01/02/2012

Les soldes.

hérédité,convivialité,assertivité,soldes amour filialDans le cadre de son boulot, après la fête du personnel dans les environs, elle était venue avec son sac de couchage pour passer la nuit chez nous, Elle se retrouvait ainsi le matin à notre table, comme 10 ans auparavant. Ces années de travail l'avaient changée et rendue plus posée, moins susceptible, plus mûre. Ses enfants ne l'accompagnaient pas occupés par les mouvements de jeunesse. Nous nous retrouvions en famille réduite, rajeuni par ses projets, ses fantasmes, secoués par sa vitalité.

Notre train-train et notre l'horizon limité venaient d'être bousculé et de plus, c'était les derniers jours de soldes. Il fallait en profiter, ne pas laisser passer les remises alléchantes qui tendaient tout doucement vers des prix de liquidation. Les articles d'hiver en ce moment, qui n'était pas la saison normale, semblaient incongrus dans les rayons et l'on pensait déjà au printemps.

Par deux fois, pour une veste d'hiver pour l'année prochaine, je m'étais rendu au shopping, sans conclure sans choisir sans décider et n'avais pas acheté cette année-ci encore reportant à l'automne, un choix hypothétique. Poussé par son dynamisme, j'avais basculé de mon attente à un autre état d'esprit. Au fond, une sortie avec ma fille pouvait être bénéfique, pouvait s'inscrire dans la convivialité que j'essayais bien malgré moi de cultiver avec eux. La transmission avec mes parents ayant été tronquée, limitée, je peinais dans la relation avec les miens. L'ombre de la génération de mes géniteurs était toujours la pesante, puissante, engourdissante. À peine avais-je basculé de mon indécision que j'étais embarqué dans sa nouvelle voiture pour faire l'achat d'une veste. Vite fait bien fait. Sa fluidité, son optimisme me désarçonnait, me coupait de ma résistance.

Je suis suiveur, elle est moteur. Peu d'incertitudes, d'inconnues, elle connaît les bonnes adresses, les rayons, « Et me dit-elle, c'est une répétition. Lundi prochain, j' habille mon homme! »

Il n'y a pas d'angle dans l'interaction, c'est fluide. Pas de contrainte morale, d'obligations de limite c'est comme un jeu de piste. Enthousiasmé par ses initiatives, je joue le jeu et me laisse ballotter d'un magasin à l'autre, directement dans les bons rayons, sans hésitation, sans batifolage vers les sacs à main, les chemisiers, les parfums. Elle est  mon « coach » et me pousse rapidement et directement dans le rayon masculin.

À l'étage, je ne savais même pas que dans ce magasin il y avait un étage, elle me fait enfiler des vestes, décide des tailles adéquates, avec maîtrise. Elle évalue, pèse, confirme, écoute mes réticences, me montre autre chose. Elle pourrait en faire un métier pour conduire les hésitants, les compliqués ceux qui doutent. Voyant le spectacle, une cliente s'est arrêtée pour discrètement observer la scène. Elle s'intéresse au manège d'une fille qui habille son père, discrètement. J'observe néanmoins son sourire sympa en coin. Pense-t-elle à son père, revêche lui aussi. Où profite-t-elle simplement du rayonnement et de l'assertivité avec laquelle ma fille me conseille.

Cela me fait le plus grand bien. Enfin les conseils, les avis dont j'ai besoin pour faire le pas de l'achat souvent hésitant. Ça y est le choix est fait, le col est plus lâche plus ouvert qu'à l'essai précédent qui m'aurait engoncé rendu fermé. Ici je suis dans l'ouverture, l'aisance, la souplesse. Le vêtement me va. Petit bémol je n'ai pas les poches habituelles plus décoratives dans celle-ci que fonctionnelle. Je ne saurais plus mettre les mains presque à l'horizontale, comme pour me serrer, me protéger. C'est un autre style différent de celui adopté  il y a longtemps avec les blousons bien des années plus tôt. L'image d'un essai fait jadis avec ma mère vient de venir à la surface. Oui il y a bien longtemps que j'ai arrêté l'attitude, la fermeture presque de mes épaules avec ce type de vêtements. Ici je devrais être épaule ouverte presque. Cela n'est pas rien, je me serais plus le même dans ce vêtement. L'achat terminé elle est prête à faire le rayon pyjama, les magasins de chaussures, mais je me sens réticent. Je me suis pas venu pour faire la totale.

Je reprendrai seul le parcours du combattant, même sans les soldes je n'ai pas envie d'acheter la remise. Il me faudra noter l'encolure, la taille convenables du pyjama dans lequel je me sens bien et faire l'achat de l'équivalent. Grâce à elle, je connais d'autres espaces, je tirerais bien mon plan seul. Au retour, nous passons à l'achat d'un appareil photo pour remplacer celui dont je me plains depuis plus d'un an. Avec elle je n'ai pas la même limite financière, elle m'ouvre à l'audace, à prendre l'argent pour sa valeur d'utilité et non son aspect de réserve. Profiter de la vie, dépenser semble être son leitmotiv. Oui sans doute. On n'est plus dans ce qui a marqué mon enfance, l'économie de campagne tournée autour de l'utile, du nécessaire, d'une économie d'après guerre. Elle m’a rajeuni l'espace d'une matinée. Elle m'a offert un moment de liberté, de joie, de convivialité. C'était un jour faste, un moment de tendresse unique entre père et fille.

31/10/2008

Us et coutumes.


civilité,convivialité,transport en communL'incident.

Le train de 17h30 était plus rempli qu'a l'accoutumée. Dans le compartiment la deuxième banquette gauche avait son siège de couloir occupé par un sac à dos. De la part des jeunes occupants, à mon arrivée et mon arrêt à hauteur du siège aucune réaction, aucun mouvement, ma présence n'avait apparemment pas été remarquée. Je manifestais donc mon souhait d'occuper le siège encombré.

"A qui appartient ce sac ? " "A moi ! " répondit le jeune coté vitre. Quelques secondes s'écoulèrent et rien ne se passa. Le propriétaire voulait sans plus désigner son bien. Il n'avait pas l'intention de libérer la place. Démarche incongrue sans doute. Bouillonnant intérieurement, devant tant d'inertie, je pris le sac et le plaçait dans le porte-bagage pour libérer le siège et m'asseoir enfin.
Cette incivilité s’ajoutait aux autres. Une autre fois, un jeune récupérait mon journal posé sur la tablette, sans s'informer s'il y avait un propriétaire. Il se rendit tout à coup compte qu'au fond ce n'est pas un gratuit abandonné par un voyageur précédent. Il le remit sans excuse ou commentaire.
Lors d'un autre voyage, un autre me demanda à emprunter mon gratuit et puis s'en alla sans le rendre sous prétexte sans doute qu'il est gratuit.


L'espace social.


C'est de génération en génération que l'on transmet le respect, l'attention à l'autre. Chacun à sa place et une place pour chacun. Combien de fois, mon père, ne nous a-t-il pas sermonné sur les usages en société, sur les valeurs à respecter pour y vivre à l'aise. L'école s'attachait aussi à la définition des valeurs, aux règles d'usage dans la société lors des rencontres et du quotidien pour que tout se passe dans le respect de l'autre.
Apparemment quand je les observe au jour le jour, il me semble qu'il y a beaucoup d'usages qui se sont perdus. Les parents et les éducateurs n'ont apparemment plus précisés les valeurs de base de la société. Le sac, mon sac, à tous les droits, son confort est le mien, j'occupe deux places et s'il le faut si l'on insiste, en râlant j'obtempère manifestant ainsi combien je suis lésé dans mon confort et ma facilité. La tradition s'est perdue, l'ordre extérieur n'a plus la cote.


Espoir.

Les transports en commun, les Tec, ont rétabli depuis deux ans, l'entrée par la porte de l'avant. Les chauffeurs saluent, n'en ont-ils pas reçus la consigne. On se parle s'est déjà mieux. Des campagnes de publicité invitent à ne pas se comporter comme des sauvages, à céder sa place à une femme enceinte, à une mère portant son enfant, Encore quelques messages publicitaires et le porte bagage retrouvera son usage. Le mois prochain l'incivisme sera sanctionné. Serait-ce le retour du balancier vers un peu plus de rigueur, pour le respect des voyageurs les plus faibles, et le confort de tous.