20/05/2010

La clé de Fa

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A ma grande surprise, je n’arrivais pas à distinguer avec l’oreille, l’évolution des notes que mon professeur de chants jouait sur le piano. C’était comme une roulette russe, je pensais entendre le dos d’âne et en réalité c’était l’échelle ou vice versa. Un blocage auditif m’empêchait de progresser et de reconnaître directement si la suite des notes était Do, Ré, Mi , Ré, Do ; le dos d’âne ou Do, Ré, Mi, Fa, Sol ; l’échelle. 


Le blocage.

On ne pouvait faire plus simple et malgré cela, je trébuchais. Le diagnostic porté l’année dernière par une musicienne restait d’actualité, alors que je croyais prendre les notes en escalier, arrivé au Mi, ma voix redescendait alors que pour ma tête, je poursuivais la gamme en montant, Fa, Sol, La. Une dissociation existait. Elle  me faisant trébucher à chaque cours presque mais rien n’y faisait. C’était mon pont des ânes, comme en mathématiques.
A la séance dernière pourtant, un point neuf avait été acquis, j’avais posé le Do, physiquement au niveau du cœur et découvert ensuite que le Ré était situé au plexus et le Mi à la gorge. Cela m’avait permis de progresser un peu et de passer au Fa à hauteur de la bouche, au Sol dans le palais et la séance s’était terminée sur cet acquis apparemment définitif. mais à la séance du jour, bien détendu, l’exercice repris à zéro m’avait quand même envoyé dans le décors, dans le filet m’empêchant de progresser. J’avais toujours la difficulté d’expression et confondait le dos d’âne et l’échelle. L’erreur était encore plus manifeste surtout qu’aujourd’hui, l’exercice se poursuivait par le reste de la série, La, Si, Do.
Mon incapacité à pousser la note vers le haut, était revenue et je tombais physiquement dans le dos d’âne au lieu de progresser comme demandé. Après quelques essais, pour reconstruire l’échelle, en partant de l’ancrage corporel, je découvrais avec étonnement que le Fa avait une autre intensité, qu’il n’était pas intérieur comme le Do, Ré, Mi. En effet, il passait un seuil d’intensité, d’expression, il passait à une qualité extérieure. Au fond, il était en façade, directement dans la bouche et plus dans le corps. Il demandait de l’expression, de l’extériorisation.
Ma timidité passée, mon expression verbale limitée et chaotique venait d’être mise à jour par cette simple note, que je cherchais vainement à exprimer. Il me fallait passer outre ma réserve, pour entrer dans l’expression claire et nette de mes désirs, de mes souhaits. Il me fallait avoir pignon sur rue, une façade, une expression du Fa.


La percée.

C’était un retournement. Appuyant sur mes racines, mes pieds, puisant l’énergie dans le sol, m’appuyant sur Do, Ré, Mi, j’exprimais enfin le Fa. C’était la clé, ma clé de Fa.Le quatrième note posée dans l’ouverture de la bouche permettait de passer au Sol qui résonnait dans le dessus des dents pour autant que ma mâchoire ne soit pas trop bâillante, pour garder de l’espace pour monter plus haut et placer le La.
Les notes les plus hautes se vivaient dans la tête, s’appuyant physiquement sur celle-ci. Bomber le torse pour exprimer le son, la note souhaitée. Cette idée de pénétrer l’espace avec la voix, je l’avais lue chez D.D., je crois. Elle m’était connue intellectuellement mais comme un concept, une idée et elle ne représentait rien si elle ne s’appuyait par sur les découvertes que je faisais maintenant, sur un contexte, un corps respirant librement. Il m’avais fallu la libération d’un muscle dans le thorax, obtenu par le massage des pieds, pour pouvoir entrer dans la perception d’aujourd’hui. Il m’avait fallu faire ce chemin qu’une étude purement intellectuelle n’aurait pas, n’aurait jamais permise car elle ne s’appuyait sur rien. Dans la chorale, dans mon petit groupe de chant, je chantais à l’aise mais ne pouvait faire mien l’acquis hebdomadaire car je n’avais pas l’ancrage voulu. Je chantais avec une voix de tête et ne pouvais monter car l’élan venait de l’appui au sol comme pour un sprinter qui démarre. Avec beaucoup de fierté intérieure, de joie, de découverte, je parcourrais la gamme des 7 notes en les appuyant sur mon corps et pourquoi pas sur les centres de vibration dont l’on parle si souvent : les chakras. De l’expérience donnée par cette session de vocalisé, j’ancrai ma connaissance ésotérique, non dans une idée ou un tableau d’énumération mais dans ma colonne vertébrale, dans ma réalité. L’impression globale d’être coupé en deux, comme je l’avais exprimée plus d’une fois dans d’autres textes, venait de vivre ses derniers jours où du moins de perdre de sa netteté, car cette percée du bas vers le haut, était comme une amarre lancée entre les deux parties de corps, comme le début d’un retricotage, d’un raccommodage d’une situation vécue dans le passé, dans la petite enfance ou même pourquoi pas in utero.

12/11/2009

Détente

BW93-Détente..jpgElle m’avait demandé pour détendre mes pieds et la structure musculaire qui sous-tend mon corps, de masser, comme le recommandait Feldenkreis, la plante des pieds en piétinant un bâton de manche de brosse. L’exercice avait plusieurs directions, par petits mouvements de déplacements sur les cotés, en portant une partie du poids sur la plante des pieds pour un massage profond, puis en avançant lentement avec précaution puis en faisant rouler le bâton sous les pieds dans un va et vient doux et léger, pour en masser avec précaution les surfaces.
Situation insolite, exercice curieux sensé contribuer à la détente du dos et des muscles du thorax par ricochet, par entraînement comme un jeu de domino qui se couchent les uns après les autres.
Imaginaire.
L’exercice proposé m’ouvrait de nouvelles perspectives symboliques. Je m’imaginais comme un oiseau sur la branche par ce mouvement de gauche vers la droite, en train de se tâter pour la procédure d’envol, installé entre le pas d’audace droit devant et le retrait prudent dans la sécurité des habitudes, hésitant entre deux états.Mes doigts de pied étaient comme des pinces qui s’accrochaient à la branche, qui s’ouvraient rapidement le temps de prendre à nouveau le contact sécurisant, quelques millimètres plus loin à droite, dans une marche d’hésitation, avec le corps en balancier lent et prudent.
Jeu d’équilibre du corps, jeu d’accrochage puissant. J’étais plongé dans un mouvement archaïque, sortant en ligne droite du cerveau limbique. J’étais l’oiseau qui s’accroche à la branche, qui se prépare à des vocalises pour occuper l’espace qui s’ouvre devant lui, par son chant, sa tirade musicale avant de basculer droit devant, dans le vide, dans un envol rapide et puissant.
Mes omoplates étaient mes ailes, que j’essayais de dérouiller, de rendre mobiles. Elles s’associaient aux cotes qui dans le même élan allaient s’ouvrir, libérées pour rendre ou prendre tout l’air nécessaire,au soutien des notes de chants.J’étais non plus l’humain lourd et pataud fixé par la gravité sur le sol, mais à la branche l’être libre et souple qui s’ébroue pour échauffer tout son système musculaire et le rendre ouvert, souple, performant, ouvert à toutes les sensations, à toutes les opportunités de mouvement.
Symbole du passage, de l’engourdissement de la pesanteur, à l’envol et à la tirade musicale qui part comme une flèche dans l’espace ouvert et proche, cet exercice de gymnastique douce m’ouvrait et le corps et le chœur.Libre comme l’oiseau, libre comme le vent, libre comme le chant.
Chants sacrés.
La soirée de Lundi était de nouveau dans ma tête, en rond le groupe s’animait dans la danse amérindienne, poids sur le pied gauche, poids sur le pied droit, cri s‘élevant vers le ciel, cri s’adressant à la terre. 
Spontanément une intention se mis en place, s’exécutât , l’une après l’autre, elles venaient avec leur chant au centre du cercle dans un solo, comme un point d’exclamation, non dans un désir de mise en scène, mais dans le mouvement affirmatif d’être une personne dans le groupe indifférencié qui psalmodiait.
Une mise en train m’était nécessaire, un échauffement, un réveil d’audace et à mon tour, j’entrais dans le centre du cercle pour y prendre place, par une vocalise propre, sur le fond sonore du groupe. 
Comme avec le professeur de chant, quelques semaines avant j’étais par la symbolique du chant invité à poser ma voix, devant toutes, en exprimant haut et clair, la tirade qui m’animait. Je tentais de poser ma voix.