19/08/2009

Le coup de hache.

enfance,élaguer,couper le bois,vergers,souvenirs de vacancesLe coup de hache était mal placé car le bois éclata et l’un des morceaux atteignit violement mon tibia, laissant une tache rouge vif de la taille d’un peigne. A ce train là, je serais invalide, car j’en étais seulement à la première dizaine de bûches. L’arbre entier séchant depuis l’année dernière devait encore y passer. Depuis ma jeunesse,je n’avais plus manipulé la cognée et c’était par dose homéopathique que je reprenais ce type d'activité physique. Mes muscles s‘étaient endormis et mon coup d’œil perdu. L’age et le manque de souplesse y étaient aussi pour beaucoup.Ce type d’activité avait repris car ma pension était là et qu’il fallait préparer l’hiver au coin du feu. Ces mouvements, ces bruits de bûches qui éclatent, l’odeur du bois remuaient des souvenirs de vacances à la maison familiale et ravivaient la dernière année de présence du père, la relation qu’il avait tissée avec nous, à l’occasion de l’entretien du grand verger, derrière le jardin.
Les vergers.
A chaque orage un peu violent, on entendait parfois, lors d'une rafale de vent, le craquement sinistre d’une branche qui venait de céder, amoindrissant la production de pommes et de reines-claudes et précipitant encore un peu plus la lente disparition des arbres de cet espace producteur de fruits. Notre activité de vacances était rythmée par la mise en tas de ce qui était tombé, puis la découpe des bois ramenés à proximité de l’étable. Quelques fois, nous avions participés mon frère et moi, avec le père, à l’abattage d’arbres décapités, ou trop maigres que pour continuer à produire utilement. Il fallait alors faire la place pour préparer la future plantation, pour rajeunir la partie qui s’essoufflait. Le dur travail physique de découpe des troncs avec la grande scie, de l’enlèvement des souches, de l’empilage des bûches, nous faisait ressentir la valeur immédiate de notre travail.
L’enfance.
Cette période d’activité avait été précédée de celle du jeu quelques années plus tôt,et je me souviens encore des blochets en quinconce que le père avait planté dans le premier arbre du pré d’à côté, pour en faire une échelle permanente qui nous autorisait à faire l’escalade du tronc non seulement pour y cueillir des pommes , mais surtout pour nous ouvrir l’espace d’un refuge, d’un camp à la manière de Tarzan. Au fond la part du feu, pour canaliser un peu notre ardeur et notre enthousiasme juvénile. Une des branches servait d’attache à la corde sur la quelle on se hissait pour monter et épuiser notre énergie.Puis avec l’age,il suffisait de sauter pour accrocher la branche la plus basse et monter dans l’arbre pour y cueillir les fruits convoités.Temps béni des vacances, ou sur place nous explorions l’espace immédiat et celui du village dans la découverte du monde rural qui nous entourait. A la recherche des petits événements locaux crées par des artisans, des fermiers pour casser la monotonie de l’écoulement des grandes vacances.
Le temps de cet été, le premier de liberté comme en ont l’étudiant, l’écolier me ramenait à une approche du temps qui n’avait plus de mardi, ni de mercredi, il n’y avait qu’hier et demain. Seul le dimanche avait encore sa place dans le temps, c’était le jour, où il n’y avait pas d’activité, où chacun selon ses convictions, le structurait à sa manière sauf peut-être à l’heure des moissons où solennellement le curé autorisait pour sauver la récolte le travail du Dimanche.
La pompe.
Lors du passage de mes petits enfants,nous avions été deux rues plus loin, à la petite pompe à main, au-dessus de la source canalisée immédiatement, pour découvrir le fonctionnement de celle-ci. Avec plaisir, ils avaient manipulés le bras pour en faire sortir par jet, ce qui aurait pu remplir le seau.Cette simple découverte m’ouvrait à nouveau, le temps au village à leur âge ou toute le vie, était rythmée par la corvée eau.Chez nous, nous avions le privilège d’avoir une grande pompe à l’intérieur, sur le mur du corridor de l’annexe. On ouvrait la porte du milieu vers la cuisine pour permettre la manipulation du bras et faire jaillir dans le seau ou la pinte ce qui était nécessaire.
Chez la grand-mère, deux maisons plus loin, la pompe était située sur la façade à l’extérieur. Dans la rue, après le tournant, le puits, près de chez le coiffeur, était réservé aux adultes de quelques maisons qui venaient s’approvisionner régulièrement. Les ménagères en tirait l'eau avec une longue chaîne retenant le seau. Opération qui nous attirait par sa singularité.
Une fontaine publique était de l’autre coté du village et nous y allions pour le plaisir et nous occuper  a y remplir notre gourde. L’eau de source, avait bonne réputation.
Temps de liberté et activité comme au village me semblait établir de plus en plus de ponts vers le passé. Les souvenirs remontaient à la surface, les uns après les autres.