18/04/2013

L'auberge espagnole.

visite impromptue,nouveau job,éducation,savoir-vivrePour le deuxième jeudi consécutif, ma plus jeune était venue loger à la maison, seule, ce qui n'était guère arrivé au cours des dernières années. C'était bien inhabituel. Nous l’avons reçue avec plaisir. Elle venait comme au bon vieux temps, passer quelques heures avec nous.

Je marchais sur des œufs : le moindre conseil ou une remarque de ma part, pouvaient mettre le feu aux poudres et dégénérer en conflit. L'idéal était de rester bien neutre, de ne pas dépasser l'information qu'elle apporterait par des questions ou des allusions.

Son caractère assez farouche était vite mis à vif. Son agressivité pointait, prête à en découdre.

La première fois, je n'avais pas posé de questions et fait la moindre allusion au passé, à l'éducation à table de ses enfants, à leur assuétude à ces jeux électroniques qui mangeaient leur temps libre.

Précédemment, j'avais appris qu'elle s'était est inscrite à une session PNL de trois jours à quelques kilomètres d'ici et que sa principale motivation à y assister était sa difficulté relationnelle avec son aîné, âgé de dix ans. Le gamin avait une fâcheuse tendance à commander : d'abord son frère et aussi son entourage scolaire. Il voulait être le chef sans concession, sans alternance et n'en faisait qu'à sa tête. L'idée de la formation était excellente.

C'est bien ce qui avait manqué à mon éducation : leur apprendre les règles d'une communication agréable et sereine avec leur entourage. Elle avait tout à gagner de cette immersion dans cette philosophie intéressante. Elle ne s'enfermait dans une rigidité malsaine, elle essayait d'évoluer. N'était-ce pas l'essentiel ? D'ailleurs à ce niveau, elle en faisait peut-être même un peu trop et à un rythme trop rapide. Pouvait-elle consolider ses découvertes, maintenir ses pas en avant ?

Pour ce jeudi, elle s'était invitée à loger avec son fils et passer la soirée. Elle avait apporté une sauce bolognaise pour nous la faire apprécier, sauce faite maison et, par les temps qui courent, celle-ci représentait un indice indéniable de qualité.

Mon épouse et moi, étions un peu surpris par la deuxième demande  qui laissait entrevoir une difficulté familiale, une dispute peut-être et comme on le dit parfois, de l'eau dans le gaz. C'était vraiment inhabituel.

Dès son arrivée, son fils s'était installé "à la romaine" dans le divan pour pianoter sur sa DS, ce qui eut le don de m'énerver. Le voir comme un invertébré dans le divan ne me semblait guère formateur et, si les grands-parents ne représentent pas l'autorité sur ce point de vue de savoir-vivre, j'étais très interpellé. La liberté oui, mais la licence non. Je m'apprêtais à faire une remarque quand elle se mit face à moi pour me dire :

"Je n'ai pas envie que tu fasses des remarques à mon fils tant qu'il est ici ! Si tu as des remarques, fais-les toutes maintenant en une fois."

Et je n'avais encore rien exprimé extérieurement !

Sans doute connaissait-elle mes exigences ! Avait-elle observé mes mimiques ? Bref, je jouais à l'innocent en disant " Mais je n'ai encore rien dit !", pressentant qu'il valait mieux, tant qu'à présent, faire profil bas.

Au repas, j'essayai d'entraîner mon petit-fils à l'usage de la cuillère pour rassembler les spaghettis bolognaise, mais il refusa d'entrer dans le jeu, comme pour me chatouiller sur ce point sensible et n'en faire qu'à sa tête.

Ignorant le tout et lui laissant la bride sur le coup, je profitais de ce moment pour échanger et parler de tout et de rien.

Elle me parla de son nouveau boulot, des contraintes qu'elle rencontrait, de l'ambiance difficile. J'écoutais les faits sans jugement et commentaires, le contexte qu'elle décrivait ne me semblait pas idéal pour un avenir correct dans ce type d'activité. Elle ferait elle-même son expérience et d’ailleurs, j’imaginais déjà son insatisfaction future l’amenant à donner son préavis dans le mois. L'image idéale d'une expérience soi-disant valorisante, variée, s'effondrait.

Était-ce une réassurance qu'elle venait chercher ? Je n'en saurais rien.

En parlant de la santé des enfants, de son beau-frère, elle évoqua une scoliose débutante chez le plus jeune. Ce n'était pas tombé dans l'oreille d'un sourd ! Attrapant la balle au bond, je lui fis voir le danger pour son fils d'avoir, à terme, la même infirmité, vu la manière de se coucher à tout moment sur le divan. Quelques secondes plus tard, elle lui intimait vertement de s'asseoir droit et de quitter la position couchée. Étonnement de ma part, mon souhait de le voir correctement assis était comblé par cette simple allusion. Était-ce la bonne méthode ? J'aurais à m’en souvenir.

09/02/2013

Encore et toujours, l'énurésie.

énurésie,coupé le cordon,propreté,lien mère enfant,pipi au litLe pop-up d'appel de "Skype" venait d'apparaître sur l'écran de mon portable. Surprise ! C'était ma plus jeune fille. L'appel était inattendu et nouveau. Elle faisait un pas inhabituel vers moi, utilisant un nouveau média. La voir sur l'écran changeait tout à fait la nature de la communication. Son visage prenait une autre forme et j'étais intimidé par cette nouvelle proximité. La communication, avec elle, n'était pas aisée, souvent hachée, uniquement fonctionnelle et allant directement au but avec, sous-jacent, un élan impératif ne se prêtant pas beaucoup à la nuance. La dernière fois au téléphone, j'étais resté sans voix, désarçonné par sa manière différente de s'exprimer. Elle semblait intimidée, n'occupait pas l'espace ouvert entre nous pour l'envahir mais elle était en attente de ce qui allait se dire. J'étais tellement surpris devant ce vide inhabituel que je n'avais pu l'occuper. Une page blanche semblait s'ouvrir, inopinément créant un no man's land. Elle n'était plus la fille s'opposant aux parents, elle était autre. Une nouvelle borne frontière venait d'être plantée, un repère venait d'être érigé.

Cet appel "Skype" constituait sans doute la confirmation d'une nouvelle manière de communiquer d'abord par sa nouveauté technique, ensuite par la nature de l'échange, bien plus dans l'égalité que dans l'agressivité.

Pour le samedi suivant, elle me demandait de bien vouloir garder son plus jeune enfant, pour faire les soldes avec sa mère. L'accord fut conclu.

Après sa sortie soldes, contrairement à son habitude, elle avait pris le temps de s'attarder en partageant le repas. Puis elle avait patienté, en attendant qu'avec son fils, nous fassions un kilo de grosses galettes selon la recette de ma grand-mère.

Au repas, j'avais pris la liberté de lui faire une remarque sur l'attitude de son fils, impoli, dans sa manière sauvage de manger la peau du poulet sur son assiette. À ma question, "Vois-tu ton fils manger de cette manière dans un restaurant ?", Elle ne m'agressa pas, ne partit pas en claquant la porte suite à mon précepte éducatif. Elle semblait avoir compris le sens de ma démarche pour en tirer, j'espérais, un bénéfice pour son fils.

Nous avions abordé les différents sujets d'une manière libre, respectueuse. Elle s'était abstenue de jeter l'anathème sur les évaluations que j'apportais. Elle me considérait autrement, prenant du recul et ne m'affrontait plus comme avant.

Elle pouvait toujours penser "cause toujours mon lapin" mais elle le faisait alors avec élégance et la maturité d'un adulte face à un autre.

Allait-elle enfin couper le lien inconscient d'opposition qui la reliait à nous, ses parents ?

Son fils avait une allure bizarre un peu en retrait, distante, bien différente du tonus de la dernière fois. Elle m'en expliqua la raison : il était sous médication pour sa propreté nocturne. Le médecin utilisait l'effet secondaire d'un neuroleptique pour mettre fin à l'énurésie.

La conversation se poursuivit sur le sujet, nous recherchions des idées, des solutions.

Comment exploiter la parole à la manière de Françoise Dolto et Didier Dumas sur le sujet ? Comment, en précisant le cadre familial, les liens envers les parents, définir la distance nécessaire pour arriver à un effet thérapeutique ? Comment permettre à l'enfant d'être enfin propre, de quitter le stade infantile où il était bloqué ?

Et s'il protégeait sa mère en l'affranchissant du deuil de sa progéniture, en restant inconsciemment dans ses langes ?

Et s'il l'empêchait d'affronter son manque d'amour maternel, trop longtemps vécu et trop lourd à porter ? Contribuait-il, par son attitude, à ce que sa mère, retrouve la sienne qui dans le passé la langeait pour son bonheur et son confort et qui, à l'époque, avait disparu, pendant plusieurs jours, à la période des langes ?  N'y avait-il pas mélange des temps de première enfance?

Déficit de tendresse encore porté dans la génération des mères.

Systématiquement, disait-elle, son mari, s'interposait entre son fils et elle sur le divan en regardant la TV. N'était-ce pas un indice clair d'une coupure de la symbiose entre elle et son fils ?

Mais le montrer est une chose, utiliser la parole en est une autre. Était-ce à cet endroit qu'il fallait agir? Etait-ce le bon moment ?

Le problème était bien plus subtil. Ce n'était pas aussi simple, surtout qu'à l'âge de son fils, elle même n'était pas encore propre.

Son fils connaissait la solution à cet état et l'exprimait : "Il suffisait de se lever pour résoudre le problème." Mais cela ne l'intéressait pas. Comme si ce n'était pas son problème !

Il fallait prendre une décision quelque part mais à quel niveau ?

Fallait-il élargir le traitement au niveau des parents, de celui des grands-parents ?

Chez les enfants de mes filles, l'énurésie était un problème de puiné.

Étais-je concerné par ce niveau relationnel, moi qui suis né le deuxième de ma fratrie ?

Le débat s'était poursuivi serein. Lorsque les galettes  furent terminées, au moment du départ elle annonça à son fils : "Ce soir, on va arrêter le médicament !"

En présence des trois générations, elle prenait l'autorité, le choix d'une stratégie librement choisie, tout en nous prenant à témoin : c'est mon problème, je le prends en charge. Je ne le délègue plus à la Faculté.

Qu'en serait-il de cette conversation, cet intermède, dans quelques jours ?

Seul le temps qui passe nous donnerait le sens de ces moments vécus dans la lucidité.

Quel avait été le sens de mes réflexions quand, il y a trente ans, la propreté nocturne tardait à s'installer ?

Un retour dans mes archives m'apporterait, sans doute, une idée si pas une solution.