13/03/2013

Un philosophe à la maison.

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Lors d'une soirée publique qui n'avait rencontré aucun intérêt local, nous avions entendu un philosophe disserter sur le thème des médias, de la nécessité de savoir prendre de la distance par rapport à leur invasion dans nos vies et à leur position éthique souvent à l'opposé de nos valeurs les plus fondamentales.

Ce regard différent, pertinent, sur la radio et la TV m'avait surpris. Dans le fond, il avait raison, petit à petit, nous quittions la sphère sociale, relationnelle de la rencontre, pour entrer quotidiennement dans le gavage médiatique et visuel. Scotchés derrière notre écran, nous ingurgitions des programmes de plus en plus stéréotypés, ordinaires et l'on visualisait malgré une pléthore de chaînes, les mêmes séries insipides, neuves ou rediffusées pour la xème fois.

Spontanément mon épouse avait abordé l'orateur, rencontré quelques jours plus tard et lui avait demandé de reprendre ce thème devant un cercle d'amis. Sans hésitation, il avait courtoisement accepté et fixé une date pour une soirée d'information sur le même thème quelques semaines plus tard.

Les amis, des connaissances avaient été invités à venir l'entendre chez nous. L'éventail des réponses était surprenant, la plupart des personnes attendues s'étaient désistées. Les agendas bien remplis semblaient plus nombreux qu'imaginé par elle. Elle n'avait compté dans la liste des oui que quelques relations proches.

Était ce un sondage personnel ? « Qui m'aime, me suive ! ». Le résultat était décevant ou était-ce simplement son envie d'avoir un projet à réaliser sous la main ?

Mystère?

A l'approche du jour J, les inscriptions avaient finalement atteint la petite vingtaine et nous avions entrepris un déménagement interne dans le salon-salle-à-manger pour installer les personnes inscrites. Pour elle-même, pour moi, elle n'aurait jamais voulu évacuer la table basse située le long du mur extérieur couverte de plusieurs couches de papier à ranger, de matériel d'écriture, de boites de classement. Pour eux, tout avait été réglé en une heure. La table était passé à l'étage où j'espérais qu'elle reste définitivement. La petite bibliothèque appuyée contre la colonne supportant la poutre de la baie avait été placé contre un mur.

Ces deux déplacements ouvraient le salon, l'allégeaient, le rendait plus vaste, Une habitude de rangement décennal venait de tomber me procurant un ouf de soulagement.

Etait-ce le début d'un élagage de toutes ses branches souvenirs auxquelles elle s'accroche parce que; "C'est à ma mère, je le garde!" "C'est plein de souvenirs, cet objet, ce livre lui appartenait. Livre qu'elle n'ouvrirait, ni ne lirait jamais tant le propos était loin de son quotidien. Bref, cette ouverture, cette l'attitude à prendre vis-à-vis des médias s'était concrétisée par un allégement interne de l'atmosphère de nos lieux de vie. Une respiration plus grande était possible. Mais durerait-elle?

Cette initiative avait ouvert de nouveaux horizons dans notre intérieur. J'en avais profité aussi pour inverser l'axe de la table placée depuis trente ans en Est-Ouest pour la mettre dans l'axe Nord-Sud.

Le jour dit, l'orateur s'était montré enthousiaste emportant l'adhésion de tous. La petite collation, avait ensuite réuni tout le monde pour un échange rempli de convivialité et d'amitiés avec ceux qui avaient eu le courage de se décoller surtout de leur programme TV et de leurs activités.

Et last but not least, nous avions décalé une situation figée dans notre quotidien. Cette initiative avait fait bouger les choses concrètement et symboliquement .