23/01/2013

Paroles de nuit.

gastro-entérite,psycho-somatisation,indigestion,être dans l'agenceÉtait-ce au milieu de la nuit ? Tôt le matin ? Je ne le savais plus ; l'intérêt n'était pas là, c'était la phrase qu'elle avait prononcée qui avait de l'importance, toute l'importance même. Elle m'avait dit "Je ne me suis pas sentie respectée et j'ai passé et perdu tout l'après-midi à cause d'elle !".

La soirée avait été agitée ; son stress, au maximum, découlait de la gastro-entérite qui l'avait clouée sur place. Son élocution semblait hésitante. Était-elle toujours dans un demi-sommeil ? Avais-je bien entendu ? Cette conséquence physique trouvait-elle son origine dans un aliment douteux par sa fraîcheur ? D'un excès dû à trop de fêtes, qui avaient fait long feu ? D'un estomac à genoux devant l'abondance répétitive des réunions de famille ?

Elle exprima ensuite le sentiment d'avoir été niée. Puis, il y eu un mot me concernant, "Excuse-moi pour cet après-midi,  je t'ai agressé à la sortie de la gare, j'étais énervée !"

Dans ce bouleversement qu'elle vivait, à la fois physique et mental, j'essayais de reprendre le fil des événements pour comprendre l'enchaînement qui l'avait, en plus, conduite à me dire au réveil : "J'étais en colère, je l'élimine."

Il fallait découvrir le sens profond qui se dissimulait sous l'effet papillon local qui avait déclenché, le lendemain, la tempête viscérale. Le fil des événements était particulièrement simple : hier matin, handicapée par la perte de ses bésicles, une amie avait téléphoné chez nous pour savoir si celles-ci s'y trouvaient par hasard, oubliées, après la fête ; elles n'y étaient pas. Ma femme, sachant que cette amie avait été véhiculée par une autre, avait téléphoné à cette dernière pour demander si elles n'étaient pas dans sa voiture. En effet, elles y étaient. Elles attendaient sa propriétaire, à trente kilomètres d'ici.

La situation était simple, la propriétaire de l'objet, non motorisée, avait besoin d'aide pour retrouver la vue.

N'écoutant que son impulsion et son conditionnement à rendre service, à aider, à montrer son grand cœur, ma femme, prenant une bonne part de l'après-midi, s'était lancée dans l'expédition pour résoudre, un problème qui ne lui appartenait pas. En marche ! Scout toujours prêt pour la B.A. !

Elle partit donc en trombe pour récupérer l'objet éloigné, faisant l'impasse sur le projet de consacrer l'après-midi nécessaire à préparer sa valise pour ses vacances d'hiver. Le stress était monté d'un cran et elle était tant contrariée que j'avais pris une volée de bois vert à son retour, quand elle m'avait repris à la gare.

Nier l'urgence de la course et tempêter intérieurement devant le temps devenu inutilisable pour ses propres objectifs expliquaient déjà la sortie de ses gonds. Deux envies d'égale puissance en conflit : peaufiner son image de marque et faire face à l'urgence des préparatifs.

L'impossibilité de résoudre en même temps les deux termes de l'équation avait induit un signal d'alarme, provoquant un malaise général et la mise en œuvre d'une gastro-entérite. Conflit qu'elle tentait de nier par l'évacuation basse d'une part, en même temps qu'elle exprimait par l'évacuation haute, sans le pouvoir des mots, le ras-le-bol d'être au service des autres et non d'elle.

Déchirement et envahissement d'une flore déboussolée.

Médicalement parlant, c'était bien plus simple de soigner les microbes comme des êtres farouches et indépendants, de les passer au fil de l'épée par des torpilles médicamenteuses et de placer l'origine du mal sur de malheureuses huîtres qu'elle avait consommé le jour du réveillon, deux jours avant.

Les aveux de la nuit, lorsque le seuil de veille s'efface, avaient laissé paraître des phrases de vérité ; ces moments de lucidité nocturne, largement influencés par son homéopathe, semblaient éclairer le fond du problème mais, avaient-ils percés les moments de vigilance qui cachent l'apparence des faits, pour aller à la nature profonde des maux ?Prendrait-elle conscience de la réalité des phrases de la nuit ? Serait-elle, enfin, une bonne mère pour elle, pour tous ces manques qu'elle fuyait à course éperdue ?

Sa fragilité se rapprochait, allait apparaître clairement à ses yeux. Ferait-elle le pas d'acceptation, de détente ? Un combat était en cours, déjà annoncé deux semaines plus tôt à la fin d'une série de cours de gymnastique douce. La kiné avait remarqué un relâchement, une ouverture de ses épaules entrainant un mouvement nouveau, plus souple.

L'épisode conflictuel exprimé par la gastro-entérite terminait la bataille ; la peur, la négation de son état intérieur avaient pris le dessus. Le dérangement intestinal à moitié apaisé et, au vu du risque de récidive pendant les dix heures de voiture, elle annula, le matin même, son départ pour ses vacances d'hiver, prévu vers 16h et, le jour suivant, fit de même avec le cours de gymnastique douce qui devait reprendre début janvier.

Rien ne changerait dans l'immédiat.