08/09/2011

Apprenti chanteur.

chants,histoire familiale,psychogénéalogieA ma sœur aînée, lors de la fête de famille, j’annonçais que je chantais à présent dans une chorale. Réponse immédiate de celle-ci, « Mais tu chantes faux ! » . Quinze jours plus tard, à la plus jeune, même déclaration de participation à la chorale et réponse spontanée   « Mais tu chantes faux ! » Manifestement, cela était inconcevable pour elles. Le système familial fonctionnait de cette manière claire et nette depuis des années. J’étais enfermé dans un préjugé, une sorte de chape avait été mise sur mon expression vocale et j’en avais été victime. J’avais intégré celui-ci et pendant des années, je m’ étais privé du plaisir de la musique. Je me voyais comme mauvais chanteur et ce leitmotiv flottait dans ma tête. Pourtant, depuis des années, j’accompagnais joyeusement les chœurs de l’église, j’avais eu beaucoup de plaisir à chanter dans l’association dont j’avais fait partie pendant 4 ans. Confronté à mon milieu familial, pourtant une projection, une ancienne programmation venait d’être mise à jour clairement. La tradition familiale n’était pas pour l’expression orale et surtout pas celle vocale et comme un reproche de transgression m’avait été confirmé du coté des filles. Un fait observé en psychogénéalogie venait d’apparaître nettement. L’importance de cette projection m’apparaissait encore plus par les remarques que  je découvrais dans un livre « Devenir humain » au sujet du chapitre 9 . Une parole de salut ou la question du sauveur et plus particulièrement le paragraphe  -La rencontre comme parole qui libère.- Page 192&193. Deux poètes aussi interpellés à titre de témoin disaient :

« Mets un mot sur un homme, et l'homme frissonnant sèche et meurt pénétré par la force profonde. » V.Hugo.

« Il n'aurait fallu qu'un moment de plus pour que la mort vienne mais une main nue alors est venue qui a pris la mienne »   Aragon. Le roman inachevé. 

Dans ma réalité et dans le texte étudié, un parallélisme. Ma famille m’avait enfermé dans “Tu chantes faux” et je n’en étais pas sorti. Une parole pouvait assassiner le « Mozart » en nous. Par contre, une parole pouvait sauver. Dans mon association, j’entends encore la voix de ma voisine coté droit qui me disait, il y a deux ans, « Mais tu chantes juste ! » Venait-elle de constater un fait ou un changement par rapport à une situation où elle m’avait perçu comme chantant faux,je n’en sais rien mais le fait est que cela m’avait sans doute ouvert la porte. Mon salut, ma sortie salutaire de cet enfermement était-il dans cette parole. Elle faisait partie de mon histoire,c’était certain. Un peu plus loin l’auteur apportait le commentaire suivant. “Là est, en définitive la question, peut-on comprendre que ce que l'on nomme le salut soit la transformation effective de ma vie par l'intervention de quelqu'un d'autre que moi sans que, pour autant, mon autonomie en soit le moins du monde entamée ; en affirmant même que ma liberté y gagne.

Depuis Septembre 2003, la nostalgie de la participation à un chœur vocal, m’avait poussé à rejoindre une groupe de prière qui se révélait décevant d’ailleurs à ce niveau. Puis avaient suivit, les déblocages physiques  au niveau du plexus solaire qui rendaient ma respiration différente et plus ample. Ensuite l’expérience de participation aux chants au mariage du fils de nos amis. Enfin les circonstances s’étaient mise en place et quand une voisine avait téléphoné pour inviter mon épouse à la chorale en formation, elle qui chantait à plus de 15 kms, j’avait décidé de rejoindre la chorale de l’église de la commune. Depuis avec application, je participais joyeusement à celle-ci et en était profondément satisfait.

12/11/2009

Détente

BW93-Détente..jpgElle m’avait demandé pour détendre mes pieds et la structure musculaire qui sous-tend mon corps, de masser, comme le recommandait Feldenkreis, la plante des pieds en piétinant un bâton de manche de brosse. L’exercice avait plusieurs directions, par petits mouvements de déplacements sur les cotés, en portant une partie du poids sur la plante des pieds pour un massage profond, puis en avançant lentement avec précaution puis en faisant rouler le bâton sous les pieds dans un va et vient doux et léger, pour en masser avec précaution les surfaces.
Situation insolite, exercice curieux sensé contribuer à la détente du dos et des muscles du thorax par ricochet, par entraînement comme un jeu de domino qui se couchent les uns après les autres.
Imaginaire.
L’exercice proposé m’ouvrait de nouvelles perspectives symboliques. Je m’imaginais comme un oiseau sur la branche par ce mouvement de gauche vers la droite, en train de se tâter pour la procédure d’envol, installé entre le pas d’audace droit devant et le retrait prudent dans la sécurité des habitudes, hésitant entre deux états.Mes doigts de pied étaient comme des pinces qui s’accrochaient à la branche, qui s’ouvraient rapidement le temps de prendre à nouveau le contact sécurisant, quelques millimètres plus loin à droite, dans une marche d’hésitation, avec le corps en balancier lent et prudent.
Jeu d’équilibre du corps, jeu d’accrochage puissant. J’étais plongé dans un mouvement archaïque, sortant en ligne droite du cerveau limbique. J’étais l’oiseau qui s’accroche à la branche, qui se prépare à des vocalises pour occuper l’espace qui s’ouvre devant lui, par son chant, sa tirade musicale avant de basculer droit devant, dans le vide, dans un envol rapide et puissant.
Mes omoplates étaient mes ailes, que j’essayais de dérouiller, de rendre mobiles. Elles s’associaient aux cotes qui dans le même élan allaient s’ouvrir, libérées pour rendre ou prendre tout l’air nécessaire,au soutien des notes de chants.J’étais non plus l’humain lourd et pataud fixé par la gravité sur le sol, mais à la branche l’être libre et souple qui s’ébroue pour échauffer tout son système musculaire et le rendre ouvert, souple, performant, ouvert à toutes les sensations, à toutes les opportunités de mouvement.
Symbole du passage, de l’engourdissement de la pesanteur, à l’envol et à la tirade musicale qui part comme une flèche dans l’espace ouvert et proche, cet exercice de gymnastique douce m’ouvrait et le corps et le chœur.Libre comme l’oiseau, libre comme le vent, libre comme le chant.
Chants sacrés.
La soirée de Lundi était de nouveau dans ma tête, en rond le groupe s’animait dans la danse amérindienne, poids sur le pied gauche, poids sur le pied droit, cri s‘élevant vers le ciel, cri s’adressant à la terre. 
Spontanément une intention se mis en place, s’exécutât , l’une après l’autre, elles venaient avec leur chant au centre du cercle dans un solo, comme un point d’exclamation, non dans un désir de mise en scène, mais dans le mouvement affirmatif d’être une personne dans le groupe indifférencié qui psalmodiait.
Une mise en train m’était nécessaire, un échauffement, un réveil d’audace et à mon tour, j’entrais dans le centre du cercle pour y prendre place, par une vocalise propre, sur le fond sonore du groupe. 
Comme avec le professeur de chant, quelques semaines avant j’étais par la symbolique du chant invité à poser ma voix, devant toutes, en exprimant haut et clair, la tirade qui m’animait. Je tentais de poser ma voix.