23/12/2012

Sous le sapin dans la fratrie du père


Bw214-Arc en ciel660.JPGLe moment était venu de faire le tirage au sort pour les cadeaux de Noël. Depuis que nous avions établi notre ménage dans la fratrie, c'était devenu une habitude bien ancrée, un rituel. La date de la réunion du clan paternel se situait toujours entre Noël et Nouvel-An pour laisser à chacun la possibilité de vivre, dans sa cellule familiale, les moments intimes de la fête de Noël ou ceux plus extérieurs de la nouvelle année ; une fois cette date fixée, on entrait dans le détail.

Chaque personne avait droit à sa petite étiquette et celles-ci étaient tirées au sort puis ajustées si nécessaire. Dans le cas d'un parent recevant un cadeau à offrir offert à un de ses enfants, on changeait quelques noms car il fallait assurer l'ouverture et la convivialité avec les cousins et cousines. Chaque famille recevait ainsi les noms de ceux  à qui un cadeau devait être destiné. Une famille de quatre recevait quatre noms. Il n'y avait sous le sapin qu'un cadeau par personne.

 Cette étape étant acquise, il fallait se mettre en chasse pour deux choses : l'objet et la petite phrase ou la devinette sensée apporter les indices, qui lus à haute voix, par un enfant, à tour de rôle, permettrait de trouver le bénéficiaire. Au cadeau s'associait donc une petite carte comportant les indices permettant le jeu collectif. Au fur et à mesure de la lecture chacun, essayait par sa réflexion de trouver le bénéficiaire du cadeau retiré sous le sapin. Le prénom du destinataire était bien entendu exclu, chaque emballage nécessitant la criée et son moment de questionnement, de réflexions souvent croisées.

 Petit moment d'émerveillement si la phrase était surprenante, intrigante. Surprise et déception si l'auteur avait rendu l'exercice trop intellectuel. Chacun avait son style, la devinette, la périphrase ou le texte poétique. Moments importants de convivialité où chacun pouvait participer selon son âge, les plus jeunes à la lecture et à la distribution, les parents et grands-parents à l'enquête.

 Nous avions aussi pour garder un esprit convivial à la fête, éliminer les jalousies, les déceptions, les rancœurs, limité la valeur financière du cadeau à un montant situé entre cinq et dix euros au taux actuel. L'essentiel était placé en dehors de la valeur financière. C'était au fond un remue-méninges, un chassé-croisé convivial et joyeux. L'exercice venait du cœur, il voulait mettre en valeur une attention à ce que l'autre était dans sa nature, à ses travers parfois un peu trop visible. Le cadeau était un message doux de reconnaissance. Chacun, au cours des années, était devenu un spécialiste d'une matière correspondant à ce qu'il était. Il y avait les amateurs de devinettes, de rébus, de géographie, de films ou de livres, bref toute une variété susceptible de rendre intéressant le temps passé à la distribution. L'année et les diverses rencontres familiales, des histoires drôles, des moments observés finement, étaient la source de l'inspiration.

 Dès que tous les cadeaux étaient distribués, l'on passait à table pour l'ouverture du buffet. Chacun entrait alors à sa manière dans l'échange de nouvelles, de petites histoires, de la grande histoire ou de la mémoire familiale. Sans grand discours, chacun participait au quotidien pour établir le ferment de la fête familiale, de l'ensemble qui, au cours des années, avait bien grandi. C'était une fête pour la naissance de la nouvelle année avec ses projets, ses espoirs. Ce moment de partage ferait alors l'année suivante au même moment la matière de la nouvelle fête.

La transfusion de cette manière de faire dans le clan maternel s'était passé, lentement difficilement. L'enthousiasme n'y était pas. Dans la fête de ce coté, seul un cadeau était sujet au jeu. Plusieurs cadeaux faisaient, chez eux l'objet d'échanges intrafamiliaux partageant la convivialité en deux espaces bien distincts. Le détachement de mes belles-sœurs par rapport aux cadeaux, à l'esprit qu'ils représentaient, n'avait pas la même nature : elles offraient à leurs rejetons, en notre présence, des cadeaux supplémentaires, gages d'un amour différent, d'une perception du monde autre. Etait-ce parce que de ce coté, la fête de Noël s'imposait le 24 décembre en toute convivialité ?

 

24/06/2012

Elle est hospitalisée.

indicible,psychogénéalogie,inceste,violLe message laconique qui venait de s'inscrire sur mon GSM annonçait le changement d'état qu'elle appelait de ses voeux. « Elle est hospitalisée ».

Avec peur et angoisse, ma sœur ainée voyait passer des messages de plus en plus incohérents, de plus en plus exaltés de sa plus jeune. Comme les autres fois cela allait dégénérer en violence physique. Elle ne pouvait rien faire sinon attendre que sa fille franchisse la limite fixée par la société. L'agression d'un tiers avec violence. Sans cette voie de fait, rien n'était possible.

On ne juge pas sur des intentions, sur un précédent, il faut un délit.

Inexorablement, elle se rapprochait de cette balise et tant que le passage à l'acte n'était pas consommé, elle devait être spectatrice. L'hospitalisation pourtant la remettrait dans la norme. Elle reprendrait ses médicaments, retrouverait sa camisole chimique et poursuivrait sa vie en zombie. Ne valait-il pas mieux un zombie, béni-oui-oui , qu’un exaltée, un folle tombée dans la démesure, l'irrationnel ?

Le dilemme n'était pas neuf mais récurrent. Après 2 ans environ peut-être même plus le scénario reprenait et le cercle vicieux se remettait en route.

La situation était claire, nette. Cela recommençait. Que lui dire ? Que faire ? Que conseiller ?

Ma soeur faisait la sourde oreille, se plaignait de l'engeance dont elle était la victime. Elle se plaignait de son drame familial, de la tuile qui lui était tombé sur la tête. Et pour une tuile, c'en était une énorme. C'était une douleur profonde que l'on ne souhaiterait à personne. C'était un poids pénible qui l’épuisait. Mais l'on ne pouvait rien faire, c'était disait-elle, la fatalité, l'hérédité même.

Depuis la dernière crise, rien n'avait bougé. La vitre de la porte d'entrée n'avait pas été remplacée par un neuve mais fermée avec un contreplaqué comme après un ouragan ou un courant d'air intérieur violent. C’était sa fille qui dans un épisode de rage qui l’avait brisée par l’extérieur au marteau.

Deux ans que la porte était là dans cet état à l'abandon. Deux ans que la décision de revenir à l'état antérieur n'avait pas été prise. Deux ans qu'elle se complaisait dans le drame et l'agression que représentait le bris de la vitre. Il n'y avait pas eu de table rase, remise à jour, réparation.

L'attitude était néfaste, elle ne portait pas au changement. Les parents faisaient l'autruche autant l'un que l'autre. L'attitude saine, le détachement aurait été de remplacer immédiatement la vitre, d'effacer sa rage, de repartir la tête haute et faire une coupure avec le passé. Mais il y avait attachement, un attachement malsain. Le cordon ombilical n'était pas coupé quelque part.

Ma sœur allait régulièrement sur Facebook pour suivre l'actualité, pour voir si sa fille ne retombait pas dans l'exaltation, dans la prise de position inadéquate et extrême. Ne la suivait-elle pas à la trace pour parer à ses erreurs comme avec une petite fille. Elle ne pouvait plus légalement intervenir pour la protéger d'elle-même, sa fille était majeure. Indépendante. Autonome.

Elle  avait la capacité légale et rien ne pouvait être fait s'il n'y avait pas délit !

Mais c'est ma fille ! J'essaie de la protéger encore ! Je vais aller voir son psychiatre, prévenir celui-ci du glissement de son comportement, de l'imminence d'une crise. Il ne veut pas me recevoir et ne veut rien entendre. Il ne veut pas voir mes angoisses à propos de ma fille.

Tout allait vers sa fille. Elle n'était pas en mesure d'aller voir en elle, de se regarder, de voir sa détresse ses difficultés, ses peurs.

En avait-elle ? Sans doute mais elle ne voyait rien sinon la douleur que sa fille lui causait et la nécessité de la faire soigner.

Tout était un question d'attachement, à un rôle qu'elle ne pouvait plus jouer pour sa fille majeure. Elle n'existait pas en tant qu'être autonome et vivait en fonction de sa fille. Pas le moindre détachement, la moindre attention à elle-même pas la moindre démarche d'apaisement de ses tensions par des sessions de bien-être, de massage.

La question de ma plus jeune à propos de l'inceste qui aurait été vécu dans ma fratrie par celle qui avait le même rang qu'elle, revenait en surface. La 3eme pouvait faire sens symboliquement. J'observais la porte d'entrée de sa maison, fermée par un panneau de contreplaqué. Et si ll'inconscient de sa plus jeune essayait de lui faire dire que oui sa mère avait été violentée, que sa porte d'entrée avait été forcée ? Ma nièce mettait-elle en scène par sa violence, son agressivité ce qui était  l’indicible qui lui avait été transmis ? Ce qu'elle avait perçu et qu'elle voulait mettre à jour pour se guérir ?