ces dates qui m'étonnent mon aînée partie presque le même jour que mon père, comme pour fêter les 50 ans de son départ. Noeud familial autour d'un deuil non fait. Date, temps qui marque la chape de plomb posé sur ces réalités non dites.

En sortir pour libérer ma famille et la rendre plus vivante, donner un sens à ce qui nous arrive et nous blesse pour que ces douleurs ne soient pas transmises, encore, vers les petits enfants..

 

08/04/2015

Enfin,le rendez-vous avec son amie.

Nous avions rendez-vous au bord de la Sambre dans un restaurant que j'avais déjà fréquenté. Mon objectif, en sa compagnie, parcourir quelques moments, quelques anecdotes de leur amitié qui m'avait semblé profonde.

Liées d'abord par la proximité de leurs habitations respectives au cours du temps, ma fille et elle s'étaient rapprochées pour devenir intimes. La séparation de celle-ci avait été une des étapes qui avaient construit une amitié plus profonde.

Après sa dépression, ma fille avait trouvé chez elle, une confidente, une oreille attentive. Mise en commun de leurs infortunes peut-être. Un prêté pour un rendu sans doute.

Deux solitudes fondamentales qui se lient pour se sécuriser, se rassurer.

Dans l'hommage qu'elle avait fait aux funérailles, leur amitié m'avait semblé profonde, emprunte de beaucoup de joies, comme deux adolescentes.

La photo en introduction du texte qu'elle m'avait remis, les représentaient comme des jumelles, comme deux amies reliées, par une situation commune qui les liait sans qu'elle puisse en exprimer la nature, par leur infortune aussi, sans doute. Elles étaient de grandes amies point.

A cette amitié, dans la rencontre des expéditions nocturnes, des soirées de détente s'ajoutait un élément neuf qui semblait s'être mis de plus en plus dans l'histoire que j'étais en train de déchiffrer. L'expression corporelle profonde au-delà du verbal semblait prendre le pas sur l'échange intellectuel.

Mon fils l'avait déjà citée à sa manière d'être en contact par un champ de proximité qui faisait peur à plus d'un.

À son tour cette amie clarifiait ce champ comme quelque chose d'impressionnant au-delà des mots. Une expression sensuelle d'une présence intime qui me renvoyait à quelques rares expériences que j'avais faite depuis son départ.

À la manière de ma belle-sœur qui sait manifester une présence intime par un toucher étendu qui pénètre dans le corps, qui s'enracine sous la peau.

Une sorte de toucher d'haptonomie, qui dépasse la surface de la peau et qui s'étend dans le corps comme un rayonnement chaud peut le faire.

Le chapitre de la sensation s'ouvrait encore!

Ma fille m'en avait parlé en Février et nous avions échangé sur ce sujet. Champ morphique qui fait fi des limites corporelles pour se prolonger dans le corps de l'autre.

 

Puisqu'elles avaient été amies il me semble nécessaire d'ouvrir, de maintenir la communication avec celle qui avait été la plus proche d'elle. Ne pas jeter aux orties la face d'elle que je ne connaissais pas.

Entrer dans la communication pour sans doute la retrouver un peu. Entendre d'elle des mots prononcés, des anecdotes vécues pour remplir le vide qu'elle avait laissé.

Elle avait dit oui à cette rencontre, à cet échange, car de son côté un vide était à combler «Je n'ai personne autour de moi à qui parler de votre fille, me dit-elle »

Elle ne venait pas de son milieu professionnel et était l'autre, celle rencontrée par hasard. Elle était une des parties de l'univers qu'avait construit ma fille et appartenait sans doute à un monde que j'ignorais, qui avait sa place dans ma mémoire.

Elle était un miroir du passage de ma fille parmi nous, d'un reflet qui avait sans doute du sens et qui me soutiendrais dans mon deuil.

Cette amie intime était d'accord de nous rencontrer ma femme et moi si cette dernière le souhaitait, si pour elle la blessure n'était pas trop vive et si des souvenirs pouvaient lui faire du bien.

Au fond, mon épouse la connaissait bien car plus d'une fois, elle avait conduit notre fille chez celle-ci après le départ des enfants pour la semaine du père.

Je me devais aussi de tisser un lien plus profond avec elle pour ouvrir des portes, pour tenir encore quelques temps en vie la braise de leur amitié.

Une anecdote rapportée fut sa vision de la fête des 40 ans de ma fille. Son amie n'avait pas contrairement à l'habitude été chargée du discours officiel. Ma fille s'était chargée, elle même du mot traditionnel qu'elle avait commencé à son étonnement,

par " Quarante ans et toujours célibataire" Le ton de la fête était donné.

Un abîme restait à combler. Son vœu le plus cher, d'être reconnue socialement par une fête la plaçant, l'entrant dans la lignée de ses ancêtres. Cérémonie qui n'avait pas encore eu lieu alors que l'aîné de ses trois enfants avait treize ans.

À son cercle d'amis, elle indiquait son attente profonde et butée dont elle n'avait pu faire le deuil. Elle n'avait pu entrer dans l'acceptation de ces années de négation apportées par son compagnon et passer à autre chose. Elle n'était pas devenue "Madame" pour une raison obscure qui minait leur relation. Le notaire leur avait dit, à l'occasion, je m'en souviens. "Mariez vous, cela sera plus simple pour régler la propriété de votre maison." Cela n'avait pas été l'argument décisif et final.

La cérémonie aurait-elle changé le cours de sa vie ? Son destin aurait-il été autre ?

La question resterai toujours en suspens.

Pavé dans la mare qu'elle avait lancé dans son cercle d'amitié réunit pour ce passage de décennies. Mariage en quarantaine comme s'il y avait un risque de contagion.

Y avait-il encore des éléments à entendre pour comprendre les événements, des faits ? Sans doute.

Accord fut pris pour un rendez-vous chez nous cette fois.

 

 

(*) L'arbre matriciel, le retour.