18/11/2015

Mettre la sourdine.

Mettre la sourdine, Moi ! Non !

Ma femme s'était accrochée une fois de plus à son point de vue avec obstination et mauvaise fois. Elle défendait seule un point de vue dangereux qui ne tenait pas compte de la réalité. Elle voulait que le monde soit ainsi sans se rendre compte qu'il était bâti autrement, et elle ne faisait pas le pas en arrière qui représentait la solution au problème.

J'avais retrouvé dans ce scénario, ma belle-mère qui s'accrochait à une idée fausse, reconnu par tous et qui n'en démordait pas.

Quelques années après mon mariage, son point de vue d'une information géographique ne pouvait être modifié. Sa conception de la chose dite était juste et définitive. Mon frère et elle en étaient, presque venus aux mains, pour de part et d'autre maintenir un point de vue. Dans ce cas, ma belle-mère se trompait sur toute la ligne. Elle avait tort et ne pouvait le reconnaître.

Dans la lignée des mères on ne recule pas, on s'accroche.

Est-ce que ma fille en avait hérité, de cette obstination ? Être comme un papillon de nuit qui heurte la lampe brûlante et qui meure faute d'avoir changé son modèle d'approche d'une réalité.

Plus d'une fois, malgré sa santé vacillante qui demandait une période d'apaisement, d'arrêt pour reconstituer ses forces, elle voulut malgré tout se représenter à une fonction supérieure. Elle n'avait aucune chance car sa santé n'avait pas la stabilité nécessaire pour assumer la fatigue et le stress d'une nouvelle fonction et surtout pas dans le milieu où elle était connue.

Dans la lignée des mères il y avait de cette obstination à tenir une position, une pensée, une déclaration alors que tout autour les indices laissés montraient des valeurs contraires.

En la conduisant à la gare un matin, mon épouse m'avait mis hors de mes gonds m'avait énervé avec sa phrase leitmotiv . "Ma fille n'est pas reconnue pour son nouveau diplôme.” Sa formation complémentaire à l'université aurait dû améliorer son salaire car plus on est diplômé, plus on gagne.

Elle ne voulait pas reconnaître que la société fonctionne autrement que c'est la fonction, qui donne des responsabilités plus importantes, qui permet une revalorisation barémique.

Camper sur ses positions, manquer de la souplesse nécessaire pour revisiter son choix en fonction d'une prise en compte de nouveaux éléments. Non, elle s'accrochait à son point de vue.

Au lieu de se satisfaire un temps encore de la fonction, du rôle qu'elle occupait à l'hôpital, ma fille aînée avait choisi de postuler à d'autres fonctions au lieu de faire un profil bas et de s'occuper de sa santé.

Avoir de l'ambition c'est bien mais encore faut-il avoir les moyens et bénéficier des compétences, d'une résistance au stress et ces dernières années à ce point de vue elle était en manque. Elle devait récupérer, reconstituer ses forces et s'avouer une faiblesse temporaire. Il lui fallait marquer une pause s'interroger s'arrêter et je le constatais avec peine : elle était comme sa mère, sa grand-mère bloquée contre le mur, faute d'avoir pu marquer le pas, reculer, mettre ses exigences à un niveau moindre, à un niveau concernant son état.

Dans le feu de l'action du quotidien ce défaut n'avait pas été mis sur la table, n'avait pas été tempéré. Voir est bien difficile sans le recul nécessaire.

Cette autre attitude l'aurait peut-être sauvé.

31/08/2015

A la table du déjeuner.

La conversation du petit déjeuner venait de quitter le quotidien pour entrer dans un nouvel espace. Elle dit " Quand j'étais à cette cession, nous avons évoqué le fait que mon père ne me regardait pas." Le retour de ce sujet m'avait surpris et sans attendre la phrase qui allait suivre, je lui avais répliqué tout de go  "Ton oncle non plus ne regardait pas."

Elle s'était alors fâchée énervée me disant « Tu ne m'écoutes pas »

Ce n'était pas une réflexion banale, courante. Elle avait ouvert un registre de confidences et comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, j'avais mis la patte là où il ne fallait pas. Je venais refermer la porte qui s'ouvrait légèrement. Elle était blessée à vif et par ma réplique, j'avais arrêté sa confidence.

Certainement, je n'avais pas écouté, je l'avais entendue mais j' étais reparti dans un chassé-croisé d'idées alors qu'elle ouvrait la porte à l'un ou l'autre sentiment.

D'habitude, elle abordait ce sujet par le biais de sa mère qui ne l'acceptait pas dans sa manière d'être, qui faisait tout pour qu'elle dissimule ses formes dans des habits sombres et peu serrants. ça je le savais, plus d'une fois le sujet était venu sur la table, en ma présence mais aussi dans des groupes de partages.

Que son père ne la regardait pas, c'était une formulation nouvelle, indécente même en tout cas neuve. D'habitude celui-ci était sur un piédestal, semblait avoir toutes les qualités pourtant cela sautait aux yeux, il ne l'avait pas défendue par rapport au regard négatif de sa mère.

Sa réaction vivement m'avait touché. Je n'avais pas été dans l'écoute c'était flagrant.

Elle qui souvent fuyait les problèmes, venait de faire un pas mémorable et j'avais marché sur son pied. Je n'avais pas vu d'abord ce qu'elle disait, ce qu'allait être le pas suivant. Il aurait été décisif car la réflexion montrait une avancée et se basait sur les rendez-vous mystérieux qu'elle prenait et qu'elle ne me racontait pas. Elle cheminait avec l'une ou l'autre et ne m'en avisait pas.

L'exercice était périlleux mais elle était en route. La plus grande prudence était de mise et je me devais de rassembler toute mon attention pour ne pas réagir à la moindre information reçue.

Pour ses rêves, quelques fois le matin, je n'intervenais plus qu'en faisant miroir prudemment et en l'aidant par l'une ou l'autre image pour leur donner plus de sens. Elle n'attendait rien de moi, ce n'était pas un cheminement, un échange. J'aurais même tendance à dire que ce n'était qu'une manière pour elle de fixer l'image et la rendre accessible à une interprétation qu'elle pouvait demander à une amie proche.

 Le choc avait été rude pour moi qu'elle ne soit pas réellement regardée par son père trouvait sens quelque temps plus tard par une pensée qui avait traversé mon esprit et apporté un élément nouveau à son habitude fatigante de refuser une approche logique et curieuse d'un problème quotidien. Elle avait l'art d'apporter les réponses les plus gauches à des problèmes simples, et si le problème n'était pas le problème. Le problème était la solution, un décalage s'établissait entre la réalité des situations et la solution à celles-ci.

Puisqu'il ne me regarde pas, j'apporte la solution qui n'est pas la bonne, pour attirer son attention, pour qu'enfin il me regarde, qu'il s'occupe de moi, qu'il soit présent même si c'est de manière négative. Qu'il réagisse face à moi.

Elle était passée experte de la mauvaise solution car la bonne n'aura pas été valorisée d'un regard, d'une attention

C'était l'aspect erreur qui lui apportait l'attention de ses parents. Elle avait la légèreté et la subtilité nécessaire pour tout faire bien mais le faire bien ne lui apportait aucune attention.