20/07/2012

Dialogue de sourds.

tête de mule,butée,blocage du dialogue,peur,angoisse,changer de point de vue,souplesseDe la rencontre avec un connaissance, le jour précédent au centre commercial, elle avait ramené un argument administratif technique à propos de notre habitation. Celui-ci n'était pas neuf, elle l’avait déjà présenté brièvement quelques mois plus tôt sans que ça ne fasse problème.

Mais cette fois-ci, le contexte était apparemment différent, je tombai dans le piège tendu sans pouvoir l'éviter. Sur le moment, je n'avais rien vu venir, ni pris la distance que je conseille aux autres. J'étais vulgairement tombé dans le panneau. Cette chute avait augmenté mon taux d'agressivité, ma voix s'était haussée, était devenue presque un cri pour essayer de lui faire abandonner son argumentation, son avis, ses conseils dans un domaine où j'avais les compétences nécessaires.

Elle ne voulait rien savoir, me présentait le choix de son amie comme la seule issue nécessaire et fondamentale. Il fallait faire le même audit que cette dernière avait fait faire pour son habitation. C'était vital et incontournable. Mes arguments de spécialiste étaient niés. Elle avait la bonne et unique solution. Avec constance sans tenir compte de mes connaissances techniques, elle soutenait celles d'un autre et me disqualifiait. Impossible pour moi de prendre distance de la laisser causer en roue libre, d'afficher une carapace d'indifférence. Elle était dans ma blessure et retournait avec application le fer dans la plaie. En colère, je quittais la pièce pour prendre la route et arriver à l'heure du rendez-vous convenu.

Sur l'autoroute dans la monotonie de la conduite, l'attention à la route, l’état tumultueux de mon esprit s'apaisa.

Quand un souvenir me traversa l'esprit. C'était il y a 30 ans, mon frère croisait le fer avec ma belle-mère à propos d'un point technique. Il n'était plus dans l'atmosphère du déménagement qui nous rassemblait mais dans un échange vif avec elle, à propos d'un d'un détail. Elle refusait de céder du terrain, d'admettre son erreur flagrante, de lâcher prise. Elle ne pouvait dire « J'ai tort, je m'incline ». Elle s'accrochait de manière rigide à son point de vue et il voulait lui faire mettre le genou à terre en signe de défaite. Sous mon intervention pressante, mon frère lâcha le nom de bras de fer engagé et changea de sujet.

C'était le même scénario qui s'était joué le matin à la table du déjeuner. Elle résistait à mes arguments, en maintenant envers et contre tout sa position. Il n'était pas question de céder, de changer de point de vue. Sa vie semblait dépendre de sa rigidité. Associer la dispute du matin, à cette dimension passée m’apaisait, me donnait un nouveau sens d’approche du problème me montrait la porte d'une solution. Ce n’était pas moi qu'elle voulait dénigrer, rendre incompétent. C'était elle qui était piégée dans, par la rigidité comportementale transmise par sa mère. Comme celle-ci, elle ne pouvait reculer d'un pas car c'était comme ouvrir la boîte à Pandore.

C'était ouvrir une brèche dans son système de défense, faire une ouverture définitive au chaos. C'était le risque d’être emportée comme un fétu de paille dans un univers dévalorisant, dans un trou noir. L’image du contenu et du contenant était de retour. Elle n'avait pas l'assurance forte et tranquille du contenant qui reçoit toutes sortes de contenus et qui les garde ou les rend sans état d'âme. Elle s’imaginait contenu et contenant. Elle ne pouvait s'ouvrir à la moindre modification car elle perdait à la fois l'un et l'autre.

Dans la dispute du matin, j'avais manqué de percevoir que le problème n'était pas offensif mais défensif. Elle se protégeait d'un changement de point de vue. En cédant elle ne perdait pas un contenu mais se perdait aussi comme contenant car elle était les deux.