04/06/2012

Appel en urgence.

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Elle rentrait d'une consultation chez une psychologue et de nombreuses questions se pressaient dans sa tête. A partir de son GSM sur la ligne fixe en roulant, elle s'était lancée dans une longue conversation. Les circonstances qui l'avaient poussée à l'appel étaient tellement fortes qu'elles dépassaient ses limites habituelles d’appels courts et brefs. Elle ne pouvait attendre, il fallait qu'elle sache. L'hypothèse ou la question de la thérapeute l’avait retournée comme une crêpe.

« Y avait il eu un inceste dans ma fratrie ? »

Si je l'avais bien compris le fait qu'elle ait souffert jeune d'énurésie, avec un marquage de territoires déficient, semblait être à l'origine de sa question à mon égard. Par notre attitude commune ouverte sur des démarches thérapeutiques, nous étions à l'occasion très proche. Souvent, nous n'échangions sur des sujets de développement personnel. Nous étions ouverts et actifs l'un comme l'autre. Quand il n’y avait pas de nuages, le contact était bon. L'envergure de la question avait balayé le dernier froid et l’échange était franc et ouvert.

Que répondre sinon que je n'en savais strictement rien que la parole ne circulait pas dans ma famille et certainement pas sur ce sujet très sensible. Je n'avais d'ailleurs pas reçu la moindre confidence familiale. Si le drame s'avérait possible, ce n'était que par déduction, par hypothèse que je pouvais l'approcher. En direct je n’avait rien perçu, du moins consciemment sur ce sujet dramatique. Et il pouvait s’agir aussi d’un parent indélicat, d’un voisin pervers hors du cercle de la famille. Comment savoir ? Un secret ou un secret de famille est par principe secret. Seul le dépositaire pourrait le lever. Rien ne m’avait été transmis. Je n'avais pas abordé le sujet en direct avec ma sœur. J'étais ignorant.

Et poser la question ne suffisait pas, il fallait de l'autre côté une ouverture, une confiance et une réponse. Si ce drame existait réellement, le déni ou  l'occlusion était possible. Hypothèse hasardeuse de la thérapeute ? Exercice théorique coup de tonnerre dans son univers, vierge de ces notions. Le noeud du problème semblait sa place de troisième. Associée de mon côté à la place de ma sœur, troisième après deux garçons. Son attitude de panique face à une troisième grossesse surprise et son choix d’une ivg avait sans doute conduit la thérapeute à la suggestion d’un drame subit dans l’ascendance au niveau de celle qui occupait une troisième place.( La fête de famille.)

Quelque chose de mystérieux s'était aussi inséré dans son inconscient autour de la sexualité au point d'avoir subi 2 fois une césarienne, laissant supposer un blocage des voies naturelles.  La procréation ne semble possible que sous condition. Ce blocage pouvait annoncer aussi un problème transgénérationnel du côté maternel. Il y avait aussi une fille au 3e rang. Il lui faudrait interroger la lignée des mères.

Dans le test du « bac à sable », elle avait fait le choix d'une miniature représentant une maison hantée. Y avait ajouté un dragon symbole d'un combat pour délivrer la femme. Elle s’étonnait du poids des symboles évoqués. Elle citait aussi un problème récurrent de colères dont le reflet s’exprimait dans les disputes incessantes entre ses deux fils. La conversation allait se terminer, l’essentiel était dit. On aurait l'occasion d'en parler ultérieurement du moins je le supposais mais rien n'était sur.

En attendant l'inconscient familial comme rencontré dans les constellations familiales avait l’air d’être secoué. Je constatais chez ma femme des migraines inopinées, plus violentes qu'à l'accoutumée, une nervosité agressive comme si quelque part, elle ressentait la mise à jour de ce qu'elle craignait le plus en elle, l’apparition de l'image de l'homme mâle en lieu et place de l'image rassurante du père, et peut-être les sensations d’une agressivité sauvage dont elle portait la mémoire.

 

Mais fallait-il regarder du côté de ma sœur, 3e de rang. N’était-ce pas aussi logique de s'interroger sur la branche maternelle ? N'y avait-il pas dans la lignée des mères un traumatisme de ce genre. Elle devrait interroger sa mère et enquêter du côté de la grand-mère. Ma belle-mère était l'aînée, mon épouse également. De ce côté il n'y avait pas de renforcement par la position de 3e. Fallait-il chercher à propos d'autres événements semblables ? Bref au fond, la situation se compliquait fortement car il n'y avait pas d'informations à donner. Tout n'était que théorie et hypothèse.

De mes réflexion au sujet de la sexualité il me semblait néanmoins que les choses n'étaient pas simples, qu'il y avait des blocages et des freins dans cette matière de notre côté. La libéralisation des mœurs dont on avait tant parlé depuis 1968, n’était que dans l’air du temps. De nombreux obstacles  se situaient dans les profondeurs des traditions familiales. Plus d'une fois, j'avais noté des points curieux, des comportements qui nécessitaient un traitement et un assouplissement. J'étais néanmoins surpris par sa question qui me renvoyait à ma fille aînée qui un jour m'avait posé de sa propre initiative, une question semblable.  ( L’indicible.)

En plus de cette hypothèse posée sur la femme du troisième rang, elle souhaitait un éventail des dates de naissance et de décès de mes ascendants. Elément dont il me suffisait de lui faire copie après le travail de généalogie effectué quelques années plus tôt.

Il ne me restait plus après cette conversation étonnante qu'à attendre les moments où elle serait prête à débattre sereinement de ces questions. Avec sa manière vive d’aborder les choses c'était certain la parenthèse était close pour quelques temps. Elle allait bientôt, ouvrir une nouvelle parenthèse à ce sujet, avec sa mère.



















 

29/12/2009

D'être regardé!

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Un déclic se fit dans ma tête. Il me fallait visiter la zone grise, souvent évitée de ma relation à la femme, afin de clarifier ce qui commençait à émerger dans les séances d’haptonomie. Résolu, j’envoyai un mail à ma fille pour lui demander qu’elle me précise à nouveau, l’adresse du spécialiste en constellations familiales chez lequel elle avait fait récemment deux séances individuelles. Le soir, elle m’appela pour me proposer d’utiliser son rendez-vous de Juillet qu’elle pensait annuler. Le lendemain matin, une réponse électronique me fit part du fait qu’elle n’avait pas reçu le mail hier car elle était en congé, et elle notait son étonnement pour la synchronicité dans sa réponse verbale spontanée à ma demande écrite non lue. Il n’en fallait pas plus pour me déterminer à prendre le rendez-vous qui m’était apporté sur un plateau d’argent et dans un délai raisonnable car la moyenne d’attente du spécialiste était de trois mois. L’affaire était entendue car de plus, la date se situait pendant ma période de vacances.



Constellation familiale.

A l’heure dite, j’étais assis dans la salle d’attente de ce spécialiste en attendant la fin de l’entretien précédent, essayant de formuler la direction que devrait prendre la constellation. Etait-ce ma mère, était-ce mon épouse qui allait faire l’objet de mon choix ? La première étant à la base sans doute du choix de la deuxième. Après la prise de connaissance, l’expression de ma demande, le choix du thème se fit sur la femme en général et l’on entra dans le vif du sujet immédiatement. La constellation, qui était basée sur des cartons représentatifs des personnes, débuta par la pose à mes pieds d’un carton femme et un carton homme que je posais respectivement à gauche et à droite. La carte globale représentant l’univers des femmes fut posée trois mètres plus loin me regardant.



Le regard.

Le constellateur joua alors le rôle des différents personnages impliqués. Lorsqu’il s’installa à hauteur de la femme, une impression m’envahit rapidement, celle que la femme ne me regardait pas mais se tournait vers ma droite, regardant vers quelqu’un d’autre. Puis ce dernier se coucha sur le sol, main droite vers l’avant et vers la gauche dans une tentative d’atteindre, de rejoindre par la main quelqu’un sur ma droite. Dès cette visualisation l’impression que le problème ne me concernait pas m’envahi en me laissant un peu comme spectateur, rempli du soulagement, de cette tentative qui ne me concernait plus. 
Le premier décodage de cette attitude exprimée par le constellateur à propos de la femme fut interprétée comme le regard de ma mère, vers un enfant disparu dans son entourage, dans son univers familial, dans la relation d’enfant qu’elle avait vis a vis de ses parents. L’impression que cette attitude ne me concernait pas et qu’elle était dans l’univers de ma mère me semblait étonnamment juste. J’y adhérais. Ma mère se tournait vers une personne morte de son entourage. Elle ne pouvait me regarder moi son fils pour ce que j’étais car dans son inconscient, elle était attirée par une personne dont le deuil n’avait pas été fait, et que représentait un nouveau carton ajouté. Cela sonnait juste, c’était une solution qui m’apportait une détente très sensible et très forte. Un poids s’éloignait de moi.
 L’interaction mise à jour ne faisait plus partie de mon champ d’action personnel mais venait de s’en séparer tout en me libérant, me laissant une impression de soulagement, que je manifestais par un large sourire de confirmation.
 Ainsi je n’avais pas été regardé par ma mère en tant que bébé car elle se tournait vers son passé, vers un deuil non accompli par ses parents et qu‘elle portait en leur nom. De l'histoire familiale me revenait le récit du grand-père qui parlait de la fasse couche de sa femme. L’hypothèse avait du sens.
 Etait-ce ce drame vécu par ma mère, d’un frère ou d’une deuxième sœur dont le deuil n’avait pu être fait, peut-être même pas nommé et qui s’était perdu dans l’inconscient familial maternel ? L’ajout de cartes masculine et féminine pour matérialiser le sexe de l’enfant ne fut d’aucun secours, rien ne s’éveillait. Cela ne semblait pas être important.



Les conséquences.

Cette histoire de regard me touchait à nouveau en plein dans le mille, remettait à jour, ce que j’avais vécu les derniers mois à ce sujet, les regards d’évitement de mon nouveau chef qui avaient le don de me mettre en colère et de me remplir d’animosité face à lui au point que je changeais de couloir à son approche, ou faisait demi-tour. Regards d’évitement qui me disqualifiaient au plus haut niveau, et me renvoyait à ma douleur de ne pas avoir été regardé à souhait.
 Et la dernière évidence et non la moindre, celle d’une amie qui il y a une semaine encore me demandait gentiment  « Mais qu’est ce qui te rend si sensible au regard que les autres portent sur toi ? »
 Je n’avais rien pu lui dire sinon que c’était a présent un point qui heurtait ma sensibilité et me plongeait dans une colère vive et immédiate.

Cette constellation venait de m’en apporter la réponse, de désamorcer dans mon ressenti cette attitude d’agressivité et me libérer de ce point important.
 Curieusement depuis lors le nouveau chef que j’évitais, qui me faisait faire demi-tour pour éviter la rencontre, ne me touchait plus, je passais indifférent près de lui, cool comme jamais acceptant ce regard d'évitement qui lui appartenait.
 Dans les conversations avec mes collègues féminines, je les regarde dans les yeux et commence à les connaître par la couleur de ceux-ci et cela me ravit, m’apaise. La relation change, je ne la fuis plus, je la recherche et découvre que plus d’un ne regarde pas droit dans les yeux mais pratique l’évitement. La colère ne m’envahit plus, elle est remplacée par la compassion qui me traverse pour la douleur portée dans leurs relations.