19/10/2015

A propos de la relation à ma fille cadette.

La gestion de l'atelier de constellations familiales m'avait semblé adéquate et c'est tout en confiance que j'avais demandé un rendez-vous pour une constellation familiale personnelle. Le but de ma démarche était de clarifier la relation à ma plus jeune fille.

 

Quelques lapsus passés, à son sujet, m'avaient interpellé. Celui de la fête, lors de ma mise à la pension, où j'avais oublié de la remercier de son support chaleureux, et récemment l'utilisation du prénom de sa sœur, un jour où j'étais seul avec elle. Après ce dernier lapsus, elle m'appelait d'ailleurs régulièrement Charles.

Ces événements valaient bien une tentative de clarification.

Le thème était clair dans mon esprit. Quelle place occupait-elle dans mon inconscient ?

Ouvrir la porte vers cette heure d'interrogation mettait déjà en route un développement du problème et de la solution dans le système familial. Une mouvance mystérieuse prenait place dès la décision.

Il suffisait d'être attentif aux événements dans la famille.

Curieusement la constellatrice me proposa un rendez-vous le jour de son anniversaire comme pour justifier la justesse de la démarche. Coïncidence heureuse me soutenant dans mon projet. Le feu était vert, il ne reste plus qu'à être là, à ne pas manquer le rendez-vous.

Le jour précédent était le jour d'anniversaire de ma femme. Ma fille avait souhaité organiser la fête et le rendez-vous était pris à la librairie en face du restaurant. Les voir se rencontrer m'avait touché, l'émotion était présente, forte. Mon épouse se souvenait de l'année dernière ou avec ses deux filles, elles avaient fêté cet anniversaire. Cette fois ce serait sans l'aîné; la première fois. Dans une accolade chaleureuse, elles s'étaient embrassées sous mes yeux, comme jamais auparavant. La relation, entre elles, n'était pas des meilleures, leurs tempéraments éloignés faisaient que souvent il y avait plus de tensions que d'accordailles, que la tête décidait plus que le cœur pour les rencontres. D'ailleurs c'était souvent moi qui passait chez ma plus jeune pour maintenir le contact avec les petits-enfants.

 

Au point que ma femme m'avait dit un jour « Je ne connais pas la sortie des classes de l'école de mes petits-enfants, je n'y ai jamais été. »

Après la rencontre, nous avons traversé la rue pour prendre une table dans un restaurant à sushi. Première expérience qui ouvrait pour moi un chapitre culinaire nouveau. Présage favorable, en tout cas moment agréable.

Le lendemain la constellation débuta selon le protocole de représentation des personnes, par des bouts de papier coloré posé sur le sol. De l'interaction fille-père une première constatation tomba étonnante.

C'était une question de regard. J'avais plutôt tendance à ne pas la regarder droit dans les yeux. L'effet de mon regard était marquant. L'animatrice ajouta vous êtes à la fois père et mère pour elle. Autrement dit Papa poule.

Le concept m'étonna par sa justesse. N'étais-je pas souvent les deux pour elle. Le plus souvent chargé par mon épouse d'assurer la relation dépannage, la visite compensant la préférence marquée de celle-ci pour son aînée.

Question soins déjà quand elle était enfant, j'étais le plus préoccupé de son énurésie qui tardait à trouver sa sécheresse, de la consoler en cas de larmes, d'assurer son occupation. Autre manière de dire qu'elle était garçon manqué, copiant plus le père, que la mère. D'ailleurs sa jalousie morbide face à sa sœur trouvait là sa justification.

La disparition du poster du tableau de Magritte sur le mur de son living introduisait déjà le thème. Elle se plaçait plus dans la féminité, dans l'indépendance, dans la coquetterie par un goût plus affirmé dans ses vêtements, une gamme de couleurs plus large, une variété plus grande.

Elle prenait la place de sa sœur aînée, ou mieux elle entrait dans le champ de la féminité comme sa sœur, et était plus reconnue par sa mère.

À l'image Papa poule s'associait mon fils très maternant avec ses deux enfants. Héritage d'une place d'homme très concernée par les enfants et mettant plus l'épouse dans un rôle d'enfant et de mère plutôt que de femmes.

Image de l'homme. Image de la femme, à relire, à relier, à reconstruire

30/09/2015

Une nouvelle constellation familiale.

constellation familiale,rendre un enfant,mémoire corpsLa tempête qui  avait agité la famille ne semblait pas encore prête de s'apaiser et par petites touches nous essayions de repartir cahin-caha sur le chemin de la vie. Parallèlement à une recherche de bien-être physique et de moyens d'atténuer le stress que je ressentais encore dans toutes mes fibres, j'avais planifié une participation à une constellation familiale.

L'entrée en matière, de la journée avait consisté à imaginer derrière soi la présence bienveillante de son père et sa mère, puis dans un rang plus éloigné encore ses grands-parents paternels et maternels. Une sensation forte m'avait envahi, celle de la présence de ma grand-mère paternelle. Sa place dans mon histoire d'enfance était grande et je n'en avais guère été étonné intellectuellement mais ici le champ d'influence était très physique. Elle appartenait à mon côté droit, celui par lequel passent tous mes ennuis de santé d'ailleurs, coté privilégié d'expression des mal-êtres ?

L'animatrice conduisait les différentes constellations d'une manière qui me semblait cohérente. Elle semblait digne de confiance et comme la démarche ne m'était pas inconnue, j'avais pensé prendre un rendez-vous avec elle pour une recherche personnelle. Dans une direction encore floue et que j'allais clarifier au cours des jours suivants.

La visite impromptue de ma plus jeune fille, le lendemain m'avait étonné profondément au point que le jour suivant, je l'avais appelé pour prendre de ses nouvelles, chose que je fais rarement.

Elle avait pris une distance par rapport au quotidien et n'était plus dans la réaction immédiate. Elle ne bondissait plus sur le moindre sujet, prête à s'enflammer à la moindre peccadille. J'en avais été troublé et apeuré car le spectre de la dépression pouvait poindre derrière sa nouvelle attitude. Le contenu du stage qu'elle avait fait la semaine précédente était restée mystérieux aucune information n'avait filtré et j'étais resté avec mon questionnement.

Fallait-il lui attribuer cette nouvelle manière d'être, bien inhabituelle ?

Le rendez-vous proposé par l'animatrice de la constellation familiale me fut curieusement proposé le jour de son anniversaire, comme par hasard signifiant, insistant sur une aspect de mon passé récent, ma relation à celle-ci.

Il me fallait donc réfléchir à ce que pourrait être passé au crible ce jour-là.

Quelque temps après une question m'avait traversé l'esprit ; "Pourquoi ne pas questionner le système familial à propos de la relation à ma plus jeune. Une crise avait eu lieu, deux mois plus tôt. Je l'avais confondu avec sa sœur. J'avais gommé son prénom et prononcé celui de mon aînée.

Sa frustration et sa colère l'avait poussée à changer mon prénom et depuis régulièrement elle m'appelait Charles.

Il y avait matière à évaluation, à rechercher la place qu'inconsciemment nous lui avions donnée au cours de ces années par rapport à sa sœur surtout. Qu'elle avait été mon apport dans la relation ? Qu'est-ce qui m'appartenait et qu'il me fallait considérer ?

Dans le rituel du lever de ce matin, un vieux souvenir était remonté à la surface. Lors de la dernière visite à ma grand-mère éternelle un mois après sa naissance, nous avions laissé son couffin sur le lit où elle était allongée et étions prêts à prendre la route avec les deux grands. Affolés ma marraine, sa sœur, du haut de l'escalier de la porte de la rue, nous avait rappelé en disant « Mais vous oubliez la petite ! »

Scénette à la fois amusante et affolante car notre lien parental ne semblait pas encore bien établi.

Une nouvelle lecture des événements m'apparaissait à présent. Inconsciemment, je voulais rendre à ma grand-mère désenfantées de ses deux fils, un autre enfant. Ne l'avais-je pas déjà fait avec l'aînée que j'avais nommée du diminutif du prénom de celle-ci.

La douleur familiale portée par la grand-mère, perdant son jeune frère, nommant son fils aîné du prénom de celui-ci, nommant aussi son deuxième fils du prénom du frère de son mari, décédé lui aussi avait crée des liens envers le passé.

Deuil jamais fait qui plombe les vies successives leur supprimant la légèreté et la joie de vivre.

Vies tournées vers le passé comme le montraient les deux événements concernant mes filles, le prénom de l'une, l'oubli de l'autre.

Comme une dette à payer vers ce passé bousculé dont ma grand-mère n'était pas sortie,  comme un essai pour la sauver de son destin au lieu de me tourner vers la vie, ma vie.