21/03/2015

La fille de notre amie, est aussi concernée.

tentative de suicide,suicide,détresse,similitudesAu fur et à mesure que mon épouse me lisait le contenu du mail envoyé par sa plus grande amie, je m'effondrais. Nous venions à peine de vivre le bouleversement causé par le suicide de notre fille que nous étions confrontés à la tentative de suicide de la fille de sa meilleure amie.

Il n'y avait aucun lien entre les deux événements car celle-ci n'avait pas eu la force d'en parler à sa fille. Celle-ci ignorait donc, le départ de notre aînée. Elle ne pouvait avoir subi un effet d'entraînement. Quelque chose d'autre se jouait à un niveau plus profond.

Ma femme souvent allait parler avec cette amie pour se confier, pour échanger. Leur relation semblait proche et lointaine à la fois car de grandes périodes de vie séparaient les moments de contact. Elles se retrouvaient avec bonheur et plus d'une fois je l'entendais dire combien un lien fort existait entre elles. Lien marqué par des réactions  de tiers qui la faisaient vibrer. « Tiens à cette réunion, quelqu'un m'a appelé à nouveau par le prénom de mon amie  On m'a confondu avec elle.»

Ma femme en tirait un grand plaisir comme si le fait que l'on confirmait par la ressemblance, la relation qui existait entre elles, était nécessaire et suffisante.

Ma femme et son amie avaient donc en commun un aspect particulier de leur personnalité. Un aspect caché qui les rendaient proche. Aspect mystérieux que l'une et l'autre ne pouvaient voir (La famille;  comment en échapper. )(1)

A quelques mois nos filles, les aînées étaient passés par une tentative de suicide qui avait échoué pour l'une, la nôtre y était restée.

Qu'est-ce qui était commun entre les comportements, les histoires de nos filles respectives ?

Qu'est-ce qui pouvait mettre en évidence un symptôme similaire ?

Qu'est ce qui les avait poussés à ce geste ultime ?

Plus d'un spécialiste aurait posé son diagnostic, fait le choix d'une médication, d'une thérapie peut-être pour les soutenir dans leur parcours de guérison. Qu'auraient-ils apportés comme anamnèse ? Quels soins auraient-ils prescrits ?

Toutes deux étaient passées par un centre de soins réputés, connu de tous comme étant l'endroit d'excellence, l'endroit où il fallait passer pour entamer le chemin de guérison. Centre de crise, centre de compétences probablement mais à défaut d'en savoir plus sur leurs statistiques de réussite ne pouvait-t-on affirmer que c'était l'endroit idoine pour les soins d'urgence aux malades de ce genre.

Après une semaine notre fille avait décidé d'en sortir car elle s'y trouvait entourée par des pathologies qui n'avaient rien de commun avec elle.Centre qui pouvait ouvrir ses yeux ? Centre réel de support pour son cas ? Je n'en étais pas convaincu. Sa crise était passée c'était sur, ce centre l'avait remise sur la route, tout en l'isolant de tout son milieu de travail et de famille.

N'était-ce pas là le point faible, le point insupportable.

L'urgence demandait de retrouver le lien à la vie. Le chemin serait long couvert d'embûches. La question reste pendante.

Quel était le sens de cette auto agression, ce déni de soi ?

Par cette nouvelle venant de notre amie, le parcours de notre fille, ses souffrances, ses angoisses revenaient vers vous comme la vague d'un tsunami. Cette nouvelle nous renvoyait en arrière après la première tentative de suicide de celle-ci.

L'histoire repassait les plats. Nous étions témoins d'un cas similaire, d'une issue transitoire comme la première tentative de notre fille deux ans plus tôt. Que faire ? Comment apporter notre expérience, notre questionnement. Comment exprimer notre vécu pour qu'il prenne sens dans cette famille éprouvée, qui vacille devant l'étendue du drame, devant toutes les mémoires familiales qui resurgissent.

Être témoin impuissant et voir les réponses apportées par la famille. Réponses similaires à celles appliquées à notre fille et qui conduiront vers la guérison ou vers la récidive.

Au milieu des impressions des informations, un nouveau fait. La psychiatre demanda de rencontrer la mère, à entendre la famille. Nouvelle approche, autre philosophie de soins.

Ne s'agit-il pas in fine d'un combat familial plus que d'un combat médicamenteux ?

L'émission trouvée sur l'Internet « Open dialog » (2) revient à la surface. 

Là, le système pense autrement, les acteurs agissent et rencontrent un des plus grands succès.  Là on pense autrement. Dommage pour nous

(1) La famille, Comment en réchapper.  (Skinner-Cleese)

 Racines : 

(2) Open Dialog -    https://www.youtube.com/watch?v=7tb8ITIFOyY

Rencontre de bâton de feu

02/03/2015

Au déjeuner, la nuit porte conseil.

rêves,séparation,défuntsAu déjeuner, mon épouse me raconta, comme de temps à l’autre, un de ses rêves.

Elle avait vu ses parents, des membres de sa famille, les défunts qui l’avaient touchée de près dans le passé familial, accueillir dans la joie, notre fille récemment décédée.

Ce rêve puissant, désarçonnant venait lui parler en toute intimité, dans son univers de nuit auquel elle avait régulièrement accès.

Alors qu’elle avait le plus grand mal, à envisager concrètement cette séparation douloureuse, cette séparation qui lui enlevait celle qui était comme elle, comme sa jeunesse, avec le même genre de tempérament, elle la voyait lui dire :

"Mais maman, je suis avec ceux qui t’ont quittée, je ne suis plus dans ton monde et regarde, écoute, je suis avec eux dans la joie."

Puis elle poursuivi avec l’image de deux barques, une pour chacune. Elle dit alors, mais je ne la laisse pas partir.

 Ce rêve m’avait coupé le souffle, quelque chose d’important venait de lui être suggéré.

Notre fille lui disait, consent, c’est la triste réalité, nous sommes séparées à tout jamais. Laisse aller, dit oui, à ce qui est arrivé.

 Entendant, qu’elle reprenait l’image des barques, celle qui invitait à laisser celles-ci se séparer, j’intervenais pour qu’elle passe au-delà du récit un peu distant qu’elle faisait pour lui dire. "Mais ces barques, sa barque, il faut la laisser aller, ce n’est pas possible de la retenir."

J’avais dit un mot de trop. C’était sa vérité, son autonomie, sa liberté, et là elle ne transigeait pas. Rien ne se passerait dans l’échange, dans le dialogue.

Reculer d’une position vers une autre était difficile pour elle.

Consentir ? Laisser couler l’inéluctable, laisser le destin faire son office. Non, il fallait tenir la position, tenir la barque accrochée coute que coute, quitte a en être blessée encore plus.

Consentir, c’est être sauvé !

Le bout de phrase de l’article du journal  à propos du livre « Ce lien qui ne meurt jamais » de Litta Basset, que l’on retrouvait à divers endroits de la maison car elle l’ait photocopié pour le diffuser, ne lui parlait pas. Il fallait d’après l’auteure accepter les événements car ils s’étaient passés, il convenait pour survivre de faire le pas du "Oui."

Elle racontait volontiers ce rêve, à notre entourage, dans sa première partie mais s’en réservait la seconde partie, encore trop lourde à envisager. Vision tronquée de l’événement nocturne. Elle était soutenue par ces images, qui d'une manière certaine l'apaisaient mais elle n’était pas prête à accepter.

Une semaine plus tard, au déjeuner de nouveau, une autre vision nocturne l’avait interpellée. Elle semblait plus sonore, plus auditive.

Enfin c’est ce que j’en avais perçu car sous l’émotion, elle n’en racontait que des bribes et s'énervait de mes tentatives de compréhension, de réflexions sur le sens possible des images.

Notre fille, prenait un escalier vers l’étage et elle lui disait, "Je reste ici avec les enfants."

De nouveau la séparation se remettait en scène sous un autre éclairage pour mettre à nouveau le thème du premier rêve en évidence, lui redire, l’inéluctable, son départ.

Ses yeux se remplirent de larmes, et elle pleura à nouveau son départ.

Impossible d’aller au delà de son récit, d’entrer dans un échange sur le sens des images, sur le message que la nuit lui apportait.

Elle glissa sur d’autres images anodines au sens plus mystérieux et se perdit en conjoncture sur ce sujet facile à aborder car rempli de non sens momentané.

Que faire sinon entendre, écouter et ne rien dire.

Sans doute plus tard, le pas serait possible.