16/05/2013

En veux tu, en voilà !

Terrier.JPGÀ la fin du repas ma plus jeune avait versé quelques larmes sur sa situation professionnelle. Son nouveau boulot l'avait déçue, lui semblait impossible à gérer dans l'immédiat tant il était basé sur l'improvisation et l'absence de points d'appui fermes.

La gestion aléatoire de sa nouvelle patronne l'insécurisait au point qu'elle en faisait, chaque nuit des cauchemars. Sa décision était prise, demain, elle allait à nouveau donner son préavis, pour finalement se retrouver sans travail.

A son ancien boulot, elle avait déjà été remplacée. Elle se retrouvait ainsi en train de prester deux préavis. Cette réalité semblait tout à fait exceptionnelle et surréaliste. Ce nouveau point de vue la tira des larmes et elle sourit un peu devant cette drôle de situation.

Elle était prête à reprendre la conversation. Et je lui dis « Que penses-tu du mail que je t'ai envoyé ? Est ce que je n'ai pas eu raison d écrire

-que tu as besoin malgré ton apparence forte et capable d'affronter le changement, d'un cadre qui te sécurise, d'un cadre dans lequel tu peux évoluer pour y chercher la solution adéquate, naviguer dans les règlements sociaux pour en analyser les contraintes. N'est ce pas ce qui te convient ?

Un environnement sans règles bien définies, sans appuis fermes ne te convient pas!

"Oui, tu as raison ! "me dit-elle maintenant que tu l'as écrit,  je le perçois et ce point de vue me convient.

J'avais vu juste. Elle semblait forte en première apparence, ouverte au changement mais au fond d'elle, elle avait besoin de support, d'appui, de règles.

Une insécurité fondamentale l'animait. Elle aussi portait enfoui en elle, un trou noir, comme sa soeur, comme sa mère.( L'auberge espagnole.)

Les semaines qui se suivaient avaient laissé apparaître un défaut récurrent de fondation dans le cercle familial. Mes filles en étaient imprégnées et les circonstances de vie avaient ouverts les blindages de l'une et de l'autre et les avaient plongées dans leur insécurité d'enfance.

Leur jeunesse leur donnait, me semblait-il, plus de ressources et leur vitalité intacte, allait les en sortir. Moyennant un travail de fond, elles pourraient se redresser, repartir sur de nouvelles bases du moins je l'espérais.

Je ne pouvais qu'être là, épaule disponible sur laquelle s'appuyer quand une demande de soutien apparaîtrait.

Le système familial se fragilisait et allait faire sauter le bouchon maintenu sur l'insécurité maternelle. Leur mère était contaminée par ces découvertes, elle allait mal. Elle consultait tous azimuts dans une clinique. Sa demande de soutien était reçue par un passage par la moulinette des superbes machines à rentabiliser. On allait lui trouver ce qui la rendait malade, faire un diagnostic et la gaver de médicaments. Ne fallait-il pas fermer des portes ?

Est-ce que cela ferait son bonheur?  Guérirait –elle ? J'en doutais.

Quand j'observais que pour contrer la pression qui jaillissait de son ressenti dissimulé , elle se raidissait pour dire "Non, Non, Non" je ne veux pas reconnaître, toucher les émotions sur laquelle je m'assieds depuis des lustres. Je ne veux pas ressentir ce qui se cache dans mes profondeurs. Non, je ne peux pas dire "Oui" et ouvrir la porte à mes angoisses passées et à mes larmes enfouies. Non, non, non, ma tête dit aussi "Non" et oscille de gauche à droite pour assurer le blocage de cette énergie refoulée. Je ne peux pas dire "Oui". Je ne peux pas opiner de la tète, laisser se détendre les muscles du "Oui, m'abandonner à l'émotion."

Décision difficile, impossible à prendre. Refus qui se manifeste par ses raideurs scapulaires, des tensions au cou, des tremblements de tête.