02/11/2013

Cadeau à mes deux filles.

anniversaire,folisabelle,cadeau,symbole,lien père fillesComme proposé suite à l'anniversaire de l'aînée, mes filles avaient accepté l'offre que je leur avais faite, de choisir un cadeau de décoration. Successivement, j'avais rencontré avec chacune d'elles l'artiste et elles avaient fait leur choix, en toute indépendance avec de mon côté : une seule précision, un budget et une totale liberté dans les choix et de la personne et du sujet. Finalement l'artiste avait vendu deux de ses oeuvres.

Celle-ci avait son style, bien particulier, un choix d'univers, des matières et des sujets qui me semblaient, acceptables et agréables à l'oeil. Indépendamment, mes enfants avaient fait le choix qui leur semblait le plus adéquat. A mon grand étonnement, le thème mis en oeuvre est le même.

Ce fait m'avait frappé comme un éclair dans une après-midi orageuse. Dans un élan, le personnage peint, tendait la main vers un point placé plus haut dans le tableau. Par sa nature, le point émettait de la lumière, chez l'une, la source en était une bougie logée dans un petit photophore(1), chez l'autre, un brillant taillé fixé à la toile (2). L'élan du personnage chez la plus âgée allait vers la droite, celui chez la plus jeune vers la gauche. Mouvement opposé vers un espace représentant pour moi ; côté droit, le symbole du rationnel, côté gauche, le symbole de l'irrationnel.

Symboliquement chaque tableau reflétait la quête de l'une, de l'autre,  tout en présentant des différences marquées d'interprétation.

Issues du même moule, d'une éducation commune, chacune reflétait sa manière d'être, via le tableau. Les deux personnages n'avaient pas les pieds sur terre, n'étaient pas enracinés.

J'avais retrouvé l'absence, de sécurité fondamentale, de croire en leurs possibilités, en leur nature profonde, caractéristique que je connaissais à présent trop bien chez leur mère.

N'ayant pas, en tant que jeune père encore découvert cette assurance intime qui m'avait été donnée bien plus tard, j'avais aussi contribué au soutien de ce vol vers l'extérieur et à l'inaccessible que je retrouvais sur le tableau.

Fondamentalement c'est à l'intérieur que l'on trouve l'essentiel, la fondation donnée par le rocher, la source pulsante de vie. Il m'avait fallu bien des circonstances d'arrachement pour en prendre conscience et c'est seulement quand elles avaient quittés la maison que j'avais trouvé cet appui intérieur. Je ne devais donc pas m'étonner alors de leur quête pour trouver cette étoile. Je me devais de les accompagner pour qu'à leur tour, elles puissent s'appuyer sur cette assurance qui est en nous, par delà les traumatismes traversés.

Par la lecture, j'en avais découvert la valeur longtemps avant mais c'est seulement plus tard que j'en avais fait l'expérience.

- Avec l'aînée, lors de sa dépression, j'avais essayé de lui faire sentir cette source de vie, de la conduire sur ce chemin mais c'est elle seule qui pouvait en trouver la clé. Je ne pouvais qu'être présent dans ce qu'elle ferait ou pas, dans les démarches nécessaires pour percevoir cette richesse en elle.

Ses valises générationnelles étaient lourdes.

Tant qu'elle ne s'en serait pas débarrassée, elle ne pourrait faire ce retournement intérieur.

-Avec la plus jeune, témoin de mon basculement ou plus exactement informée de mon basculement, la quête semblait plus intérieure. Elle s'était lancée dans des activités de développement personnel, plus nombreuses que l'aînée mais cela ne suffisait pas. Elle continuait sa quête, en changeant de travail plus souvent que je ne l'aurais souhaité, voulant quitter son profil professionnel insatisfaisant mais n'y arrivant pas.

Une fois encore après quelques mois d'un nouvel emploi, elle venait de constater que ce qu'elle cherchait n'y était pas. Ah ! Si elle pouvait voir que c'est en elle surtout que le chemin est à faire.

Pour elles, je ne  pouvais être qu'un témoin, un indicateur. Je ne pouvais faire l'expérience à leur place. Le pas, ce sont elles qui devaient le faire. Par ce cadeau, j'espérais avoir contribué à leur évolution, à leurs futures découvertes.

Du côté du fils c'était bien différent. Il n'avait pas répondu à mon offre identique celle des filles de se choisir un cadeau. Il s'activait au loin comme si la présence du père n'était pas une évidence pour lui, comme si j'étais encore un père absent.

La relation père-fils semblait faire miroir au départ trop hâtif de mon père.

 

(1) (Autour d'un cadeau.

(2) (Le cadeau anticipé. )

09/06/2013

Autour d'un cadeau.


anniversaire,folisabelle,cadeau,dépression,guérison,mémoire d'un père."As-tu vu où j'avais placé le tableau que tu m'as offert ?" Occupé par les choses matérielles en entrant dans le hall, j'étais passé devant sans voir vraiment, sans marquer la phase finale de l'achat que j'avais fait avec elle pour son entrée dans le tram 40. Nous avions pourtant à deux reprises visité l'atelier de l'artiste qu'elle avait découvert et passé des moments agréables suivis par un lunch entre nous pour marquer ce passage dans une nouvelle décennie.

A sa demande, j'avais accepté de lui offrir un tableau qui faisait sens pour elle pour que sa mémoire se souvienne des bons moments passés ensemble. C'était une sorte de testament de notre relation, de nos liens mais écrits par elle à sa demande selon son choix. Dans les trois oeuvres qu'elle avait sélectionnées, j'avais espéré qu'elle choisisse la première appelée « Debout » dont le sens me touchait par sa fraîcheur et son symbole. C'était pour moi, l'évocation d'une quête intérieure, d'une ouverture vers les richesses cachées en soi et qu'il était important de découvrir pour bien vivre, pour vivre mieux. À l'aube de cet autre temps de vie, c'était un objectif fondamental une balise pour un cheminement intérieur. La couleur me plaisait aussi.

La deuxième qu'elle avait en vue était exposée à l'extérieur et elle avait demandé à l'artiste de le ramener à l'atelier pour la voir dans sa dimension réelle.

L'allure générale apparaissait dans un album photo. Un personnage féminin, sorte de fée, tendait la main vers un lumignon non pas dessiné mais réel posé sur un petit piédestal dans le coin supérieur droit du tableau, ouvrant une troisième dimension à la toile. Ma fille semblait plus attirée par cet œuvre-ci qui, pour moi, signifiait l'inaccessible étoile, le rêve, le manque, l'utopie.

Par la photo reprenant le thème peint, je percevais une force centrifuge émanant du sujet. Celle-ci me semblait trop forte me donnait l'impression d'une fuite en avant, d'un état manquant de réalisme, d'une quête éperdue vers un univers imaginaire plus propre à l'adolescence. L'herbe est plus verte en face.

La troisième œuvre était évoquée plus pour le principe et parce qu'elle m'attirait un peu et qu'elle plaçait d      ans la palette des choix pour me faire plaisir.

Son choix serait le mien, j'avais décidé d'être le sponsor simplement sans émettre d'avis sinon de l'encourager à faire en conscience le choix qui serait le meilleur pour elle. Elle avait finalement choisi « Là-haut », la deuxième. Nous avions été l'acheter ensemble pour symboliser et ancrer le lien père-fille.

Dans un commentaire ultérieur, l'artiste avait plus vu le lien papa-fille, que le lien père-fille, à mon étonnement. Sans doute y avait-il plus de chaleur que dans le lien père-fille. Ce choix de mots chez l'artiste m'ouvrait à des perspectives différentes

Est-ce que je n'étais pas trop dans le normatif en utilisant la version père en lieu et place de la version papa laissant encore entrevoir ma prise de distance par les mots et ma peur ancienne d'une relation chaleureuse, les dernières années de sa présence à la maison. un contentieux existait dans notre relation.

Les autres moments de ma présence chez elle laissèrent d'ailleurs sourdre une animosité latente du à peine prégnance d'un rôle normatif que je ne pouvais m'empêcher de prendre face à ses excès d'activité et à sa manière inconsidérée de dépenser l'argent. Un peu plus tard sur le seuil de sa maison, elle avait d'ailleurs conclu à propos d'une remarque "Tu me fais de la morale" conclut-elle. Mais mettre en garde, insister sur l'aspect dangereux d'une gestion légère n'est-ce pas le rôle d'un père. "Mais j'ai 40 ans me dit-elle, je ne suis plus une gamine". Elle touchait à une de mes valeurs fondamentales, celle du respect de ce que l'on a, de la mesure de ses moyens. Et cela était-ce de la morale ou de la gestion nécessaire et suffisante pour aller sur un chemin serein et certain. Difficulté de choisir entre papa et père, entre le coeur et la raison.

Pourtant tout n'est pas possible, il y a une limite qui correspond à l'état de chacun.

Seul l' amour est sans limites!