12/11/2014

Déchirement à propos des biens, de la succession.

suicide,déclaration de succession,notaire,introjection des objetsLes émotions se bousculaient en moi, comme les voitures d'un scooter de foire, dans tous les sens. Je ressentais aussi celle de mon épouse et de ma plus jeune fille. Le départ violent de notre aînée nous avait pris de front dans un état d'impréparation maximum.

Tout semblait aller, m'avait-il semblé à notre dernier entretien. Elle allait affronter ses problèmes de boulot avec détermination. Elle allait lever le pouce et se soigner, s'occuper d'elle. Cela n'avait pas été le cas, sans doute souffrait-elle trop de la situation familiale et professionnelle.

La violence du choc était énorme, surtout pour ma fille cadette qui avait dû, en plu,s nettoyer le lendemain, les humeurs rendues lors de son suicide. Ce n'était pas rien. Tout cela pour nous protéger nous les parents, pour nous éviter cette corvée impossible.

Deux jours plus tard, dans la maison que mon aînée louait, nous avions vidé le frigo, évacué les plantes vertes et mis le logement en attente d'être vidé après les funérailles. Quelques draps avaient été emportés pour le nettoyage, question de donner des tâches utiles et occupantes à mon épouse traumatisée par cet acte violent de notre fille.

En tant que mère et sœur cadette, elles avaient beaucoup de difficultés à faire la part des choses, à respecter le fait majeur et définitif que tout appartenait à ses enfants.

Il n'était plus question de se transmettre des objets pour une période donnée, en prêt, en attendant que des temps plus aisés lui permettre de les remplacer par des nouveaux. Il n'était pas question de réclamer les meubles de famille qui avaient abouti chez elle, pour se remeubler après son départ de la maison du père des enfants.

Les bouts d'aviron du grand-père maternel avaient aboutis sous son escalier, par je ne sais quel jeu de répartition. Y avait-il eu partage par tirage au sort, ou prise de possession, par elle, lorsqu'ils avaient été évacués de chez la grand-mère ?

Un attachement particulier, violent, s'était manifesté pour ce souvenir. Ma plus jeune voulait les récupérer car sa sœur n'était plus là. Pour elle, ces objets devaient revenir de droit à ceux de la branche maternelle. Il en était de même du petit banc d'école qui avait atterri au pied de la table de la cuisine. Cet objet de famille devait remonter de la fille à la mère qui le ferait à nouveau circuler vers la plus jeune.

Son départ réveillait manifestement chez ma plus jeune, une jalousie profonde, un souhait de possession. Je m'y opposais fermement, c'était une question de justice. « Possession fait loi » l'objet appartenait à ma fille décédée et vu son départ, à ses enfants.

Par deux fois, je constatais cet attachement viscéral dans le chef de ma femme, de ma fille à des objets de famille. Brusquement ces attachements aux objets prenaient une place importante, bousculaient les moments déjà difficiles à vivre. Il y avait un traumatisme derrière cela. À défaut d'être proche, en relation avec sa sœur, ma plus jeune se rattrapait pour exiger des objets qui appartenaient aux enfants. Elles voulaient aussi des meubles, des chaussures, des vêtements. Deux jours après le départ de notre fille, sa mère, ma fille essayaient d' introjecter ceux-ci, dans une attitude jalouse et indigne d'une mère, d'une soeur.

Des liens forts de possession les animaient. C'était comme une seconde perte à négocier car ils représentaient la disparue.

Décemment, il fallait attendre que la cérémonie des funérailles soit accomplie avant d'entrer dans les choses matérielles. Il fallait prendre du temps pour apaiser ces envies violentes qui semaient la tempête dans les relations familiales si blessées, par son départ. « Donner c’est donner, reprendre c'est voler ». Ce proverbe se baladait dans ma tête et j'essayais au-delà de l'émotion, de ma peine, de les transmettre à ma femme et à ma fille. Je n'imaginais pas que son départ importerait dans les relations des moments aussi violents et aussi peu respectueux des droits de chacun. Les enfants héritent de leurs parents, c'était clair, simple mais pas émotionnel. Trop de sentiments mal définis se mélangeaient.

Bien sûr, elle avait quitté son compagnon, depuis quelques mois mais elle n'avait pas quitté ses enfants. Ceux-ci avaient droit à dire leur mot, à faire valoir leurs droits et c'était leur choix de veiller à laisser aux membres de la famille quelques souvenirs physiques des relations existantes avec leur mère.

 Le père avait décrété l'appel à un notaire pour l'état des lieux des biens de ma fille. Son objectif était précis défendre, les intérêts des enfants. Tout leur revenait de droit et seul cet officiel pouvait assurer la probité des échanges.

La présence du père dans la maison de son ex-compagne représentait, à lui seul, selon la loi, les enfants. En tant que grand-père, que grand-mère, nous n'avions plus de droit.

La procédure de séparation toujours en cours entre mon ex beau-fils et ma fille n'était pas simple et aisée. Celui-ci défendait ses biens immobiliers, l'apport de ses parents, ne voulait pas lâcher le moindre euro, sinon après des discussions épuisantes. N'était-elle pas la coupable, celle qui quittait le domicile commun. Ces entretiens rapportés plus tôt à ma femme avaient monté celle-ci contre l'auteur de tant d'exigences pécuniaires, contre celui qui voulait à peine reconnaître l'apport financier que le compagnonnage avait permis. Il était devenu le mauvais celui par qui le drame arrive. Il était presque le bras armé qui avait poussé notre fille à cette extrémité.

 Pour en sortir pour ramener l'église au centre du village, j'avais écartés les femmes, sources de tensions, et je participais, l'âme brisée, avec le père des enfants, aux procédures légales et neutres, conduisant à la déclaration de succession et à la liquidation de la location. J'abandonnais les devoirs que je croyait de mon ressort mais la loi avait changé. Seul le survivant du couple parental, assurait la défense des intérêts des enfants.

Tous les objets rentreraient chez lui, à la maison paternelle car c'était lui maintenant le soutien vital de mes petits enfants. Les objets de famille ne reviendraient coté grand-mère maternelle que si les enfants n'en voulaient pas. Malgré leur jeune âge, ils auraient le droit de choisir et seraient respecté dans leur volonté ou celle de leur père, tuteur légal et unique.

La grand-mère maternelle, sa sœur attendraient leur bon vouloir, je m'en étais porté garant au nom d'une justice qui avait toujours régné dans ma tribu familiale.

L'attachement viscéral aux objets est source de conflits et depuis que j'en avais pris conscience,(*) j'y attachais de l'importance.

Les objets ne sont pas la personne, sa mémoire est dans notre mémoire, pas ailleurs.

(*) Les sous-plats.

11/10/2014

Elle a tiré sa révérence.

dépression,burnout,trouble bipolaire,impasseLe quotidien de son travail aux urgences avait patiemment usé les uns après les autres les brins qui faisaient sa valeur, sa solidité. Sa résistance avait diminué lentement suite à cette ambiance particulière qui rassemble en un endroit l'angoisse, la détresse des hommes et des femmes. Comment résister à l'inconscience aussi de tous ceux qui par négligence consultent à défaut d'autres endroits plus adéquats, pour des maux anciens qui leur reviennent faute d'avoir été considérés. Comment oublier l'agressivité des patients lassés des délais d'attente, ou qui n'ont que leurs aigreurs à diffuser.

Qu'avait-elle reçu comme support psychologique de la part de l'hôpital face à cette détresse humaine et sociétale ?

Avaient-ils construit un esprit d'équipe, par des journées d'activités ludiques, de détente, de joie de vivre ? Avaient-ils bénéficiés dans l'équipe, de repas de fête pour dissoudre les tensions inhérentes à ce genre de situation. Je n'en avais pas eu d'écho.

Les fêtes, les anniversaires des uns des autres permettaient sans doute de quitter cette ambiance épuisante.

Petit à petit la coque autour de son angoisse primaire s'était fissurée et la goutte avait fait déborder le vase. Elle s'était effondrée victime de ce stress si mal combattu, si mal dissout.

Pour la soigner, dans sa dépression, son burnout, les ressources disponibles avaient été consultées. Chacun intervenait dans son coin, avec ses méthodes de travail standard, reconnues et acceptées par le système de soins. Vaille que vaille, elle avait repris des forces.

Dans la famille, on parlait de son état, classé selon les critères actuels de la profession. Elle avait un trouble bipolaire. Les périodes de dynamisme de suractivité étaient suivies de périodes d'épuisement moral. 

En la voyant agir, je me rendais compte que son comportement n'était plus le même. Elle en faisait trop, ne savait plus posément s'arrêter pour profiter un peu d'un temps personnel. Comme mère de famille, maîtresse de maison, infirmière qu'avait-elle encore comme possibilité pour soigner un ancien déficit d'attention, de tendresse.

Fonctionner comme si tout allait bien était devenu son mode de vie, cacher à son entourage sa difficulté, sa détresse peut-être. Avait-elle un regard lucide sur elle-même savait-elle peser ses faiblesses, les compenser, les soigner ?

Son frêle esquif voguait sur une mer démontée, poussée par des vents de toutes directions. Les soins semblaient venir aussi de toutes les directions. Y avait-il une cohérence, un échange avec une personne de référence qui pouvait voir l'ensemble ?

La question m'obsédait. Que faire ? Quels soutiens lui apporter dans l'agitation qui semblait l'animer ?

Quelles ressources nouvelles pouvaient lui apporter son employeur ? Pouvait-elle encore s'appuyer sur cette source de revenus, sur cet univers hospitalier remplis de contraintes et de compétitions au service ; des malades ? , de ses intérêts propres ?

Comment se vivait dans les services, la mission de l'hôpital. Soigner les patients sans doute mais quelle était la gamme de soins, les objectifs,  les supports pour les équipes travaillant sur la brèche où les hiérarchies de savoir, de vouloir, font la domination sur les équipes de services.

Via le service du personnel, elle avait occupé un poste apparemment plus adapté à son état, en attendant que la personne malade revienne au travail. Elle avait tenté une autre mission sans s'y adapter vu la nouveauté du poste et les incertitudes.

Après quelques semaines de travail de nuit pour assurer son tour de garde des enfants, elle s'était épuisée et cherchait un poste de jour. La formation trop courte, les contraintes physiques d'un autre poste avaient mis ses réserves à néant. Elle allait être mise en incapacité de travail vu son capital épuisé de congé de maladies.

L'épée de Damoclès était suspendue au dessus de sa tête. Ses recours semblaient épuisés. La médecine du travail lui semblait acquise, c'était une question de temps.

Mais le jour où trop tôt, le service du personnel lui confiait l'appui infirmier d'une équipe à l'hôpital de jour, elle ne s'était pas présentée au travail. Elle avait tiré sa révérence.

  - (Peurs et angoisses)