18/06/2011

Obsédée de la perfection.

féminité,transmission,anorexie,boulimie,rôle du père,esprit de familleLe titre du livre de Marion Woodman, "Obsédée de la perfection"(* )que je découvrais ce jour sur l'internet, venait de résonner avec la phrase clé exprimée par ma fille après sa dépression. 
" Je ne suis plus dans l'esprit de la perfection mais dans l'excellence. Ce n'est pas une question de vocabulaire. C'est une réalité pour moi. J'ai quitté cette exigence vis à vis de moi." Cette phrase était me semblait-il, une des clés de l'expérience récente de ma fille et elle avait été suivie quelques semaines plus tard par la phrase clé du post précédent. "Papa , je me sens femme." Mon ainée avait mis son manque dans son comportement mental et je n'y avais rien vu, cela me dépassait.
L'inespéré était accompli pour elle alors que selon ma perception, c'était la plus jeune qui devait faire le pas de la féminité. Comme garçon manqué, c'était visible, simple à déduire, plus facile à suivre. Ses progrès se marquaient, par petites touches. Son parcours semblait simple à suivre et je n'avais pas manqué d'en exprimer dans quelques textes, les enjeux que j'étais à ce moment à même de percevoir.Et c'est d'un autre coté qu'apparaissait l'émergence de la féminité profonde et non celle de l'apparence.
Pour les filles de mes deux soeurs, la transmission de la féminité, que j'avais observée chez elles, s'était marquée d'une part dans l'anorexie de l'une chez l'aînée et de l'obésité d'une autre chez la plus jeune. Intellectuellement s'éclatait la réussite de celles qui n'étaient pas marquées dans le corps. 
Il en était de même chez mes deux filles, la plus jeune avait pris le choix du comportement et cela avait fait l'objet de mon observation, et pour l'autre que je croyais tirée d'affaire, il avait fallu sa dépression pour m'ouvrir les yeux sur son attitude car je n'y avait vu que du feu.
Chacune avait vécu cette entrée dans la féminité apparente à un niveau moindre de pathologie que les cousines mais elles étaient touchées l'une comme l'autre.
A quinze années de distance, alors que la tempête s'apaise, l'information me passe sous le nez, comme conclusion de cette hérédité, qui marque ma famille. A la même période de l'année, je me remettais à l'ouvrage et commandais le livre cité ci-dessus de cette auteure canadienne, actuellement traduit en français. Cette fois non plus pour comprendre mes nièces et par réflexion changer l'attitude masculine de ma plus jeune mais pour conforter le pas fait par mon ainée, la sensation d'être femme. 
La transmission de nos forces, sans doute mais aussi de nos faiblesses, de nos blessures mérite l'analyse pour conduire à une vie plus épanouie, plus heureuse mais le chemin est long et rude.
(*) Obsédée de la perfection.
Marion Woodman
978-2-89024-105-3
Les éditions de la Pleine Lune
www.pleinelune.qc.ca

29/09/2010

Le retour de bâton.

 

système familial,boulimie,récit de vie,adolescencePour attirer l’attention de mes petits-enfants, en terminant ma randonnée à pied, j’étais arrivé par l’arrière de leur maison. Après avoir traversé les chaumes du champ de blé, puis emprunté le chemin de terre qui longe leur terrain, je m’attendais à les voir dans le jardin. Ma fille et son plus jeune revenaient d’une ballade à vélo. Nous arrivâmes en même temps à la porte d’entrée. L’aîné était parti jouer au football. L’effet était mitigé.

A peine entré, ma fille m’offrit le grand verre d’eau auquel j’aspirais puis m’ installa dans la cuisine dont elle ferma la soigneusement la porte donnant sur le living. En quelques pas, j’étais entré dans le mystère, par cet isolement dans la cuisine. Que complotait-elle !

L’instant semblait important « Sais-tu ce que signifie ton prénom ? » me demanda-t-elle. « Bien sûr, en grec, cela veut dire ; homme ! » On me l’avait rappelé quelques années plus tôt. Elle venait de le découvrir au cours d’une exploration dont j’ignorais les détours mais non l’importance à ses yeux. Remontant dans le passé, dans son enfance, elle ajouta : « Il t’a fallu du temps en intégrer le sens ! » En effet, ce n’est pas du jour au lendemain que j’ai pris cette place, porté son sens, face à la famille, en prenant de l’autonomie et de l’affirmation.

Alors que je venais passer un moment de détente, après quatre heures de marche, partager mon expérience, pour motiver ses enfants à la pratique de la marche, j’étais embarqué dans une analyse psychologique qui avait remué son passé récent.

« Je suis en colère contre toi. Tu ne me regardais pas !  » ajouta-t-elle. « Comment n’as-tu pas vu qu’à mes 12 ans, je mangeais mal, n’importe quoi et qu’en cachette, je me remplissais de bonbons et de friandises. »

J’étais placé sur la sellette, soumis à la question. Quel était selon elle mon tort, ma faute ? Remonter brusquement dans le passé, me souvenir de ce qui se passait à ce moment, était bien périlleux et difficile. Que de choses ne fait-on pas dans la routine ! Assumer la gestion du quotidien d’une famille, d’un travail, demandait beaucoup d’investissements et en plus, il m’aurait fallu répondre à ses désirs secrets, à ses attentes. Qu’avait-elle voulu exprimer ? Que s’était-il passé à ce moment ? Elle n’avait pas eu de réponses, à ses attentes, c’était certain. Comment voir les points difficiles.

« Papa » ajouta-t-elle, « J’ai pris15 kilos et tu n’a rien vu ! J’ai grossi à vue d’œil et tu n’as rien vu ! Je n’étais plus mince ! »

Catastrophe. Aurais-je du voir, son évolution lente, gramme après gramme ? Elle n’était pas mince, c’était vrai mais à l’adolescence le corps évolue, s’affine. Les gènes jouent. On ressemble à la lignée des minces, côté mère, où à la lignée des biens en  chair, coté père. Rien n’est acquis, tout est donné. Beaucoup de caractéristiques dépendent de la génétique ! Elle ressemblait à sa mère par sa corpulence, son squelette. Elle avait hérité d’une ossature ferme et large. Qu’y faire. C’est plus tard quand le désir d’être élégante s’installe, quand le désir de plaire aux garçons les motivent qu’elles s’affinent. N’ était-elle pas aussi, à cette époque, dans l’opposition, dans le côté masculin qui voulait s’affirmer par d’autres voies que celles qui jouent sur le caractère féminin, la séduction, la fragilité.

« Tu n’as rien vu ! Me regardais-tu ? » 

« Oui, ta mère et moi étions plus inquiets pour ton élocution que pour ton allure.»

J’avais aussi le souvenir de lutter contre sa fâcheuse tendance à jouer au foot comme les gamins, à tirer systématiquement les « Penalty », à la rendre plus douce, plus fille. « N’avons-nous pas été une fois, au magasin pour t’acheter un collier. »  Il y avait eu aussi d’autres tentatives, d’autres démarches sans doute. Il me faudrait consulter le journal familial, reprendre les éléments qui étaient apparus et nos réactions.  Etaient-elles nombreuses ! Fatigué par la marche de l’après-midi, rebuté par son assertivité déplacée et agressive, j’en avais conclu qu’il valait mieux m’éloigner de ce tir au but, à bout portant, qui me dérangeait, sauf par sa lucidité. Elle avait sans doute raison à plus d’un titre mais cette agressivité qui me tombait dessus maintenant.

Sans doute aurait-il été nécessaire de gérer ce problème mais à cette époque là, où en était ma conscience, ma perception, mon regard sur le système familial. Il me fallait d’abord évoluer, poser mes jalons, faire des prises de conscience, étape par étape.

Puis elle quitta la pièce pour revenir avec un livre et me fit lecture d’un paragraphe sur le rôle du père, sur le rôle de séparateur face à la mère plus dans la fusion. Sans doute était-ce important d’en prendre conscience.

« Oui,  dit elle,  il t’a fallu longtemps pour prendre ta place de père, normatif, poseur de limites. »

Peut-être. Ce n’était pas faux. Ce n’était pas vrai. Tout était dans la nuance. Il me fallait d’abord, à cette époque, sortir de la situation qui me pesait sur les épaules, clarifier ma place, ma place de père, évoluer. Mais peut-on être à la fois au four et au moulin. Il m’aurait fallu commencer cette évolution plus tôt, me rendre compte d’éléments essentiels, fondateurs. Comprendre d’abord, et changer ensuite. Ce n’était pas possible. Et si tu évolues maintenant, n’est-ce pas dû au travail que j’ai fait, à ce moment là, à mes remises en question. Maintenant n’as-tu pas 10 ans d’avance sur moi à ton d’âge, sur mes prises de conscience. N’est-ce pas un progrès.

La parenthèse se fermait, le temps de reprendre le train du retour venait de s’afficher sur l’horloge de la cuisine. Dix minutes plus tard, je me retrouvais sur la quai de la gare, étonné, juste à l’heure du train. Une heure d’isolement s’offrait à moi pour ruminer mon trajet pédestre et cet échange ferme et vif.

Rien n’est simple. Essentiellement on a la tête pleine de savoir, mais qu’a-t-on appris pour résoudre le quotidien, l’éducation, pour évoluer, pour grandir humainement. Tout est à apprendre et quand on sait, la connaissance parait inutile dans l’immédiat, c’était avant qu’il aurait fallu savoir.