17/10/2010

A table, la première.

 

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Mon lever avait été pénible ce Lundi. La brume noyait mes pensées. Poussé par la grande insomnie de la nuit, mon esprit une fois de plus vagabondait autour de l’événement imminent, la reprise de la table d’écriture l’après-midi. Cette fois, l’objectif était de remonter le passé, de parcourir à nouveau les liens aux générations précédentes non plus selon la conduite erratique qui avait présidé au travail sur l’arbre du « Nom. »

Avec le groupe de travail, j’allais non pas éviter soigneusement les zones d’ombre qui émaillaient mon passé et celui de mes ancêtres mais au contraire sous la conduite d’un tiers, affronter certains lieux, certaines circonstances.

Cette idée me troublait et m’avait obligé, avant d’entrer dans le lieu de la réunion, à faire halte, dans une brasserie pour répondre à une urgence qui suivait les nombreux borborygmes et autres bruits mystérieux, qui agitaient mon estomac et mes intestins depuis le départ de la maison. Il me fallait évacuer des craintes, des angoisses. Un danger passé peut-être ?  Psychosomatiquement mon corps exprimait son point de vue, l’évitement. J’approchais d’une zone de perturbation. Une tentative ancienne de faire du « rebirth, » n’avait rien donné tant le blindage qui m’enveloppait à cette époque était fort. Mais depuis de nombreux blocages avaient sautés les uns après les autres et le moment actuel semblait plus propice.

L’arbre matriciel qui m’avait surtout occupé dans sa périphérie, par des recherches sur la 5 ème génération, n’était plus d’actualité. Je me rapprochais du centre, j’allais à l’essentiel, examiner autant que faire se peut, mes racines immédiates, celle de mon émergence dans ce monde, entre mes parents. C’était la zone grise où la conscience n’est pas encore présente où le monde se constitue avec son univers de sensations dans la mémoire corporelle, s’ajoutant, se superposant à ce qui existait déjà de l’histoire passée.

Mes premières heures de vie s’étaient déroulées dans une ambiance particulière dont je n’avais pas mémoire. Dans une tentative d’exploration, j’avais interrogé une cousine mais trop éloignée des faits, elle ne m’avait rien apporté d’intéressant, seulement des détails et quelques faits.

Une lettre à une cousine plus proche de mes parents, destinée à lever un aspect bien précis de mon histoire, la santé de ma mère, était revenue suite à son changement d’adresse. La lettre écrite vers sa sœur était, elle, restée dans mes archives.

 La zone de temps et de vécu à passer sous la loupe semblait difficile à aborder. Comme si le terrain était miné. J’avais en effet, passé plus de temps à la recherche d’informations dans des zones neutres, que dans ma zone de naissance. En Août dernier, je n’avais pas osé rencontrer une personne qui avait bien connu ma mère. Il suffisait seulement d’un détour de 50 mètres pour pousser sur le bouton de la sonnette lors de mon parcours dans le village de mon enfance. Et j’aurais été accueilli à bras ouverts.

Lorsque ma marraine était en vie, les quelques questions posées n’avaient rien apporté. L’époque était lointaine sans doute et seul des faits qui semblaient anodins émergeaient. L’idée frein était aussi sans doute que le passé n’ajoutait rien de positif et d’intéressant à  la vie quotidienne et donc qu’il ne devait pas être abordé.

Autour de la table d’écriture avec les participantes nous avions reçu les consignes ; explicité nos motivations. Là ma voix était remplie d’émotions, d’hésitations comme si le chemin qui allait être empli serait lui aussi chargé d’émotions et rempli de difficultés. Il était temps de se mettre à l’ouvrage.