24/10/2009

Le colis voyageur

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Debout près de la fenêtre, pour diminuer la douleur dans sa hanche gauche, mon frère me dit « Conduit moi dehors, pour prendre un peu l’air » .Le temps s’y prêtait. Un soleil d’automne encore vif, rendait la température acceptable pour la promenade en voiturette. Avec sa cape sur le dos, il me semblait motivé et de bonne humeur. Sa convalescence trop lente, venait-t-elle de prendre un nouvel essor ? Je l’espérais car son moral n’était pas bien haut, accablé qu’il était par sa perte de mobilité. Etait-ce l’effet de son dîner avec une patiente, externe qu’il appréciait beaucoup?


La rencontre.

En quittant le sas du hall d’entrée vers la cour, il me demanda de passer par la droite de la camionnette médicalisée qui terminait le chargement d’un patient en voiturette. L’avait-il guetté par la fenêtre sans rien dire ? Etait-ce un hasard La personne que le taxi spécial reconduisait chez elle, était justement celle avec qui, deux heures plus tôt, il avait partagé le repas. Après quelques mots, échangé à haute voix vu la distance, il dit. « C’est mon frère, qui m’accompagne ». La réponse vive suivit immédiatement. « On le voit bien que c’est ton frère. » Les derniers mots prononcés, je le poussai vers la cour pour la promenade. On se ressemblait, était la sentence, lancée par cette personne qui avait observé les mouvements de va et vient autour d’elle, le temps du court échange. Son état d’hémiplégique provenait non d’une thrombose mais d’un accident. Elle avait gardé son caractère enjoué et dynamique. Son coup d’œil devait être sans fard, neutre. Il me fallait faire avec cette nouvelle donne. Il me ressemble, nous nous ressemblons physiquement.


Comparaisons.

De notre histoire commune, je ne garde que les différences, sa familiarité avec tout son charisme d’entraîneur, de joyeux drille, son aura, son esprit d’entreprise. N’est-il pas parti en Amérique, quelques années ? Puis ses traits me semblaient plus lourds, plus large surtout son nez.
Je le comparais à ma taille plus petite, mon nez fin, mon intériorité, ma réserve. Ma vie ressemblait à un long fleuve tranquille. J’étais son frère peut-être mais tout nous différenciait. A la différence des caractères, s’ajoutait la différence de forme physique qui semblait s’atténuer.
Son accident vasculaire m’avait touché au plus profond. De voir ce grand frère cassé dans son intégrité physique, dans sa mobilité, était pesant, inquiétant. Le chêne s’était cassé en deux, laissant sa partie gauche de plus en plus figée. En quelques dizaines de minutes, il était retourné comme une crêpe, il avait perdu, sa lucidité et son autonomie.

Le petit temps de rencontre avec la patiente l’avait dynamisé et c’est joyeusement que je le poussais pour aller à sa demande saluer un autre patient extérieur qui arrivait 
Quand je vois la paire dynamique que font les deux fils de ma plus jeune, je ne peux m’empêcher de m’imaginer comme eux en train de partager découverte et jeux avec lui. Je m’imagine essayant de le suivre dans son ouverture au monde par son expérience, sa plus grande maîtrise, acquise par les mois qui nous séparent. Il était le chef du team, le leader et s’était profilé définitivement battant, entrepreneur.


Le poids du passé.

Son dynamisme ne m’avait pas été transmis. J’étais resté en arrière, plus solitaire portant un poids me collant à la peau. Un poids qu’un jour, en pleine classe, ce mécréant de professeur m’avait lancé à la figure

«  Et vous avec votre air de chien battu ! »
Quelque chose de fondamental nous différenciait derrière la façade, et cela ne datait pas de cette phrase. Une valise, un poids passé m’encombrait. Renversement de situation, le poids, c’est lui, je le poussais. Une nouvelle vitalité m’avait touchée. Par une recherche ininterrompue, des années durant, un répit, une ouverture m’était donnée. Je reprenais un flambeau, comme porté par une histoire commune qui me semblait-il ne nous appartenait pas.