05/01/2015

La grotte des nutons.

nouveau départ,repartir,faire le deuilDepuis son décès, c'était la première après-midi que nous passions avec nos petits-enfants dans la maison du père. Elle avait été pendant 10 ans la maison familiale puis dans un coup de tête, ma fille avait quitté le domicile conjugal et s'était installée à 1 km, à proximité de l'école dans une location. J'avais participé aux deux déménagements ; celui du départ car je croyais l'aider à retrouver une liberté d'action qui l'aurait sauvée, celui du retour des meubles des enfants à son décès.

La maison avait retrouvé son âme, son organisation, son aspect intérieur d'avant les tempêtes. Pour simplifier la préparation des repas dans un univers peu connu, nous avions tout préparé et réchauffé le repas sur place. Le père, pour nous accueillir avait préparé la table, geste d'accueil, pour relancer la relation bien malmenée depuis le départ de sa compagne huit mois plus tôt, et son récent geste de détresse.

L'idée semblait trainer dans leur environnement que c'était celui qui partait qui était le coupable, le mauvais. Ma fille n'avait pas assumé ses devoirs de mère, elle était partie. Sa belle mère le lui faisait bien sentir d'ailleurs en la toisant, à l'occasion, à la sortie des classes.

Cette première rencontre était difficile. L'émotion était à fleur de peau, sournoise, prête à jaillir. J'avais aperçu par la fenêtre mon épouse en pleurs, la main sur la voiture de notre fille, qui attendait d'être vendue. Témoin silencieux d'une autonomie qui ne l'avait pas conduite vers le bonheur serein qu'elle recherchait. La soupape émotionnelle de mon épouse fonctionnait, elle allait bientôt rentrer comme si de rien n'était. C'est ainsi qu'elle avait été éduquée, les émotions, les humeurs se vivaient dans sa chambre, pas dans le lieu de vie. J'assumais différemment surnageant au-dessus de ma morosité, de mes sentiments profonds, actif surtout pour que les enfants profitent du repas et nous parlent de la rentrée à l'école.

Pour rester fidèle à ma fille, à cette image qui m'avait traversée le jour du décès où j'associai mort et caveau familial comme si sa dernière volonté m'était transmise de manière ultime, j'avais décidé de l'enterrer dans son terroir d'origine. Et puis de toute façon, elle serait redescendue l'année suivante près du collège dans la vallée, pour limiter les va-et-vient scolaires. Je n'avais pu envisager la solution de garder leur mère à proximité. La tension qui en résultait avait sans doute été atténuée par les vacances. Ils avaient sans doute pris conscience que c'était dans la maison, dans leur cœur qu'elle était présente, surtout.

Pour occuper l'après-midi et profiter du beau temps, nous avions entrepris une balade vers un affleurement rocheux avec une grotte de la taille d'un homme, découverte quelques semaines plus tôt. Cette fois, nous avions une lampe de poche.

L'objectif de balade, leur avait plu et tous, nous avions marché vers le bois où se nichait cette curiosité du bord du chemin. C'était l'occasion de parler, d'échanger à tour de rôle, de reprendre le contact d'entendre un peu la description de leur nouvel environnement scolaire. Les grands étaient déjà équipés d'un GSM et la conversation tournait autour de l'objet. Je sentais ma petite fille plus proche, plus ouverte. C'était bien la première fois qu'elle s'approchait aussi longtemps de moi. Elle avait muri, parlait aussi de son projet scolaire, un exposé sur un thème à choisir.

Avions-nous renoués, et étions nous en contact ? Des prochaines rencontres témoigneraient de son cheminement, de la nature du lien qu'il fallait rétablir.

La grotte n'était qu'un boyau d'une dizaine de mètres, il fallait pour y pénétrer beaucoup de souplesse et j'étais resté à l'extérieur.

L'essentiel n'était pas d'y entrer mais d'établir une relation nouvelle en mémoire de leur mère, trop tôt disparue.

15/12/2014

La carte postale de France.

Le flux des lettres de condoléances s'était tari. À présent il y avait des jours sans rien dans la boîte. C'était le temps des vacances, le début de l'oubli. Tout rentrait dans le quotidien.

Ce matin pourtant une carte postale, mal en point, occupait seule le panier recevant le courrier. Elle semblait incongrue, par son sujet désuet en dehors des normes. Posté d'une ville voisine avec laquelle je n'avais aucun lien, elle m'intriguait.Il me fallait trouver un sens aux nombreuses signatures qui la remplissaient.

Une émotion profonde jaillit en moi, me déstabilisant. Les membres de la session de Villedieu ne m'avaient pas oublié. Une carte avait circulé et les figures de ceux qui avaient signés défilaient dans ma tête. Longtemps j'avais hésité à m'inscrire à la session 2014. Y aller, ne pas y aller ? Quelque chose d'indéfini me retenait ici. Ce n'était pas comme la dernière fois, où j'avais une activité qui m'empêchait de les rejoindre. Cette année là, il n'y avait qu'un vague regret de ne pas aller parmi eux, puisqu'une opportunité rare s'était présentée.

Vu la tournure des événements de Juin, j'interprétais ce choix comme un pressentiment. Je n'y aurais jamais été. Je n'avais guère le cœur à cela. Je me devais de couper les liens qui retenaient ma fille, dans son espace loué pour la garde alternée des enfants, après sa séparation,. Il me fallait entrer dans le deuil, effacer cette tranche de sa vie où elle avait cru être forte et indépendante et où tout l'avait conduite dans l'impasse professionnelle qui avait eu raison d'elle.

Ce groupe de méditations avait été pour moi, il y a 10 ans, la source d'une joie profonde, d'une expérience fondatrice. À chaque session, je rêvais de parcourir les champs d'ouverture et d'expérience qui m'avait été ouvert mais la découverte, de cet univers, ne s'était pas renouvelée. Quelque chose s'était cassé ou plus précisément avait manqué. Ce quelque chose était dans le champ de la sensation et depuis le départ d'Anand, notre leader charismatique, aucune exploration n'avait été ouverte dans cet espace.

Dix ans s'étaient écoulés depuis Juin 2004 où j'avais touché cette puissance mystérieuse en moi. Une porte s'était ouverte libérant une énergie fondamentale nommée parfois par les hindous. Ma fille aînée l'avait concrétisé étonnamment par un cadeau de deux petits serpents en papier mâché coloré. Elle n'en connaissait rien et m'avait pourtant apporté ces symboles en cadeau.

Ceux-ci restaient précieux à mes yeux, dix ans que j'étais à la recherche de la pierre philosophale, de la pièce suivante car dans le développement de cette mystérieuse énergie s'était arrêtée à hauteur du plexus.

Cheminement lent comme sa souffrance, énergie vitale attendant que la voie se libère, au fur et à mesure, non par des mots ou des images mais par des tensions internes qui lâchent les unes après les autres. Parallèlement à cette avancée, un autre espace, celui des chants sacrés, apportait sa contribution. L'année dernière un seuil de plus était dépassé, permettant l'avancée de cette mystérieuse énergie, un cran plus loin. Dans cet espace, quelque chose semblait aussi manquer et j'envisageais là, à présent de le quitter, de ne plus poursuivre. Orphelin de deux lieux qui m'avaient ouverts de nouveaux champs de possible, j'errais l’âme en peine à la recherche du support suivant qui allait me porter plus outre.

Que la grâce soit avec moi sur ce chemin qui s'ouvrira peut-être devant moi.

En attendant il fallait faire la pose, parcourir l'indicible auquel je devais faire face m'appuyant essentiellement sur ces cadeaux qui m'avaient été donnés, et que je n'avais pu partager avec elle.