19/10/2011

La sucrerie.

odeur,hérédité,idée fixeEn passant au-dessus de la Meuse, sur le pont à proximité de la sucrerie et de la nouvelle usine de bioéthanol, une odeur épouvantable envahit l'habitacle de la voiture. L'odeur puissante m‘était inconnue  et après avoir soupçonné quelques secondes mon frère hémiplégique que je ramenais après une sortie détendue au home pour le diner, je penchais vers l'odeur repoussante qui était dans mon souvenir attachée à la campagne sucrière. Ma soeur qui nous accompagnait fut du même avis. C'était une odeur propre aux pulpes ou à une fermentation biologique en rapport avec les pulpes.

Nous étions passés dans un nuage d'aérosol provenant d’un dégazage quelconque propre au lancement du processus de fabrication. Immédiatement,  j'ouvrais les vitres et ventilais sans grand succès l’espace intérieur de la voiture. L’odeur était toujours présente, s'incrustait et semblait même s'être déposée sur le volant qui en devenait collant. Trois minutes plus tard nous étions devant le home pour ramener mon frère au dîner. Notre escapade d’une heure se terminait et il allait rejoindre les résidents au salon en attendant de passer à table. Après avoir sorti la charrette du coffre de la voiture, installé celui-ci je constatai toujours la présence de l'odeur que le vent avait sans doute chassée vers le home situé dans l’axe de la vallée. En le poussant dans le salon, la conversation dériva tout de suite sur l'odeur de la sucrerie et de la nouvelle campagne qui venait de débuter. Chacun était du même avis. Il valait mieux ne pas être sous le vent et se calfeutrer le temps de passage du nuage. Chacun en avait l'expérience et le souvenir.

En rentrant à la maison, je gardais toujours cette odeur dans le nez et malgré la vitre ouverte des relents tenaces jusqu'à l’écoeurement.

Nous en avions pris une bonne dose et  le coffre sans la tablette arrière pour l'installation de la charrette, en portait toujours la trace, l'odeur.  Elle avait été  probablement poussée par le vent dans celui-ci et avait imprégné une sangle, le marteau et les tenailles traînant sur le plancher du coffre. L'après-midi, la voiture était restée vitres ouvertes et la sangle rentrée dans le garage avait contaminé par son odeur l’espace de celui-ci avant que je ne la dépose dehors dans le jardin.Pour me débarrasser de cette odeur tenace, je changeais de vêtements, me lavais les cheveux et plusieurs fois les mains collantes salies sans doute par la sangle. Plus tard impressionné par cette ténacité, j'avais fait humer mon coffre à des amis qui ne m’avaient en rien apporté d’éléments clarificateurs. De mémoire je n'avais jamais traversé un tel aérosol et m'étonnais de la puissance odoriférante de celui-ci. Vraiment c'était une mémoire olfactive des plus désagréables.

Trois jours plus tard, au téléphone avec ma soeur, j'exprimais mon étonnement pour cette odeur et pour la manière folle dont elle s'était accrochée au coffre et à la voiture.

« Attends la suite me dit-elle ! »

Quand notre frère l'après-midi s’était rendu chez le kiné, celui-ci lui avait dit " Mais Monsieur B…, il y a un problème. Cette odeur n'est pas celle de la sucrerie." Futé,  il fouilla dans le filet au dos de la chaise roulante pour en retirer un Tupperware mal fermé d'où s’échappait l'odeur nauséabonde. Il se débarrassa du récipient en le transférant avec précaution dans le conteneur poubelle non sans laisser quelques gouttes d'échapper sur le sol. Un nettoyage du parcours et le nettoyage de la chaise roulante s'imposèrent pour évacuer les dernières traces de  l’odeur de pourriture qui y était collée.

Pendant plus de deux semaines des restes de repas avaient macérés et étaient dans un état de décomposition avancée. Dans  le tupperware se trouvait en effet les résidus de déjeuner et de souper, des  restants de viande, de fromage, placé là pour évacuation et que sa fille avait oublié d'emporter. Le récipient en plastique sous les vibrations de la voiture s’était ouvert juste à hauteur de la sucrerie.

De cet incident olfactif et de son analyse me restait  l'impression forte désagréable d‘avoir été trompé par cette pensée  « C'est une odeur de sucrerie. Cela vient de l'extérieur ! »

Toutes mes facultés d'analyse, d'observation avaient été endormies. J'avais manqué d'un élémentaire bon sens et ma faculté habituelle d'observation avait été mise à mal. Je n'étais pas sorti d'une pensée, d’une  hypothèse plausible mais erronée dans le cas présent et les indices nombreux notamment de durée et d'intensité n'avaient en rien modifié mon point de vue. Mon esprit s'était fixé sur la mauvaise réponse et j’y étais resté collé comme par un papier collant.Mon idée était fixe. Ce n'était qu'une histoire d'odeur mais je tremblais à l'idée d'être dans le même scénario pour des problèmes de plus grand importance.

Comme il est difficle de sortir d'un point de vue, d'avoir une pensée latérale.

 

30/03/2011

Passage à l'acte

BW136-Passage à l'acte.JPGÀ l’initiative de sa fille, le clan s'était réuni pour marquer son anniversaire et son entrée dans une nouvelle classe d'âge, celle des anciens. Autour de ma soeur, nous n'étions pas seuls, ses collègues de travail retraitées avaient aussi été invitées. Ne partageaient-elles pas plus, ensemble qu'avec le clan.À nous, d'apaiser ce passage et cette entrée dans une nouvelle année marquée déjà, et nous en parlions à demi-mot, par un coup de tonnerre qui lui coupait l'appétit, le passage à l'acte de sa plus jeune.

Depuis des mois, celle-ci lui parlait de son penchant pour une étrangère qu'elle hébergeait chez elle, de l'importance que celle-ci prenait à  ses yeux, de la stabilité qu'elle lui apportait et de la vie qu' ensemble, elles voulaient construire. Ce n'était plus des intentions, ni des mots. Un acte officiel venait d'être signé. Elle venait de lui apprendre son mariage deux jours plutôt. Sournoisement, agressivement comme un cadeau d’anniversaire.

Baume sur sa détresse, sur l'inacceptable, ce souper d'anniversaire se déroulait dans une joie apparente. De toute manière il fallait faire face poursuivre le rituel, passer en revue le diaporama élaboré par son aînée avec des photos brossant rapidement quelques étapes de sa vie d'adolescente, de femme mariée, puis de mère.

D'un côté, la vie apparemment normale de l'aînée, son dynamisme d'étudiante, sa réussite professionnelle, sa vie de mère de famille qu'elle soutenait largement, la joie de ses petits-fils, de l'autre, les émotions en dents de scies d'une cadette fragile psychologiquement, sans travail, dont les humeurs passaient de l'exaltation à la prostration assistée médicalement.

Enfant à problèmes dont la santé psychique, sous prétexte de maturité, n'était contrôlée que par son incapacité à se prendre en charge, à se soigner. Impuissance d'une mère qui la voit prendre des décisions, faire des choses insensées et qui ne peut tant qu'elle ne nuit pas aux autres ou à elle-même, qu'assister à sa dégradation  comportementale. Puis in extremis, vu son comportement, mettre en route la procédure qui conduira à sa mise sous observation, en hôpital psychiatrique.

Et dans cette aventure douloureuse, l'irruption d'une femme, qui ruine aux yeux de sa mère l'espoir toujours intact, qu'elle puisse, comme l'aînée devenir ce dont ma sœur rêve, ce qu'elle n'a jamais pu être, une femme ordinaire.

Anniversaire façade pour fêter la vie qui s'effrite dans ses mains, son désespoir, de mère impuissante qui ne peut couper le cordon ombilical et qui transit à chaque instant, de la dernière frasque qui va à nouveau l’obliger à affronter la honte du "Qu'en-dira-t-on! "associée à la crainte de l'irréparable. Soeur aînée, qui ne connaît qu'une voie d'action, celle qui consiste à attendre que cela s'arrange comme par miracle. Non-assistance à personne en danger de dérapage psychologie et qui d'année en année s'éloigne de plus en plus d'une thérapie possible. Système familial délétère, qui n'a pas cherché une évolution, une solution à ses problèmes. Fille adulte qui refuse de se soigner et dont la dégradation mentale progresse, empire et qui ne peut être cadré car elle est majeure.

Dilemme de vie, hérédité, transmission.

N'a-t-elle pas été, pauvre soeur, victime d'une dépression quand sa plus jeune avait deux ans, drame d’une mère qui place son l'enfant chez la grand-mère paternelle car elle ne s'est plus assumer les tâches familiales. Rupture dans la vie affective de l'enfant, dans ce socle nécessaire de tendresse et sur lequel s'est construite une vie nécessairement bancale. Fantôme qui ressurgit par épisode pour exprimer sa demande d'attention jadis manquée et qui met en actes la colère, d'avoir été abandonnée, comme le jour où avec une barre de fer, elle a démoli la vitre de la porte d’entrée de la maison familiale. Sans les mots adéquats, sans les mots qui guérissent, tout devient maux. Fantômes reçus par ma soeur, transmis sans doute par notre mère qui fut j’imagine aussi plongée dans une rupture d'affection par rapport à sa mère.

Ligné de femmes qui souffrent d’une pathologie de la tendresse, mémoire d'un passé irrésolu.

Cumul par ma nièce, qui reçoit aussi du côté du père un défaut d' affection par son absence et qui souffre peut être aussi comme son Oncle, le frère de son père, d'un  dérangement psychologique ou d'une maladie héréditaire Système patriarcal perturbé dont le second  dans le rang encaisse les maux.

Avertissement de mon père toujours présent dans ma mémoire et qui comme au village surveillait  les lignées et nous informait ainsi de l'hérédité  pour qu'à notre tour, conscient et attentif, nous fassions le choix de l'autre exempt de problèmes physiques ou psychiques.