12/04/2014

Sensation-sensualité. rencontre du quatrième type.

sensation,sensualité,bulles,rencontresPour lui permettre de souffler, de reprendre des forces après sa semaine de garde de nuit, j'avais accepté d'être le baby-sitter pour la soirée du lundi. Après avoir fait quelques petits bricolages et avant que ses enfants ne rentrent de l'école, nous avions échangé quelques idées.

Tout était parti du commentaire de son frère à propos de la relation difficile avec sa compagne. Il était demandeur d'un toucher qu'il ne recevait pas, d'une sensualité qu'il attendait. Pour illustrer sa demande, il t'a cité lui dis-je. Comme ta tante maternelle, tu es présente quand tu embrasses. Tu as une manière particulière d'envelopper lors du contact. Un peu comme si ta bulle prenait de l'extension, pour entrer dans celle de celui que tu embrasses. Elle me regarda surprise tant elle imaginait son frère à cent lieux de cette manière être. Un lien était fait, nous abordions un domaine qu'elle ressentait fort au point de me dire « A ce niveau, je fais peur aux hommes »  La manière enveloppante dont je les approche les poussent au retrait et souvent ils fuient. Elle me cita le nom de deux de ses amis qui étaient dans l'acceptation et dans ces échanges sensitifs. Son amie la plus proche avait aussi cette faculté de se prolonger vers l'autre à l'occasion d'un toucher. C'est une reconnaissance des bulles entourant les corps et qui subtilement se touchent et se reconnaissent avec tendresse et affection.

Quelle en est la nature ? Est-elle normale ? Est-elle nécessaire ? Est-ce cela le ciment du couple dans son intimité ? Est-ce réservé à une intimité ou est-ce ouvert à tous et toutes ? Ou du moins à ceux qui ont l'ouverture suffisante que pour en profiter sans réserve. Ou est-ce chasse gardée?

 

C'était une question d'expérience, vivre cette proximité était un mode de vie, me disait-elle, dans le milieu des urgences auxquelles elle avait appartenu pendant des années. Un peu comme si pour résister à la souffrance environnante, ils faisaient bloc de cette manière pour amortir les ondes de souffrance, de détresses émises par les malades, les accidentés. Était-ce cela que l'on appelait un esprit de corps ?

Mais pas dans le sens militaire ou dans le sens d'une équipe sportive car la matière ici n'était pas la mise en commun d'aspects physiques, mais la mise en commun d'affects. Le registre était autre, il y avait un état particulier de communication autre que verbale ou sonore.

Au cours des dernières années, j'avais eu l'occasion suite à l'une ou l'autre expérience d'entrer dans l'univers qu'elle évoquait et auquel certaines de nos connaissances appartenaient. Tout le monde n'en était pas. Cette faculté n'était pas vécue par beaucoup de personnes de notre milieu et cela n'était jamais un sujet de conversation alors qu'à nos yeux cette faculté nous préoccupait fortement.

L'expérience vécue devait être reproduite le plus souvent possible car elle apportait un bien-être profond. Sensation douce d'enveloppement, présence à l'autre, fusion même. L'on perdait la notion de limites.  L'on était dans un grand tout. Avait-on sauté une étape de notre développement d'enfant qui nous conduisait normalement à l'autonomie et à la solitude ?

Cette conversation me renvoyait notamment à un voyage en train où avec une inconnue située à ma gauche, j'avais été projeté dans une sensation de plénitude, de complétude si le mot existait. A ses côtés, j'étais en communication sensitive avec elle. Nous faisions corps. Expérience surprise qui m'avait marqué au point que pendant des semaines, j'allais m'asseoir systématiquement auprès de femmes ayant un siège vide à leur droite. Mon côté gauche semblait ouvert à ce type d'expérience alors j'essayais de la renouveler. Bien entendu, l'événement ne s'était passé qu'une fois mais il m'avait préparé et ouvert à la recherche de ce type de perception. À présent, je disposais d'une sorte de radar qui me permettait de balayer l'espace pour trouver celle qui allait réagir et répondre. Puis cette hypersensibilité s'était atténuée car il n'était pas possible de vivre de cette manière, comme une éponge presque, car la colère, la violence rayonnait aussi dans ce registre et c'était difficilement supportable.  Elle me parla ensuite de sa rupture d'attachement. Est-ce suite à une telle rupture dans mon passé que cette quête s'était éveillée? A présent, elle était sortie de sa gangue de contention ? J'en étais le témoin surpris, l'acteur comblé par cette rencontre éphémère sur le train.

Elle faisait partie de ma transmission vers mes enfants.

30/03/2014

Tout ne va pas aussi mal ou aussi bien qu'on le pense.

deuils non faits,rupture,séparationCette phrase m'avait été transmise par une amie dans sa réponse par mail, au sujet de la séparation du couple de ma fille. Elle lui avait été léguée par son père. Cette citation était  pour moi entièrement neuve et pour la première fois dans ma culture, j'approchais ce concept.

Lors des méditations, j'en avais entendu une autre très profonde tournant autour du sujet, essayant elle aussi d'appréhender les incidents de la vie.

Bonheur, malheur. Qui sait ? Leitmotiv d'une histoire à rebondissements où chaque déboire de la vie, trouve quelque temps plus tard, un bénéfice.

Mystère de l'épreuve reçue comme la taille d'un arbre ou à la fois, on imagine la souffrance de l'arbre mais aussi la promesse de beauté ou de fruits.

Cette phrase m'avait ému aux larmes, sa compassion venait à point. Elle proposait d'en parler et nous avions pris date. Elle semblait comprendre notre besoin primordial de chercher le sens de l'événement, de lui permettre de s'écouler plus loin pour que le flux de vie ne soit pas enfermé, qu'il coule librement.

À ce petit signe de reconnaissance de notre douleur de parents, s'ajoutait la mienne.

Déjà lors d'une nuit précédente une tristesse profonde s'était manifestée sans qu'elle puisse se dire, s'approcher. Ces  larmes souterraines s'étaient approchées de mes yeux, sans les baigner puis comme la marée, elles s'étaient retirées proches et lointaines, à la fois.

Samedi jour de ma fête patronale, jour de déménagement de mon aînée, les larmes s'étaient immiscées à nouveau dans mon travail de transport des meubles et des objets. Discrètes, elles étaient montées au balcon, m'avaient marqué de leur sceau.

Quelquefois, j'avais croisé le regard de mon beau-fils non officiel et perçu son désarroi, face à la petite équipe qui emportait les uns après les autres, certains objets de leur foyer. Il devrait lui aussi être dans le même état de tristesse. Il devait  être entraîné, par la force des événements, dans la douleur de la séparation. Voir tout son univers de couple, voler en éclats ne devait pas être simple et facile. Il tournait en rond, donnait parfois son avis sur la liste de séparation qu'ils avaient établies quelques jours avant, comme un préposé au contrôle de son propre entaillage.

Cette tristesse était-elle la sienne, était-je buvard ?

Cette séparation marquée, maintenant dans les objets, me touchait profondément. L'image d'une famille réussie comptant tous ses membres, l'image du bonheur familial, venait de voler en pièces. Mon bel édifice avait disparu, ne laissant après le passage de cet ouragan d'incompréhension, que désolation. Souffrance que je partage avec ma fille car j'y suis mêlé de près. Douleur que l'incompréhension et la distance apportent pour le fils installé pour l'heure, dans un meublé, suite à son départ. Oui, j'étais face au deuil d'une famille idéale, dans la douleur de la séparation vécue par mes petits-enfants et mes beaux enfants.

Et quelque part en moi, un deuil non fait, ancien, poussait la tête, sortant de son immobilité et de l'oubli : le deuil de mon premier amour. J'avais été éconduit peu après la mort de son père sans beaucoup d'explications, sans que je puisse y mettre un sens, à ce moment.

Ma douleur était forte, puissante, lancinante, j'étais une âme en peine et aucune larme n'avait été versée, aucun mot, n'avait été mis sur la séparation, ni de son côté, ni du mien. Ce déchirement m'avait poursuivi de nombreux mois et aucune oreille attentive, ne m'avait entendu. Une chape de plomb avait été mise sur l'événement et le temps l'avait effacé de ma mémoire. Une page s'était tournée. De part et d'autre comme consolation, je recevais seulement la phrase habituelle dans ces circonstances. "Une de perdue, dix de retrouvée. Chacun minimisait ma souffrance. Les semaines s'étaient écoulées et la peine s'était endormie dans l'activité des jours de mon entrée dans la vie professionnelle. Les associations d'idées se poursuivaient, s'additionnaient, se cognaient. Un élément jamais pris en considération, son prénom. Avec étonnement, je le reliais à celui de ma mère, c'était son diminutif.

Comme si inconsciemment, je cherchais chez elle, une image de ma mère et une consolation, une réactualisation d'un attachement  archaïque. Était-ce elle que je rencontrais ou était-ce l'empreinte de ma mère ? Notre relation semblait fusionnelle, hésitait à se déployer dans l'espace, manquant de dynamisme, d'autonomie, de projets. Elle en était le moteur par son dynamisme, sa manière d'être. Curieusement le couple que constituait ma fille était du même ordre, lui était à la traîne, comme moi. Détail surprenant, ma fille habitait à quelques pas de l'endroit où mon ancienne fiancée s'était installée. Elles s'étaient peut-être même rencontrées.

Hasard des rencontres, lien mystérieux influençant toujours le choix parce que non dit, non terminé. Souffrance mal soignée, toujours présente dans le fond de l'âme et qui réclame par toutes les voies d'être, entendue et considérée.

(1) Je n'en peux plus, je le quitte.

( ) La reconnaissance du ventre.