03/02/2014

Compagne, compagnon : modèle inconnu !

divorce,compagnon,compagne,images de couplesParenthèse qui s'ouvre au cours de la nuit, comme un trou dans la couche nuageuse pour laisser apparaître la lumière. Mot qui se balade dans les brumes de mon demi éveil. Mot que je suis à la trace, Mot "compagne".

Les deux aînés ont décidés de quitter le foyer conjugal, l'une le père, l'autre la mère de leurs enfants, pour d'autres horizons, pour une autre vie sans doute. Ils ont osé quitter un cadre de vie devenu fondamentalement insatisfaisant pour eux. Mystère du moment. Indicible, car savent-ils pourquoi ils quittent ?

Sont-ils attirés par un mirage ?

Le mariage dans sa forme traditionnelle qu'ils ont tous deux évités, y est-il pour quelque chose. Une seule lettre à retirer, un petit réarrangement du mot mariage est le mot mirage apparaît. Jeu facile distrayant profond peut-être !

Ils cherchent pourtant, mais que cherchent-ils ?

Le mot "compagne" est de retour, ce n'est pas innocemment que parmi la centaine de mots usuels, celui-ci émerge dans ma tête.

"Personne qui partage une vie sereinement, qui épaule, qui comprend."

Je le regarde, l'observe comme une boule de billard électrique qui cogne les bornes lumineuses et les allume en descendant. Je laisse les associations se développer, s'exprimer.

"Compagne, mère, femme" -  "Compagnon, père, homme."

Trio de mots connus et qui les concernent. Étant père, mère en accomplissement par leurs enfants, sont-ils en train d'entrer dans l'équation "Compagne- Compagnon" ?

Quelle a été l'image de la compagne, du compagnon, dans ma vie, qu'elle est celle que j'ai reçue de mes parents?  Le jeu n'est pas futile, il m'émeut. C'est un questionnement de ma fondation, de ma carte du monde.

Quand je regarde vers les enfants et qu'entre eux et moi, je mets le filtre compagne-compagnon, qu'est-ce que je lis ?. Qu'est-ce que je vois ?

Sur les dernières photos de famille, ils ne sont pas proches, ils ne sont pas en paire. Proches, complices. Une distance les caractérise. Dans ma tête, les colonnes du temple sont écartées pour donner l'espace, la majesté, la puissance, la stabilité. Seraient-ils colonnes ? Il semble avoir de l'espace pour s'accomplir du moins à l'extérieur. Ont-ils des gestes de proximité, des mots gentils, des attentions, coté intérieur.

C'est surtout chez ma plus jeune que je le constate, chez les autres, je suis bien en peine de trouver un exemple. Ils sont parents.

Des parents suffisamment bons et d'accord pour l'éducation de mes petits enfants, mais entre eux, n'est ce pas fort fonctionnel ? Il me semble qu'il n'y ait pas de complicité joyeuse.

L'image de mes parents est loin, ma présence auprès d'eux fut écourtée par les années de pensionnat.

Étaient-ils tendres l'un envers l'autre ? Vivaient-t-il dans l'affection et la bonne humeur ?

Je n'en ai pas l'impression forte, leur courte vie ensemble me semble plus vouée au combat pour le nécessaire, pour l'éducation de leurs quatre enfants, sans compter la présence du grand-père maternel.

Le modèle familial était traditionnel tourné vers l'éducation dans la tradition de l'époque! Auraient-ils fait toute leur vie ensemble ? Sans doute mais ce n'est que supposition, à cette époque, la pression sociale était forte. Leur couple a vécu vingt ans, avant que la mort ne les sépare. Mon père n'était pas facile m'a rappelé, ma plus jeune sœur, confidente de ma mère veuve.

Du côté de mes beaux parents, le couple semblait plus constitué, plus présent. C'était elle, la reine mère ; lui semblait à son service, rempli d'attention, d'admiration. Son rôle de chevalier servant l'a conduit à douter de son modèle d'alliance, pour moi plus dans l'illusion que dans la réalité, dans les services que le partenariat.

Pour mon couple, ce n'est pas brillant, la petite planchette que je lèverai pour les chiffres de la cotation n'est pas brillante, plus teintée d'insatisfaction fondamentale que d'échanges mutuels enrichissants. De son côté beaucoup de demandes pour être traitée en reine mère comme l'était sa mère. Couple en mouvement dans l'éducation, dans son aspect social et relationnel, plus pour la galerie que pour la satisfaction et le bien-être intérieur.

Couple plus souvent conflictuel que fusionnel, couple en tension, couple que les enfants semblent fuir, couple peu serein. Couple dont les membres se protègent des blessures intérieures en s'activant ou en vivant sous tension pour éviter le calme, la tranquillité, facteurs d'insécurité pouvant libérer un terrain propice à l'émergence des douleurs passées. Couple insécurisant que les enfants ont choisis de mettre à distance, par le choix du lieu de leur résidence.

L'image de la déchirure du couple de mes enfants renvoie à mon couple, à sa construction, à sa structure. Couple traditionnel et mondain, affichant une image de sérieux sans doute mais pauvres de complicité d'attention, de moments joyeux. 

Les images de couples de mon enfance remontent en surface :

- Celui de ma tante maternelle marquée par un chemin de destruction, par les émotions qu'elle importait chez sa soeur, ma mère. Ses rancunes, son refus d'accepter de tourner la page, sa détresse, qui a marqué mon adolescence. L'image de son refus d'accepter le divorce car dans son univers le mariage était indissoluble.

- Celui de mon oncle paternel dans la survie car le dernier enfant n'est pas de lui. Invectives de ma grand-mère, à propos de la pécheresse, de la femme de mauvaise vie. Par devoir, le couple ne s'est pas séparé, pour l'image sociale, l'avenir des enfants. Vies immolées sur l'autel du devoir et du "Qu'en dira-t-on. " Oncle mort d'une colère rentrée en allant honorer, une fois encore, sa mère, la régente de sa vie.

Moments d'émotions enfouies qui reviennent. Peur viscérale de passer sur le trottoir de la nouvelle maison de mon oncle où il nous était interdit d'entrer sous peine de déplaire à celle qui régentait la famille.

Acceptation tacite de mon père, face à sa mère, qui n'avait pas pu briser la glace, que cette situation engendrait. Fête de famille où la belle-fille et son dernier enfant ne participaient plus. Peur de braver les interdits posés par la grand-mère et par le père sans doute.

Déchirure d'un clan déjà réduit dont certains n'avaient pas le droit de présence pendant longtemps. Rancoeur élevée en mode de vie. Sentiment vivace dont le poison ligotait chacun de nous au nom d'un principe, éloigné du pardon.

Images de couples et douleur de leur séparation qui rejaillissent dans le tumulte mes jours. Images de modèles de couple qui ne laissent rien à l'épanouissement personnel et que mes enfants rejettent dans une société plus permissive. Un gâchis quand même, faute d'un modèle sain et de clarification au départ des tenants et des aboutissants, qu'une vie de couple exige.

 

 * Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas leurs chaînes

13/03/2008

La promenade

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La promenade de l’après-midi s’était terminée par quelques minutes de conversation dans la voiture. Alors qu’avant tout n’avait été que rapport d’activité, nous étions à ce moment entré dans le domaine de l’être. Le sujet n’était pas neuf, le problème posé non plus. « Va-t-il m’épouser? ». « Va-t-on se marier un jour ou l’autre ».Ce statut de compagne lui torturait à nouveau l’esprit. Allaient-ils un jour ou l’autre aux yeux de tous convoler en juste noce ? Dès l’après-midi, à propos du menu de la future fête familiale, elle avait proposé celui qu’elle choisirait si l’événement était fixé. La question l’obsédait, la torturait profondément.
« De qui suis-je officiellement la femme ? Qui va me valoriser en tant que femme , me faire épouse en bonne et due forme ? »A l’aube, le lendemain bien avant l’heure normale de l’éveil, ma tête tourbillonnait de pensées incompatibles avec un sommeil profond. A l’isolation du toit, à la liste des choses à faire, une phrase connue revenait elle aussi à la surface.« Ce que l’on ne veut pas voir de soi, fini par arriver de l’extérieur comme un destin ».Comme si la chose était difficilement pensable, comme si elle ne pouvait être mise en mots, clairement d’un coup, la question de ma fille posée dans l’espace clos de la voiture à portée des jeunes oreilles de son fils, était reposée au système familial, par ricochet à ses parents et ses grands- parents successivement, de notre coté, du coté de son compagnon.


Que signifiait sa question à l’échelle des générations ?

Etait-elle posée pour la première fois et pourquoi chez elle, l’aînée ? Qu’est ce qui l’avait poussée à choisir ce chemin, à se lier à un homme qui l’avait entraînée dans cet espace de souffrance en ne voulant pas comme la plupart des couples de leur âge, l’épouser ? Un impensé les travaillait aussi et n’était-ce pas comme un pacte tacite entre eux, de s’accorder secrètement derrière leur théâtre quotidien sur ce non-dit à propos d’un couple blessé tant au niveau de ses grands –parents que de ceux de son compagnon. Dans chaque lignée, la double nature des actrices de la vie familiale était présente -femme et mère. Les deux rôles existaient-ils de concert, s’excluaient-ils l’un l’autre ? On était l’un tout en perdant la possibilité d’être l’autre comme si la fusion, l’union ne pouvait être envisageable. L’on était l’un ou l’autre à l’intérieur d’une entité d’un concept qui n’avait qu’un acteur. Par les évènements dans sa lignée matrilinéaire, il y avait un couple réduit, un couple monoparental comme dit la société actuelle. 


Mère et Femme -Père et Homme.

Que s’était-il passé face à cet aspect dans les générations précédentes ?Y avait-il dans leur quotidien, dans la mémoire collective et familiale des indices, des faits, des histoires qui mettaient à jour cette question fondamentale homme ou père - femme ou mère ; duel ou duo. Avaient-ils eut le temps de se poser, cette question existentielle, enfermés qu’ils étaient dans un quotidien lourd d’activités contraignantes et dans un milieu rigide qui n’autorisait sous peine d’exclusion, aucun écart et qui ne valorisait positivement qu’un seul rôle celui de la mère. La priorité ne semblait pas se situer à ce niveau mais plus tôt vu sa demande au niveau du mariage qui consacre d’abord le couple formé par un homme et une femme


Le couple mythique.

Par toutes les phrases entendues à son propos, au cours de notre vie conjugale, une image avait été mise en valeur et ses caractéristiques résonnaient encore à mes oreilles. Le couple était comme un état mystique, inaccessible, situé sur une autre planète, à laquelle on pouvait accéder par la magie de la formation, par des soins et des conseils donnés par les spécialistes. Y ajouter un brin de bénédiction, même de sacrement des malades, semblait indispensable à sa bonne santé. Tout était possible dans cet espace, tout était impossible en dehors. Il fallait donc soumettre son attention vigilante pour faire plaisir à l’autre, il fallait offrir des petits objets en signe de reconnaissance en un mouvement perpétuel d’adoration, de tentative de reconnaissance. Le mouvement se tournait vers l’extérieur, vers un pays ou l’on pourrait vivre, exister, être parfait, un pays situé non pas dans la réalité quotidienne mais là-bas dehors quelque part dans un endroit mystérieux qu’il fallait chercher par tous les moyens.
Phantasmes d’une petite fille privée du couple de ses parents, qui perpétuait dans ses propos et ses images mentales, le couple virtuel qu’aurait formé les grands-parents, car la grand-mère n’est- ce -pas, n’était pas morte. Elle vivait dans le pays des couples mythiques. N’était-ce pas, là dans ce pays qu’elle avait fait son vrai voyage de noces après la naissance de sa fille. Voyage à la fois tant désire et tant craint au moment du départ car il reprenait le chemin de la petite fille qui 20 ans plus tôt s’y rendait au chevet de sa mère mourante. Voyage pour lequel elle avait placé sa fille, chez ses sœurs. N’était-ce pas dans ce même pays que sa fille m’avait rencontré dans un remake dont elle ne percevait pas le sens mais qui concrétisait l’espérance de la grand-mère, de reconstituer le couple fondateur à jamais dissout par la mort de celle-ci au sanatorium à Davos, Suisse. Si la patrie du couple était inaccessible par son absence, il avait fallu pour continuer à vivre, se trouver un chantier fixant l’attention, non sur l’absence trop dure à vivre mais partant sur tout ce qui environne le deuil, sur tout ce qui leurre l’esprit. La personne réelle soumise à la mort n’existait plus, seule existait une fiction focalisant les intérêts et les attentions. Cadeau signifiant uniquement existant dans l’univers d’un enfant de cinq ans, cadeau inadapté à l’autre, à ses souhaits, cadeau à cette entité virtuelle disparue. De plus en plus, par l’influence des constellations familiales et la notion de rendre à chacun ce qui lui appartient, la nécessité de rendre hommage à la grand-mère disparue était apparue. Mais pour rendre hommage à celle-ci, il fallait s’incliner sur sa tombe, il fallait dans un jeu de rôle lui rendre sa relation au grand-père et accepter que tout en appartenant au système familial, ils reposassent côte à côte définitivement dans la sphère des ancêtres. 


Le cimetière.

A deux reprises, depuis la mort de sa mère, pour reprendre ce qui nous paraissait le flambeau, nous avions essayé de porter des fleurs sur la tombe de ses grand parents, à la Toussaint, sans succès. Une première fois la porte du cimetière se fermait. L’année suivante , l’adresse de la tombe n’était pas correcte et nous n’avions pas trouvé l’emplacement. Dans sa mémoire n’existait aucun souvenir d’y avoir été avec sa mère, d’avoir lors de son enfance été porter des fleurs sur la tombe de sa grand-mère ce qui semblait selon la tradition fort improbable quoique la grande difficulté de sa mère à tourner la page sur cette douleur d’enfance pouvait expliquer l’obscurité complète et l’absence de démarche. Une impossibilité semblait exister quelque part de simplement remettre ce couple fantôme dans la durée courte de son histoire. La visite planifié avec la sœur, pour effectuer en fratrie la démarche n’avait pas non plus été concrétisée.


Le symbole.

Parallèlement de mon coté, j’avais aussi accompli en début de mois un geste représentant le deuil d’un mariage public selon la tradition et fait un pas important en versant à ma fille le montant resté disponible pour les cérémonies de son mariage partant du principe qu’elle était libre d’en faire usage pour s’installer et acheter des meubles pour son nouvel univers. Habiter une nouvelle maison était aussi un signe public valable de leur engagement face à la société. Un lien la retenant de mon côté venait d’être coupé, la décision leur appartenait et cet élément financier disparu, elle devait être encore plus libre d’assumer cette situation et de la gérer à leur niveau. Après bien des hésitations, la fameuse visite au cimetière fût entreprise le 16 Avril. La réalité de l’histoire familiale avait pris le pas sur les phantasmes et le non-dit. Le couple des grands-parents maternels reposait à Bressoux. La grand mère retrouvait sa place dans la lignée maternelle. Le couple mythique était mort et enterré. Il ne restait plus qu’à soigner le flux de l’énergie féminine qui avait été rompu au niveau de la fille et essayer d’en relever la trace dans des jeux de rôle des constellations familiales.