26/03/2015

Sur le blog d'une internaute.

 

décès brutal,cercle d'amitié,écrire une lettreTrouvé ces jours-ci sur le blog  "enviedenparler.blogspot.com" tenu par Françoise, à la date du 10/3/2015 

« Si un de tes amis perd quelqu'un, écris-lui une lettre d'amour. Il en faut, des lettres, pour que la journée, la soirée passent quand même. On ouvre, on lit, on cherche dans les lignes le mot juste, on le trouve toujours. Si lointain que soit l'auteur de la lettre, il est là, vigilant, il t'aide à regarder la vie, il te dit qu'il sait, qu'il pense, qu'il garde, qu'il garantit. Les lettres cimentent les briques que posent les survivants. Ecris, écris, écris. Ne rate pas une occasion de le faire. Si tu as le choix entre écrire et ne pas écrire, choisis toujours d'écrire. Aucune lettre n'est déplacée. Nous en avons reçu de gens qui avaient entendu parler de nous par des amis communs, des gens que nous n'avions jamais vus. Tout est utile. Nous sommes, chacun d'entre nous, utiles à tous. J'ai gardé tout ce courrier et bien sûr ne l'ai jamais relu. J'ai oublié les mots. Des effort surhumains pour nous rejoindre dans la pauvreté du langage sont enfermés dans de grandes enveloppes à soufflets. Efforts fournis en vain ? Bien sûr que non. Tu m'aurais vue, guettant le courrier, ouvrant les enveloppes, lisant fébrilement, commentant, rangeant. Rêvant ensuite à ce qui m'avait été écrit. Y prêtant toute ma détresse. Les lettres pavaient le chemin entre mes filles et moi. » (Geneviève Jurgensen*)


*En 1980, Geneviève Jurgensen a perdu ses deux petites filles dans un accident de voiture.

05/01/2015

La grotte des nutons.

nouveau départ,repartir,faire le deuilDepuis son décès, c'était la première après-midi que nous passions avec nos petits-enfants dans la maison du père. Elle avait été pendant 10 ans la maison familiale puis dans un coup de tête, ma fille avait quitté le domicile conjugal et s'était installée à 1 km, à proximité de l'école dans une location. J'avais participé aux deux déménagements ; celui du départ car je croyais l'aider à retrouver une liberté d'action qui l'aurait sauvée, celui du retour des meubles des enfants à son décès.

La maison avait retrouvé son âme, son organisation, son aspect intérieur d'avant les tempêtes. Pour simplifier la préparation des repas dans un univers peu connu, nous avions tout préparé et réchauffé le repas sur place. Le père, pour nous accueillir avait préparé la table, geste d'accueil, pour relancer la relation bien malmenée depuis le départ de sa compagne huit mois plus tôt, et son récent geste de détresse.

L'idée semblait trainer dans leur environnement que c'était celui qui partait qui était le coupable, le mauvais. Ma fille n'avait pas assumé ses devoirs de mère, elle était partie. Sa belle mère le lui faisait bien sentir d'ailleurs en la toisant, à l'occasion, à la sortie des classes.

Cette première rencontre était difficile. L'émotion était à fleur de peau, sournoise, prête à jaillir. J'avais aperçu par la fenêtre mon épouse en pleurs, la main sur la voiture de notre fille, qui attendait d'être vendue. Témoin silencieux d'une autonomie qui ne l'avait pas conduite vers le bonheur serein qu'elle recherchait. La soupape émotionnelle de mon épouse fonctionnait, elle allait bientôt rentrer comme si de rien n'était. C'est ainsi qu'elle avait été éduquée, les émotions, les humeurs se vivaient dans sa chambre, pas dans le lieu de vie. J'assumais différemment surnageant au-dessus de ma morosité, de mes sentiments profonds, actif surtout pour que les enfants profitent du repas et nous parlent de la rentrée à l'école.

Pour rester fidèle à ma fille, à cette image qui m'avait traversée le jour du décès où j'associai mort et caveau familial comme si sa dernière volonté m'était transmise de manière ultime, j'avais décidé de l'enterrer dans son terroir d'origine. Et puis de toute façon, elle serait redescendue l'année suivante près du collège dans la vallée, pour limiter les va-et-vient scolaires. Je n'avais pu envisager la solution de garder leur mère à proximité. La tension qui en résultait avait sans doute été atténuée par les vacances. Ils avaient sans doute pris conscience que c'était dans la maison, dans leur cœur qu'elle était présente, surtout.

Pour occuper l'après-midi et profiter du beau temps, nous avions entrepris une balade vers un affleurement rocheux avec une grotte de la taille d'un homme, découverte quelques semaines plus tôt. Cette fois, nous avions une lampe de poche.

L'objectif de balade, leur avait plu et tous, nous avions marché vers le bois où se nichait cette curiosité du bord du chemin. C'était l'occasion de parler, d'échanger à tour de rôle, de reprendre le contact d'entendre un peu la description de leur nouvel environnement scolaire. Les grands étaient déjà équipés d'un GSM et la conversation tournait autour de l'objet. Je sentais ma petite fille plus proche, plus ouverte. C'était bien la première fois qu'elle s'approchait aussi longtemps de moi. Elle avait muri, parlait aussi de son projet scolaire, un exposé sur un thème à choisir.

Avions-nous renoués, et étions nous en contact ? Des prochaines rencontres témoigneraient de son cheminement, de la nature du lien qu'il fallait rétablir.

La grotte n'était qu'un boyau d'une dizaine de mètres, il fallait pour y pénétrer beaucoup de souplesse et j'étais resté à l'extérieur.

L'essentiel n'était pas d'y entrer mais d'établir une relation nouvelle en mémoire de leur mère, trop tôt disparue.