04/08/2013

Départ en vacances.

vacances,coup de tête,valisesL'arrangement s'était développé au cours des mois précédents pour finalement se concrétiser à notre avantage. Pendant leurs vacances à l'étranger, nous garderions leur grande maison. Nos enfants pourraient y séjourner quelque temps. Cette ouverture et cet accueil signifiait six longues semaines de vacances, bienvenues et inattendues. Arrivé le jour avant, nous avions pris nos repères, fait un peu connaissance, définit quelques habitudes et tâches à assurer.

Le départ de nos hôtes était fixé à midi. Il fallait remplir le mono volume de nombreux bagages. Toute la préparation s'était passée dans le calme.  Chacun dans son coin se préparait au grand départ. Six semaines en Amérique pour y rejoindre le père déjà sur place pour sa société.

Etonnement de ma part, un des plus jeunes partait même avec sa guitare. 

Pendant le trajet vers l'aéroport, une question posée par notre hôtesse me poussa à donner un minimum d'informations au sujet de mes enfants. Ils ne participeraient pas selon les prévisions. La plus jeune avait fait défaut, dans l'incapacité qu'elle disait, de faire face à un séjour avec sa mère. Sa distance se marquait de plus en plus. Elle voulait couper les liens, vivre sa propre existence. À plusieurs reprises, elle nous en avait déjà donné des signes nets et tranchants notamment après son stage de développement personnel (cf :   Le retour de bâton.  ). Cette fois nous étions passés à un nouveau palier ; l'affirmation d'une autonomie certaine. Mon épouse lui téléphonait  peu, ne prenait de ses nouvelles que pour le principe de l'égalité des traitements entre enfants mais rien n'y faisait ;  le courant ne passait pas bien entre elles.

Notre hôtesse conduisait elle-même, j'avais seulement la tâche de ramener le véhicule et en fin de séjour de venir la rechercher à l'aéroport fin août.

La confiance qu'elle nous faisait me poussait à dépasser le stade formel, à entrer un peu dans un échange de personne à personne. Je n'hésitais pas à lui parler des thèmes qui me faisaient vibrer.

Grande intellectuelle, elle gérait  sa famille bien différemment de mon entourage, se faisait un peu aider  n'attachant pas vraiment d'intérêt aux contraintes ménagères. Elle était ouverte, accueillante aux idées que j'apportais, au poids de la transmission généalogique qu'elle connaissait par sa propre expérience. Le lien mère-fille et sa profondeur, sa difficulté lui était familière. Elle me recommanda la lecture du livre « Les filles et leurs mères. » d'Aldo Naouri.

L'exemplaire trainait à la maison mais je ne l'avais pas lu, seulement parcouru. J'aurais à m'y intéresser davantage à mon retour. Mon épouse l'avait acheté pour la sociabilité qu'une telle lecture pourrait représenter, pour citer le livre mais elle n'avait pas parcouru celui-ci. Étonnement de ma part quand je lui avait poser la question « L'as-tu lu?  ». Elle me répondit que non, ce qui était un comportement nouveau. Elle pouvait reconnaître ce fait, sans l'associer à un contrôle, à une connotation négative. N'était-il pas possible de reconnaître que "Oui, ce livre que j'ai, je ne l'ai pas lu." Point final.

Mon hôtesse semblait sensible au lien familial existant entre les mères et les filles. Son absence de six semaines avait semble-t-il créé une inquiétude chez sa propre mère au point que celle-ci avait dû être hospitalisé récemment. La coupure du lien semblait en être la raison du moins, c'est ce que j'en avais compris.

En veine de confidence, comme les théories évoquées lui paraissaient acceptables, je continuais avec mon aînée et sa santé déficiente. Sur le fait qu'elle aussi pourrait ne pas venir passer quelques jours à cause de sa santé et de la résistance de son compagnon à aller hors de ses chemins habituels.vacances,coup de tête,valises,vercors,congés payés,home sitting,dauphiné

La psychogénéalogie lui semblait une matière abordable, plausible. J'en profitais pour lui partager les faits de transmission que j'avais noté chez mon aînée à propos de sa rupture d'attachement, du lien avec le problème de mon épouse, qui elle aussi, faisait tout pour ne pas en prendre conscience. Changerait-elle ? Peut-être que j'avais peu de choses à lui apporter. Elle devait laisser aller le blocage complet, la fermeture au niveau de ses épaules pour libérer les émotions qui pressaient pour leur expression.

Que pouvais-je faire sinon me changer, ne pas vouloir lui faire faire un pas dans l'ouverture. J'avais juste observé, rapporté par l'écriture des moments clés que j'observais.

Subtilement, elle ajouta qu'il était possible que je maintienne le statu quo de la situation pour pouvoir écrire et d'en faire matière. Je la regardais, surpris. L'idée ne m'avait pas effleuré, elle pouvait être plausible mais je la réfutais, je souffrais de cette situation, ce manque de sérénité dans le couple, de ces mêmes tensions qui revenaient épisodiquement, dans un cercle vicieux dont je n'arrivais pas à sortir.

Ce point de vue apporté m'avait étonné. Elle était très observatrice de  mon bavardage et de mes théories.

C'était au fond un effet collatéral possible sur lequel elle mettait le doigt mettant ainsi en avant sa grande finesse d'observation et sans doute de réflexion personnelle. 

Le parking s'annonçait, il fallait veiller à débarquer, atteindre rapidement l'enregistrement des bagages. 

Je les vis s'éloigner tranquillement, le plus jeune dans sa chaise d'enfant, retirée de la voiture, trônant, en plein sommeil, au-dessus de la pile du premier chariot de bagages.

 

21/07/2013

Le cadeau anticipé.

émotion esthétique,cadeau anniversaire,40 ansComme convenu quelques semaines plus tôt, ma plus jeune fille avait appelé par téléphone pour me proposer de passer sur le stand de l'artiste. Celle que sa soeur avait choisie et  auprès de laquelle j'avais acheté à mon aînée.( Autour d'un cadeau. ) Non pas que je voulais qu'elle choisisse cet artiste(*) mais par souci d'égalité, j'avais mis les cartes sur la table. Elle disposait comme sa sœur, d'un budget pour un élément décoratif. Pour moi, la vie et ses aléas ne pouvaient créer une situation d'injustice face à ce geste symbolique d'un père à ses enfants. Elle pourrait ne pas bénéficier à terme d'un cadeau personnel si je gardais comme date repère l'âge de sa sœur ; aussi le choix s'était ouvert à son dynamisme. Cela n'avait pas tardé.

L'artiste exposait dans une fête "jardins ouverts" pas loin de chez moi. C'était pour elle l'occasion d'observer l'oeuvre de celle-ci dans un endroit proche avant d'aller plus tard si nécessaire à son atelier.

Nous avions pris rendez-vous à l'entrée du parc du château pour aller admirer les oeuvres proposées. Elle fut la première à repérer la tente où celle-ci exposait ses créations récentes.

Il n'y avait personne sur le stand ; un pull déposé sur une chaise laissait deviner une présence proche. Une vingtaine de tableaux mettait en valeur différents thèmes dans des formats variés. Elle avait ainsi l'occasion de voir une partie de l'oeuvre dans la réalité en complément de ce qu'elle avait déjà aperçu en consultant les photos présentées sur son blog d'artiste.

Mon seul rôle était de l'observer, d'analyser ses élans et de voir si le choix présenté était suffisant.

Fallait-il patienter, évaluer, attendre un moment plus propice, reporter le choix à une exposition ultérieure, ou partir sur une autre piste ? On verrait selon les étapes du processus.

Ce moment de proximité pour la Fête des Pères était d'ailleurs déjà un cadeau, un moment mémorable.

Elle hésitait évaluait, comparait. L'artiste revint de sa visite dans un stand voisin et la conversation s'engagea entre nous. Une grande liberté nous était donnée.C'était le choix du coeur qu'il fallait privilégier. Aucune obligation n'était créée, aucune insistance.

Son choix se porta d'abord sur un tableau ouvert à la troisième dimension par une bouteille accrochée, qu'elle trouvait trop grosse. Sorte de bouteille à la mer, contenant un message mystérieux, mots qui délivrent, qui apportent le sens de la quête qui nous habite. Non ce ne serait pas son choix. Habilement l'artiste ouvrait les portes, mettait en valeur des émotions, donnait un sens à ce qu'elle avait créé. Sens qui touche l'un, ou qui laisse l'autre indifférent. Chacun a son jardin secret, ses mémoires cachées, ses secrets d'enfance, ses émotions, ses aspirations. L'artiste évoquait ses thèmes puis manipulait sa tablette pour expliquer le cheminement de la création de ses œuvres. Chacune, dans son thème, était unique, portée parfois par  des mots, une phrase.

Debout, face au mur de toile où pendaient les tableaux, ma fille s'orientait doucement vers celui qui occupait le centre d'équilibre de l'ensemble.

Elle hésitait, affinait son choix, accompagnée par les mots profonds chaleureux de cette jeune femme un peu plus âgée qu'elle. Les images, la voix de l'artiste étaient à l'oeuvre. Ma fille était guidée dans son univers magique, elle expliquait le sens du questionnement qu'elle voulait faire passer dans ses oeuvres. Elle l''avait touchée par sa présence, ses tableaux. L'émotion l'envahit. Les larmes lui montaient aux yeux, bien mystérieuses pour moi, son père. Dans son intimité, une vanne s'était ouverte à une émotion envahissante. Le moment était sacré, un espace inconnu parcouru.

Catharsis.

Un grand moment de sa vie se jouait, loin du superficiel, de l'impulsif.

Une sorte de retournement avait transformé la profondeur de son âme. Touchée ; elle était touchée par le thème, la couleur, par l'étoile vers laquelle le personnage tendait la main tout en distribuant derrière elle toute une volée de fleurs, semant aux quatre vents le résultat de sa quête.

Son choix était fait. Ce tableau serait le sien. Il n'était pas entièrement acquis, mon offre était un peu faible, elle devait y mettre un peu d'elle mais le choix en valait la peine.

L'émotion la terrassait. Elle qui cranait si fort, elle qui semblait forte, insensible, intouchable presque, venait de fondre et était à ramasser à la cuiller. En elle, un kyste venait de s'ouvrir, de libérer une émotion ancienne enfouie, elle la laissait sortir, disait oui à la vie en elle, à son guide intérieur qui la sortait d'un enfermement.

L'affaire était conclue, il ne restait plus qu'à emporter ce tableau dont je n'avais aucune idée du nom. Mais était-ce important ? Une source s'était ouverte. La baguette magique de la fée l'avait touchée. De la quête de l'étoile, elle allait semer autour d'elle des fruits, des fleurs.

Il y avait de l'accouchement dans l'air.


(*)- Blog Folisabelle.