18/06/2010

Garçons manqués

Avec émotion, j’étais retourné dans le passé pour rechercher un texte écrit à propos de ma plus jeune fille. Elle venait de m’interroger sur ses attitudes d’enfance et je n’aurais pu sans l’aide de ces écrits retrouver les préoccupations du moment. Les émotions, les faits annotés à cette époque s’étant dissipés pour la plupart dans les brumes du temps.


Le rêve.

Une image pourtant était remontée récemment à l’occasion des cours de dessin et de la réalisation d’un dessin de chat. Un jour, vers ses six ans, elle avait raconté au déjeuner qu’un chat à plumes, était apparu dans son rêve, alors qu’elle ouvrait sa fenêtre. Elle n’avait pas apprécié l’interprétation, que j’avais essayé d’en faire et les tentatives que je faisais à ce moment pour essayer d’adoucir un peu les traits de son caractère qui se précisait de plus en plus comme « garçon manqué ». Avec elle, nous étions descendu au supermarché pour y acheter un collier, pour lui montrer de manière plus marquée que c’était comme fille que je la reconnaissais. Mais cette tentative avait été sans doute trop superficielle, elle n’avait pas apporté de changement conséquent. Elle restait clairement marquée par cette évolution qui me paraissait incongrue et sur laquelle je ne semblais pas avoir d’emprise. Aucune donnés et aucun chemin pour y mettre rapidement un terme.


L’origine.

Cette tendance venait-elle du père, ou venait-elle de la mère ? Le fait que ma sœur aînée, était de la même trempe, qu‘elle nous suivait trop souvent mon frère et moi, qu’elle s’associait trop fréquemment à nos jeux, qu’avec son tempérament bagarreur les conflits étaient permanents, laissait supposer que j’étais porteur inconscient d’une partie du problème. Ma branche n’était pas au clair avec la féminité et cette tendance pouvait lui être transmise de manière subtile sans que j’en identifie clairement les racines. Récemment, j’ étais étonné de constater que les femmes de mon entourage de travail que j’appréciais le plus, jouaient aussi sur les deux tableaux. Elles avaient des traits assez masculins. L’une d’elle avait à son actif, près de deux milles sauts en parachute ce qui n’était guère fréquent et une autre possédait une moto de 500cc ce qui ne l’était pas moins.
Au cours du temps, j’avais aussi constaté à travers mon épouse, l’aînée de sa branche, que sa mère, était une féministe dans l’âme. Verbalement du moins, car dans son allure, elle restait dans le schéma de l’épouse modèle. Un fond sérieux pour baser de ce coté, le caractère assez viril et le comportement de mon épouse qui pourrait en plus avoir été attendue comme fils. La génération de ma belle mère, ne comportait que des filles, privées très tôt d’une mère morte à trente ans et donc sous l’influence masculine forte d’un père veuf.


La transmission.

Les deux grossesses de ma plus jeune avaient présenté des caractéristiques étonnantes me semblait-il, du moins par rapport à mon aînée. Ses bébés ne descendaient pas correctement avec le temps au point que par deux fois, elle n’avait pu accoucher naturellement et avait subi des césariennes. Image symbolique d’une maternité entrevue de loin et comme freinée dans sa pleine réalisation. Elle n’avait pas pu aussi par la suite allaiter correctement ses bébés. Une lame de fond la traversait venant gêner sa féminité et la réalisation pleine et entière de celle-ci. Continuait-elle poursuivant la tendance déjà annoncée par son rêve du chat à plumes ? De nombreux autres indices donnaient du corps à cette hypothèse de transmission par les générations. La prise de conscience était le premier pas pour à terme tenter d’influencer cette exagération de comportement, cette mise en valeur trop forte des caractéristiques masculines par les femmes où de caractéristiques féminines par les hommes.