26/04/2013

Conversation au petit déjeuner.

Bw230-Chevaux-hiver-868.JPGAu déjeuner, mon épouse me racontait son activité de grand-mère dépannage auprès de notre fille aînée. Notre petite fille avait rencontré, une fois de plus, un médecin pour son problème d'énurésie nocturne et sa rétention d'urine la journée. Décidément de ce côté les choses n'étaient pas faciles. Ce qui était on ne peut plus naturel, le laisser-aller des fluides, ne fonctionnait pas bien, mal même. D'emblée, sa réflexion s'était inscrite dans une vieille histoire celle d'un reflux quand bébé, notre fille faisait des infections périodiques. Cela avait duré quelques mois puis le problème s'était résolu. La faculté était pourtant prêtre à opérer mais un oncle médecin avait donné un avis contraire et l' intervention avait été annulée. Heureusement car en effet après quelques mois de croissance le phénomène de reflux avait disparu.

Ce n'était pas le même problème avec notre petite fille, elle avait dix ans et ce phénomène semblait apparaitre à présent, du moins dans notre champ de connaissances, car qui sait s'il n'avait pas été occulté à nos yeux.

Ce déjeuner fut particulier  car cette conversation entraîna l'ouverture de non-dits ; des flashes du passé revenaient en force, plus ou moins sereinement, sans esclandre et affrontement souvent expérimentés quand des sujets de cette nature étaient abordés.

L'organisation du week-end suivant semblait difficile et des informations contradictoires circulaient quant aux différents niveaux d'activité. D'après mon épouse, la communication semblait inexistante entre mon beau-fils et ma fille. Sans doute n'était-ce pas clair. "Mais ne serait-elle pas comme toi hyperactive?" Je me souvenais quand nous étions jeunes que je ne savais jamais où elle était car il y avait toujours un fait pour bousculer le programme ou bien elle avait changé d'avis. Si je l'attendais à gauche, je la trouvais à droite ou même parfois je ne te le trouvais pas du tout et devais attendre une demi-heure qu'elle vienne, enfin,  me reprendre à la gare alors que l'heure était convenue longtemps d'avance.

" Si je n'avais pas été hyperactive, je serais tombée, comme ma fille, en dépression? me dit-elle."

Dans sa bouche la réflexion ne me semblait pas incongrue mais appartenait à une réalité dont elle prenait conscience, à une manière d'être qui, tout doucement, faisait son chemin de reconnaissance.

Son agitation, ses multiples envies dans tous les sens, de toute nature n'étaient je le savais qu'une couverture, un couvercle à un mal être profond qui n'avait jamais été reconnu. Ses leitmotiv étaient "Tout est bien, tout est parfait. Il ne faut pas critiquer. Il faut être actif."

Ma fille, par tous ses pores, avait absorbé cette ambiance survoltée et avait bâti sa vie sur ces principes. Sa place d'infirmière aux urgences était semble-t-il le meilleur moyen de ne pas affronter la détresse de sa mère qu'elle avait faite sienne tous les jours de son enfance. Elle avait croisé cette détresse deux années plus tôt, lorsqu'elle avait sombré dans ce marécage d'émotions et de non-dits mal gérés.

Par ce blocage des fluides, est-ce que ma petite fille n'était pas en train de suivre le même chemin en cherchant désespérément l'attention? Elle craignait les conséquences funestes d'un laisser-aller. Elle ne pouvait ouvrir les vannes pour laisser filer les émotions car le poids de celles sa mère et par sa grand-mère, était inquiétants .

Mais ni l'une ni l'autre n'entraient dans la parole et le sentiment.

Ce n'était ni les sulfamides et ni les neuroleptiques qui allaient régler ce problème psychosomatique, de blocage des émotions exprimés par le blocage des fluides chez ma petite fille.

09/02/2013

Encore et toujours, l'énurésie.

énurésie,coupé le cordon,propreté,lien mère enfant,pipi au litLe pop-up d'appel de "Skype" venait d'apparaître sur l'écran de mon portable. Surprise ! C'était ma plus jeune fille. L'appel était inattendu et nouveau. Elle faisait un pas inhabituel vers moi, utilisant un nouveau média. La voir sur l'écran changeait tout à fait la nature de la communication. Son visage prenait une autre forme et j'étais intimidé par cette nouvelle proximité. La communication, avec elle, n'était pas aisée, souvent hachée, uniquement fonctionnelle et allant directement au but avec, sous-jacent, un élan impératif ne se prêtant pas beaucoup à la nuance. La dernière fois au téléphone, j'étais resté sans voix, désarçonné par sa manière différente de s'exprimer. Elle semblait intimidée, n'occupait pas l'espace ouvert entre nous pour l'envahir mais elle était en attente de ce qui allait se dire. J'étais tellement surpris devant ce vide inhabituel que je n'avais pu l'occuper. Une page blanche semblait s'ouvrir, inopinément créant un no man's land. Elle n'était plus la fille s'opposant aux parents, elle était autre. Une nouvelle borne frontière venait d'être plantée, un repère venait d'être érigé.

Cet appel "Skype" constituait sans doute la confirmation d'une nouvelle manière de communiquer d'abord par sa nouveauté technique, ensuite par la nature de l'échange, bien plus dans l'égalité que dans l'agressivité.

Pour le samedi suivant, elle me demandait de bien vouloir garder son plus jeune enfant, pour faire les soldes avec sa mère. L'accord fut conclu.

Après sa sortie soldes, contrairement à son habitude, elle avait pris le temps de s'attarder en partageant le repas. Puis elle avait patienté, en attendant qu'avec son fils, nous fassions un kilo de grosses galettes selon la recette de ma grand-mère.

Au repas, j'avais pris la liberté de lui faire une remarque sur l'attitude de son fils, impoli, dans sa manière sauvage de manger la peau du poulet sur son assiette. À ma question, "Vois-tu ton fils manger de cette manière dans un restaurant ?", Elle ne m'agressa pas, ne partit pas en claquant la porte suite à mon précepte éducatif. Elle semblait avoir compris le sens de ma démarche pour en tirer, j'espérais, un bénéfice pour son fils.

Nous avions abordé les différents sujets d'une manière libre, respectueuse. Elle s'était abstenue de jeter l'anathème sur les évaluations que j'apportais. Elle me considérait autrement, prenant du recul et ne m'affrontait plus comme avant.

Elle pouvait toujours penser "cause toujours mon lapin" mais elle le faisait alors avec élégance et la maturité d'un adulte face à un autre.

Allait-elle enfin couper le lien inconscient d'opposition qui la reliait à nous, ses parents ?

Son fils avait une allure bizarre un peu en retrait, distante, bien différente du tonus de la dernière fois. Elle m'en expliqua la raison : il était sous médication pour sa propreté nocturne. Le médecin utilisait l'effet secondaire d'un neuroleptique pour mettre fin à l'énurésie.

La conversation se poursuivit sur le sujet, nous recherchions des idées, des solutions.

Comment exploiter la parole à la manière de Françoise Dolto et Didier Dumas sur le sujet ? Comment, en précisant le cadre familial, les liens envers les parents, définir la distance nécessaire pour arriver à un effet thérapeutique ? Comment permettre à l'enfant d'être enfin propre, de quitter le stade infantile où il était bloqué ?

Et s'il protégeait sa mère en l'affranchissant du deuil de sa progéniture, en restant inconsciemment dans ses langes ?

Et s'il l'empêchait d'affronter son manque d'amour maternel, trop longtemps vécu et trop lourd à porter ? Contribuait-il, par son attitude, à ce que sa mère, retrouve la sienne qui dans le passé la langeait pour son bonheur et son confort et qui, à l'époque, avait disparu, pendant plusieurs jours, à la période des langes ?  N'y avait-il pas mélange des temps de première enfance?

Déficit de tendresse encore porté dans la génération des mères.

Systématiquement, disait-elle, son mari, s'interposait entre son fils et elle sur le divan en regardant la TV. N'était-ce pas un indice clair d'une coupure de la symbiose entre elle et son fils ?

Mais le montrer est une chose, utiliser la parole en est une autre. Était-ce à cet endroit qu'il fallait agir? Etait-ce le bon moment ?

Le problème était bien plus subtil. Ce n'était pas aussi simple, surtout qu'à l'âge de son fils, elle même n'était pas encore propre.

Son fils connaissait la solution à cet état et l'exprimait : "Il suffisait de se lever pour résoudre le problème." Mais cela ne l'intéressait pas. Comme si ce n'était pas son problème !

Il fallait prendre une décision quelque part mais à quel niveau ?

Fallait-il élargir le traitement au niveau des parents, de celui des grands-parents ?

Chez les enfants de mes filles, l'énurésie était un problème de puiné.

Étais-je concerné par ce niveau relationnel, moi qui suis né le deuxième de ma fratrie ?

Le débat s'était poursuivi serein. Lorsque les galettes  furent terminées, au moment du départ elle annonça à son fils : "Ce soir, on va arrêter le médicament !"

En présence des trois générations, elle prenait l'autorité, le choix d'une stratégie librement choisie, tout en nous prenant à témoin : c'est mon problème, je le prends en charge. Je ne le délègue plus à la Faculté.

Qu'en serait-il de cette conversation, cet intermède, dans quelques jours ?

Seul le temps qui passe nous donnerait le sens de ces moments vécus dans la lucidité.

Quel avait été le sens de mes réflexions quand, il y a trente ans, la propreté nocturne tardait à s'installer ?

Un retour dans mes archives m'apporterait, sans doute, une idée si pas une solution.