02/09/2012

Nous revenions du sud.

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Nous revenions du Sud, après un semaine de détente. La nuit était tombée depuis un demi-heure quand nous arrivâmes à la pompe à essence pour faire le plein au prix luxembourgeois. Comme elle était la plus vaillante, ma fille avait pris le volant. J’étais à ses côtés avec la carte pour assurer les derniers repérages.  Encore une heure de route au moins avant d’atteindre son domicile qu’elle avait  quitté 3 jours plus tôt pour passer quelques moments de détente, avec mon épouse, au festival de théatre d’Avignon. Elles m’avaient pris en charge à la sortie de la cession de méditation dans un petit village provençal au milieu des vignes.

Au cours du trajet, nous avions déjà échangé à propos de nos activités réciproques, sur les petits détails des vacances les faits, les anecdotes

Vu l’état de fatigue de tous, pour rester éveillé pour ne pas s’abandonner à la somnolence  en cette fin de parcours,  elle me dit « Papa parles-moi pour me tenir éveillée ou j’allume la radio ! »

Moment magique, moment opportun. Moi qui me plaignais de la distance qu’elle prenait dans sa vie de mère et de femme, elle m’ouvrait la possibilité de prendre un moment de proximité, de le rendre mémorable. N’avais-je pas des choses à transmettre ! N’était-ce pas mon souci d’assurer la transmission de mes meilleurs moments non pas dans l’écriture mais dans le cœur à cœur, dans la profondeur et la transparence d’une relation ?

La prendre comme une adulte, une personne à qui je partage des moments forts.

N’était-ce pas le meilleur moment de cette aventure, le moment de l’échange à l’orée de la nuit. Elle me mettait par cette phrase nette bien claire, motivée dans le rôle du conteur, de celui qui passe un message, un expérience,.

Après ces jours de méditation à la manière d’ Anthony de Méllo,  en mémoire d’Anand  qui nous en avait ouvert et transmis la richesse, j’étais invité à prendre la parole. Elle savait d’où je venais mais ignorait tout des activités, du contenu. Il me fallait donc faire un peu d’histoire, simplement rapidement.

Après lui avoir décrit le déroulement de la session, je ne pouvais que lui raconter ce qui m’avait le plus touché au plus intime de mes sensations.

C’était la méditation du matin plutôt la différence entre mon ressenti passé et actuel lors de cette promenade que l’on faisait chaque matin en groupe pour aller saluer le soleil.

La dernière fois dans cette marche matinale, j’avais trouvé grâce à Anand deux piliers,

-Le thème du jour : « Porter son attention », par l’ouie aux bruits,  par la vue aux objets présents autour de nous, par le toucher au le souffle du vent sur la peau, à la rugosité d’une écorce, à la douceur d’une feuille, à la fraîcheur d’une goutte de rosée. Bref s’éveilller à la présence du corps et son interaction avec l’environnrement.

-L’atmosphère de la marche, essentiellement la sensation d’appartenir aux humains, de me relier à ceux qui sont devant, à leur  oscillation, au bruit de leurs pas, à leurs ombres sur le sol, à leur énergie vitale.

Cétait pour moi une symphonie du mouvement, lente et rythmée, nonchalante mais remplie d’attention à l’harmonie du groupe. Je me sentais relié par le mouvement à la première personne et à la colonne humaine qui se dodelinait à un rythme vivant semblable à un chenille munie de 30 paires de pattes. A sa tête, le maître qui par sa stature et son physique imposant, entraînait une ondulation qui se propageait de proche en proche. Un peu comme l’oie de tête qui par son battement d’ailes donne le rythme et la fréquence de l’oscillation ou comme la maman cane qui entraîne ses  canetons vers l’avant, là où il y a du mystère, des bonnes choses.

Le crissement des pas sur le gravier de la route, le frottement des pieds dans l’herbe, le balancement des épaules, la couleur des vêtements, bref tout un ensemble exprimant la vitalité dans la proximité, la distance nécessaire et suffisante à l’autonomie. Le rôle du premier de cordée était d’ouvrir la voie, de tracer par ses pas un chemin dont chacun allait profiter. C’était la tête du peloton qui fendait l’air devant pour l’ouvrir largement au profit de ceux qui suivent. Plus d’une fois dans le crissement long et profond de l’ondulation, je m’étais retourné relié aux autres par le mouvement. L’énergie circulait jusqu’au dernier qui fermait la marche et par sa présence renvoyait l’énergie aux autres. Témoignage de gratitude, cohérence portant l’ensemble de la chaîne, fermant la séquence permettant une évolution ferme puissance. Là devant le cœur battant, la pulsation rythmant l’énergie pour tous. Chacun prenait en conscience son rôle dans la symphonie, chaque pas, chaque ondulation du corps étaient les instruments nécessaires et suffisants pour assurer la cohésion. A travers son pas battait la mesure de cette harmonie matinale qui se dispersait dans la nature. Chacun assurait soit la place d’un nœud, la place d’un ventre pour que l’énergie soit fluide et ondulante.

Le maître n’être plus là pour battre la mesure. Il ne restait plus à chacun qu’a assurer, par sa présence apportée au groupe, par son pas rythmé, à s’accorder aux autres pour ensemble assurer la vie de la chenille matinale qui se faufilait dans la nature pour saluer le soleil. Le 2e jour derrière celui qui avait été adoubé par le maître, nous étions en ligne pour le rite matinal observant la nature. Vibrations nécessairement différentes car le guide était autre, avait son propre être, une nature différente, sa nature.Mais l’essentiel n’était-il pas dans l’observation du paysage, dans l’ouverture de la vue à la nature environnante. L’harmonie n’était plus la même. J’avais constaté un membre du groupe en tête à distance d’un mètre de l’alignement. Un peu comme un observateur indifférent, un surveillant peut-être, qui cheminait à son rythme, à sa place.

J’étais plus dans la recherche ce matin de la résonance à l’esprit de la chenille à son balancement au bruit de pas de mes voisines. J’avais affûté mon sens de la sensation rythmique. Plus d’une fois j’avais eu à l’esprit les mouvements de ce genre que j’avais découvert dans des mouvements de danse de Pina Bauch de  Wuppertal.

 Cette respiration de l’ensemble, cette magie qui s’établit entre tous les êtres d’un groupe me faisait penser au vol de pigeons dans le square où je passais le matin.

Venant d’un toit voisin les pigeons entraient un par un dans la ronde dans le mouvement primordial sans perturbation simplement. De l’autonomie il passait à la communion de l’ensemble, il changeait de paradigme de l’individualisation à l’harmonie du groupe. La chenille matinale appartenait pour moi à l’ordre de l’ensemble.

Pour le retour à la salle de méditation, la chenille s’était détendue au milieu coupant le lien avec le métronome devant. L’harmonie était rompue, elle avait perdu la moitié de sa fluidité, de sa cohérence.  L’ensemble avait changé de paradigme de l’ordre, nous étions passés au désordre.

Avec le maître je n’avais jamais eu cette sensation de rupture comme si des velléités d’indépendance, le rejet d’appartenance se manifestaient.

Tant d’appropriation différentes empêchaient la vibration collective, fermait le groupe à son énergie ici et maintenant.

N’y avait-il pas encore assez de pigeons en rythme pour permettre à celui –ci de s’établir ? Peut-être. La moitié arrière de la chenille avait un autre tête, 3 peut-être. Comme la règle implicite était de suivre celui qui marche devant, je ne m’autorisais pas à dépasser,  à snober le fatigué peut-être qui trainait devant moi. Pourtant il m’excluait de la symphonie. Il ne tenait pas compte de l’énergie vitale mouvante qui parcourait en ondulant la chaine humaine que nous  formions.

À mi-parcours un exercice nouveau à la salutation du soleil, avait placé nos mains ouvertes en appui avec celles de nos voisins. Energie de contact entre les membres. Est-ce cela qui avait créé un surcroît énergétique non gérable pour l’ensemble. Etait-ce un plus par rapport à ce que le maître nous avait apporté ? En plus de cette différence j’observais cette figure nouvelle qui s’établissait. Comme un ballon que l’on gonfle, la chaîne s’était ouverte en 2 branches pour se constituer en ovale comme un respiration. Cela me plaisait, affermissait la sensation d’appartenance comme dans un réseau acoustique la résonance qui entraînait un maximum d’abord le nœud, puis un minimum le ventre dans la phase de décompression. L’ovale ne s’était pas aplatie en permettant par interpénétration des deux arcs, la reconstitution de l’alignement du groupe. Il s’était éclaté dans un multitude d’attitudes, chacun prenait sa voie tant et si bien qu’en redescendant il n’y avait derrière des chenilles parallèles avançant dans un désordre encore plus grand que la fois précédente J’en frémissais d’impuissance, de colère même.

Alors que le thème du jour était d’observer encore avec plus d’acuité, j’étais déchiré par cette forme perdue, par cette harmonie disparue. La chenille était cassée. Que se passait-il ? Imprégné de la notion d’attachement et de détachement j’essayais de quitter le passé pour être plus dans le présent, de sortir de ce désir d’appropriation à la chenille parfaite et d’accepter sa forme présente et me centrais sur la pulsation de la tête, au début de la file, pour me mettre au diapason la rejoindre même. J’essaie de dépasser, de reprendre le rang comme une participante l’avait exprimé à table.

Impossible de dépasser, devant moi 2 membres du groupe à même hauteur, au même rythme comme dans un peloton de cyclistes. Un écart était impossible vu la configuration des lieux. En cherchant le détachement, mentalement je calquais mon rythme par-delà mes 2 voisines. L’animateur se rapprochait de la route   longeant le logis qui nous accueillait. En observateur libre, j’avais abandonné mon appropriation à un mode de de cheminement. Je marchais au rythme de la tête quand brusquement venant de la route principale un petit tracteur vigneron, tirant un machine de pulvérisation, s’engagea dans le chemin de traverse que l’on suivait obligeant tout un chacun à prendre le bord de la route.

Coïncidence subtile, lettre de l’univers, synchronicité. L’ordre revenait émergeant du chaos. A mon abandon de la perfection, à mon statut d’observateur sans intention d’appropriation d’un ordre qui me convenait, j’étais gratifié de mon souhait retrouver l’harmonie.

Une bouffée de joie m’envahit, profonde, indescriptible. L’univers s’ordonnait par l’irruption de cet engin mécanique, ramenait la chenille à son ondulation, à sa fluidité, à son harmonie. Les volontés individuelles n’existaient plus seules sur le chemin. Tous étaient revenus dans le rang. A table, je n’avais pu taire cet émerveillement. Devant ce petit clin d’œil à mon égard, à notre égard.

Je n’étais pas le seul à avoir observé le désordre qui s’était crée. Une autre avait aussi observé le dissident isolé en tête de colonne. D’autres plus patients comptaient sur le temps pour arranger les choses. Il fallait laisser le temps au temps, laisser chacun s’approprier l’harmonie et l’ordre. Appaissement difficile sans doute à trouver pour ceux qui aiment à être plus fort, plus originaux que le membre ordinaire.

L’après-midi, à l’ombre des bambous une participante me mit les yeux sur l’incident de la veille. Dans la même circonstance, le passage d’un gros camion avait rangé le groupe en désordre le long de la route. Malgré la taille de l’engin, je n’avais rien perçu étant moins présent. Une première fois, malgré la taille de l’engin je n’avais rien ressenti car j’étais dans l’appropriation, dans le souhait de voir une forme particulière au lieu d’être là simplement, j’étais fermé. Au fond, la maturation que je souhaitais pour les autres, devait d’abord passer par la mienne. A la dernière sortie en chenille, l’expérience de tous avait été faite. Le terrain était certainement plus propice car il y avait moins de liberté de marche sur la gauche et à droite de l’alignement. L’harmonie, présidée par le balancement des uns et les autres, se retrouvait. Synchronisés la plupart vibraient à l’énergie commune sauf le dissident qui par sa présence renforçait peut-être la cohésion de l’ensemble Il était  pour moi  le point noir dans le demi-cercle blanc ou le point blanc dans le demi-cercle noir comme dans le signe chinois du Yin et du Yang.

Force de cette technique de méditation, d’attention à ce qui se déroule sous les yeux, sans jugement, sans appropriation. « Porter son attention »

Je l’avais maintenue éveillée, le temps de sa conduite. Serait-elle touchée par cette manière de voir, d’être. Je ne pouvais que lui exprimer. Elle en prendrait de la graine à sa manière, quand elle le souhaiterait mais je lui avait transmis un moment clé de mes derniers apprentissages. J’avais été le passeur, le conteur.

Elle ferait le reste !

07/07/2009

Le vol plané.

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A peine entré sur la place communale où un grand parking était accessible, j’entendis la voix de ma fille, me crier pleine d’enthousiasme, qu’un parking gratuit était disponible 50 mètres plus loin. Puis sa silhouette disparut derrière une voiture parquée au bord du trottoir et en avançant de quelques mètres, elle m’apparut allongée sur le tarmac dos contre terre. Elle venait d’être terrassée et je la voyais s’agiter comme un diable dans un bénitier cherchant appui pour se relever. Apparemment, elle avait tordu son pied légèrement et sous l’effet du déséquilibre basculé sur le sol. Son genou gauche était égratigné mais ne saignait pas. L’incident commenté, nous nous étions assis à l’entrée du musée où la visite guidée allait bientôt commencer.


La traversée.

L’image de ce plaquage au sol impressionnant par sa rapidité me relança quelques années en arrière où sur un passage pour piéton, j’avais mystérieusement perdu mon élan de traversée pour m ‘effondrer, cognant mon genou au sol, avant de me relever dans la foulée, comme si de rien n’était avec comme seul témoignage de l’incident, un trou dans mon pantalon beige, à hauteur de la rotule gauche.
Quelque part dans ma tête, cet incident m’avait conduit, bien longtemps après, à percevoir qu’un sens profond se cachait derrière cet effondrement que je n’avais pas médicalisé par la prise de médicaments quelconque mais appréhendé par une prise de conscience. J’avais un chemin d’approfondissement à faire, je devais rechercher mes racines, être plus dans mon corps et moins dans mes pensées. C’était d’ailleurs cette focalisation sur une pensée inadéquate, incongrue, volatile qui m’avait détourné de ma présence corporelle, nécessaire pour la traversée de la rue. Sans gyroscope, je ne pouvais que me casser la figure, ce qui était arrivé. Plus d’une fois ensuite, j’avais trébuché pour la bonne et simple raison que je n’étais pas conscient de mon pas, mais en pleine rêverie, ce qui se révélait inadéquat dans beaucoup de circonstances, entraînant immédiatement le choc physique contre l’obstacle.
Ma plus jeune se trouvait à la même croisée de chemin, rester dans sa tête, indépendante du corps et se casser la figure, ou être consciente de la place occupée dans l’espace et agir en conséquence sans se braquer sur des pensées qui pourraient être gérées à un autre moment.


La méditation.

Elle venait de faire l’expérience de la nécessité vitale d’avoir toujours un œil sur les lois physiques notamment de la pesanteur et parallèlement d’observer les événements d’une manière cool pour intervenir, « a djein ! », soit au bon moment. On le disait toujours à la campagne pendant mon adolescence lors des travaux de moisson à la manipulation avec la fourche, des gerbes de blé vers la charrée ou le silo. En portant toute son attention à la gestion de la trajectoire, on la réussissait, en dispersant son attention, on manquait de précision et de la bonne impulsion pour mettre la gerbe en place et il fallait recommencer. Etre là dans le moment présent, simplement en toute conscience. Les nombreux moments de méditation, m’avaient d’ailleurs ramené à cette philosophie- porter son attention à une chose, sans se laisser distraire par le reste. Lutte permanente entre le pouvoir de la tête de s’évader dans des considérations, pensées logiques et coulant de source et le poids de la réalité, concrète, efficace qui donne des résultats mesurables. 
Mais surtout possibilité de garder en place dans le coin de sa tête, un espace d‘observateur, qui sans jugement regarde et voit. Immanquablement, les choses devenaient différentes. Sorte de tiers qui observe les beaux discours et les belles considérations sur le réchauffement climatique qui n’apportent aucun impact sur la réalité car on continue à se payer des vacances autour du monde, à ne pas utiliser les transports en commun mais on sait comment résoudre les problèmes et quelles solutions leurs apporter théoriquement. 
Avec ce petit renfoncement dans l’asphalte, elle venait de buter contre la réalité, la réalité incontournable qui nous fait corps d’abord. La pensée n’agit qu’ensuit, mais elle ne doit pas se séparer de son support.

 puis, ensuite et pas seulement esprit.