01/07/2007

L'enlisement

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Il n’était pas rentré de la nuit, pas plus que la voiture d’ailleurs. Une fugue avec la voiture.
A cette heure matinale, je craignais la catastrophe.
C’était mal parti. Fallait-il broyer du noir, simplement penser à la panne imprévisible ? Avec une voiture récente, ce n’était pas évident à imaginer. Petit contre temps ou calme avant l’effondrement !
Le mot trouvé sur son bureau m’avait coupé le souffle. Théâtre ou réalité ? Le plus facile était de mettre cela sur le compte de l’adolescence. Qu’est-ce qui se vivait dans sa tête ?


Le mot sur le bureau.

A vue sur une carte blanche les mots suivants.

Maintenant, tu n'as plus de fils!!! AH!, AH!, AH!.

Plus de descendance  « Nom » . Et tu devras acheter une voiture plus puissante car celle-ci n'avançait pas (195 Km/h quand même en descente).

Je vais faire des ETUDES pour devenir CROC-MORT et au dos:

Salut trous du cul.

Phantasme crayonné dans son mal être et que je n’aurais pas du lire. Circonstances flagrantes pour me pousser à voir et vite, à réagir et faire ce qu’il convenait de faire. Deux heures plus tard, il était apparu à pied en bas de la rue, comme un revenant, couvert de boues. Il était entier. C’était un soulagement mais mon esprit tournait à vitesse folle. Pourquoi ?
Il fallait à présent récupérer la voiture, enlisée dans la boue au bout de l’autoroute en construction.

Qu’il résolve, le problème qu’il avait crée.
 Je restais figé, dans l’impossibilité de prendre les choses en main.

Il fit le nécessaire et l’on récupéra la voiture sans trop de dégâts sinon de la boue et sans doute une épée de Damoclès au-dessus de la mécanique qui avait été malmenée.



Les jours suivants.

Ce n'était pas l'armistice, c'était plutôt la guerre. Entre lui et moi, c'était un conflit majeur. Son mot terrible placé sur son bureau et découvert à cause de son absence, avait bouleversé notre relation. Que se passait-il ? Y avait-t-il quelque chose de fondamental à faire ? L'attente, l'angoisse, l'hypothèque sur le futur, la charge du passé. Tout se mélangeait dans un grand chambardement. Faire une trêve. Voir venir était la seule chose possible. Attendre que le brouillard se dissipe en espérant que d'ici là les événements ne prendraient pas une tournure plus grave et même pourquoi pas une tournure mortelle. La mort rodait, entre lui et moi. Non pas la mort par résignation mais la mort par les armes. La voiture était me semblait-il un vecteur de ce message, un de mes endroits sensibles en plus des études. Au fil des heures, nos échanges prudents ne concernaient que les choses concrètes. Il fallait que la voiture roule. Nous avions besoin de cet outil. 


La rupture scolaire.

Il fallait régler ce problème immédiat, puis essayer d'aborder et de régler sa rupture scolaire, prendre les dispositions pour sauvegarder ses droits sociaux et lui trouver une occupation si possible intellectuelle d'étudiant et surtout ne pas le lancer dans le monde du travail en cette période de crise et de chômage, dans un monde ou sans bagage intellectuel rien n'est acquis. Tout espoir de poursuivre ses études cette année encore était perdu. Le temps ne devait pas être à l'étude mais à la résolution d'une crise. L'important était de le garder en vie.


N'était-ce pas un appel au secours et ou les prémices irrémédiables d'un suicide. Quel était le sens de cet affrontement ? N'était-ce pas à nouveau la réplique de ce qui s'était passé et vécu quelques années plus tôt à l’oedipe quand il voulait prendre ma place ? Ne m’avait-il pas demandé à ce moment au déjeuner.

« Papa, y a-t-il encore de la place pour toi au cimetière !!!. »
Il y avait si l'on comparait avec cet ancien événement, un changement de niveau. Ce n'était plus le combat inégal de l'enfant et de l'adulte mais bien maintenant un ring de boxe où le combat se jouait entre adversaire sinon d'égale force, du moins de force adulte et dans ce cas mon avantage devenait probablement nul. Tout notre univers était bouleversé. lLs idées se poussaient les unes derrière les autres, tournaient dans une sarabande que je ressentais comme violente et profondément personnelle.
Une digue d'inconnaissance venait de se rompre et l'inconnu m'entraînait dans un nouveau milieu où tout prenait un éclairage mystérieux. J'étais perdu, affolé, angoissé. Toutes mes lectures ne m'apportaient aucun point de repère, aucune information suffisante que pour y voir clair. Tous les exemples, les paroles de sages, les exposés théoriques ne m'apportaient rien. C’était le brouillard.