24/03/2015

Que sont les amis devenus...

Arquebouté dans la tempête,

Comme un phare dans les vagues

Je m'accroche au rivage.

Où sont les mers étales

Qui faisaient le bonheur,

Les couchers de soleil apaisants ?

 

Vaincue par la souffrance

Qu'elle ne supportait plus

Elle nous a laissé, là

Sur le bord de la rive.

 

Dans le désert des jours,

En vain mes larmes coulent.

Les amis se font rares,

Leurs peurs nous épuisent.

 

Peu de mots, peu de voix

Pour soutenir nos pas.

Un mot un jour ne suffit pas.

02/04/2013

L'art de prendre un verre.

prendre un verre,névrose de classe,amitiéNos femmes avaient organisés une soirée au cinéma. Le film ayant reçu une note valable de la part de la critique, j'avais accepté de sortir, entre amis. Nous nous étions retrouvés sur place à l'heure dite pour un film agréable et intéressant par le thème qui y était développé. Le film visionné, nous avions pris un peu de temps pour aller boire un verre à quelques pas de la salle. Cette manière de faire, était neuve pour moi car la plupart du temps, sur mon insistance dès la séance terminée, nous rentions à la maison. Mon éducation, mon mode de vie limitaient souvent les activités à un seul événement. Le deuxième qui aurait pu suivre me semblait toujours superflu et était donc toujours rejeté. Entrer dans l'abondance, la multiplicité des plaisirs successifs ne m'était pas accessible. Une limite s'était toujours établie oui pour un, non pour deux.

L'échange agréable sympathique se termina et mon ami pris la note pour la régler à la caisse. Peu habitué  à cette manière d'agir, me faire offrir un verre, j'étais immédiatement entré dans la notion de partage, disqualifiant ainsi cette offre.

Mon malaise d'antan revenait au galop, ma difficulté d'accepter un verre sans la possibilité de le rendre immédiatement était le moteur de mes actions. J'allais recevoir sans échanger en retour. Pour sortir de l'impasse, j'avais négocié, avec sa femme, le paiement de notre écot. Tant de cinéma, pour un simple verre!

Au lieu d'accepter ce geste d'amitié, je m'en étais dédouané par un payement. L'apprenant quelques secondes plus tard, dans un ton cassant, mon ami s'étonna.

"Qu'est-ce que c'est que cette histoire?"

J'avais gaffé, c'était sûr. Son offre avait été refusée  dans un scénario qui n'avait rien d'adulte.

Pendant le voyage retour, mon comportement bizarre repassa dans ma tête à plusieurs reprises. Quel était le sens de ce scénario? Qu'est ce qui m' avait traversé l'esprit?

L'enjeu n'était pas le coût de la tournée d'hier mais autre chose du passé qui venait de resurgir, sans crier gare. Au déjeuner, le lendemain matin alors que j'étais occupé au rituel matinal habituel, un flash me traversa l'esprit discrètement, profitant sans doute de mon attention plus orientée vers la table du déjeuner plutôt qu'à la surveillance des événements enfouis.

Chaque dimanche en fin de matinée, mon seul ami au village m’embarquait dans la Bentley de son père prendre l'apéritif dans un bar "Chez Raoul " situé au bord de la grand-route. Je m'y laissais conduire pour partager un temps de détente. Son argent de poche lui permettait de m'offrir un whisky. Comme un seigneur, il distribuait ses largesses et moi sans ressources, je ne pouvais qu'accepter du bout des lèvres.

Extraverti, disposant de moyens confortables que lui donnait son père pharmacien, il jouait au seigneur et je lui servais de cour. Jusqu'au moment où à l'université, il s'éloigna rencontrant d'autres étudiants. Introverti, j'étais celui qui prenait la relève quand les autres n'étaient pas là.Par le simple fait d'aller prendre un verre de manière impromptue, mon passé avait resurgi. Situation que pendant des années, j'avais évitée sous différents prétextes, ne pouvant affronter les sentiments anciens qui avaient été mis sous le boisseau.

Ce fait me renvoya aussi au souvenir de ce que mon père nous racontait: lors d'une fête, dans la famille proche, il avait été ignoré car comme soutien de veuve, il ne représentait pas le profil idéal ouvert à tous les possibles pour entrer dans le monde bien-pensant de l'élite environnante.

D'une certaine de manière, il m'avait transmis une névrose de classe fondée plus sur les apparences que sur la qualité des personnes.

Malgré tout ce temps passé, où elle était restée en latence et elle avait resurgit, visible cette fois.