07/10/2012

Gymnastique douce.

mézière,lcc en application,gymnastique douce,bien-être corporel,détente« En annexe le programme de gymnastique douce pour lequel je me suis réinscrite fin août. N'hésite pas à y participer ! Tu aimeras, j'en suis sûr. ! De plus l'animatrice est sympa ! » Le message inhabituel de ma jeune soeur m'avait intrigué. Dès la lecture des informations et selon son conseil, je m'étais inscrit pour cette aventure physique qui me semblait de plus en plus nécessaire. En effet, les derniers mois ayant été trop sédentaires, j’avais constaté que mes articulations commençaient à perdre leur mobilité.

Cinq jours en suivant, je m'étais retrouvé sur le tapis deux heures d'affilée à réanimer l'ensemble de ma musculature. À petites doses, les techniques proposées réveillaient des pans entiers inactifs et rigidifiés de mon réseau musculaire. Oui vraiment il était temps qu’une fois de plus, je quitte ma tête pour m'occuper de mon corps.

Les exercices faits couchés agissaient sur toute la membrure et me laissait le matin en me levant, l'impression d'avoir fait un énorme travail physique. J’étais rempli de courbatures. Ma respiration devenait plus ample, une fatigue s'installait en même temps que l'impression d'exister, d’avoir un corps. De temps à autre, un flash me traversait notamment la sensation de me tourner bien plus à l'aise pour regarder à travers la lunette arrière de la voiture.

Corps et esprit étaient liés par l'imagination ! Je pouvais contribuer à l'exercice l'imaginer plus que le faire et le corps en tenait compte, répondait.

Au supermarché, l'idée d'appliquer un truc proposé par l’animatrice me traversa. J’imaginais que comme une africaine, je portais un plateau de fruits sur la tête. Surprise totale, étonnante, une vague de plaisir m'envahit. Le mouvement suggéré, esquissé mentalement venait de libérer quelque chose dans mes épaules. Ma manière voûtée de marcher venait de s’estomper. Les clavicules s'étaient ouvertes vers le haut.  Fier comme Artaban, je déambulais derrière le caddie comme pour un défilé de victoire. Le haut de mon corps s'était libéré en ouverture. Un blocage ancien venait de céder. La colonne cervicale s'était détendue prolongeait la dorsale. J'étais droit, je vivais plus, je vivais mieux.

Le poids du passé, d'un passé venait de tomber. L'impression ancienne d'être comme un chien battu trouvait peut-être son origine là dans le port de la tête. Je prenais plaisir à faire basculer les articulations de l'épaule vers l'arrière. Je gonflai mon torse et me trouvait joyeux, serein.

Pour me doper, j'avais à disposition, une petite recette bien efficace. Non pas manger cinq fruits, mais virtuellement les porter sur mon petit plateau de tête.

Basculer les épaules vers l'arrière pour porter mes fruits et bien-être immédiat. Etre droit, être là. Le truc me semblait surréaliste.

Cela pouvait sembler un exercice banal pour celui qui possédait la mobilité complète, un exercice qui n'avait ni queue ni tête. Car ce qu’on a, on ne le connaît plus. Comment savoir ce qu’est la liberté, si on l’a toujours connue. Quand on à la souplesse comment connaître l’effet d’un muscle qui lâche.

Pour moi dans toute ma rigidité, ce n'était pas rien. C'était le bouchon qui venait de sauter « Champagne ! ». Vraiment, c'était ma fête.

Avec attention, plus d'une fois pendant les exercices, l’animatrice avait observé la courbure de mes cervicales et apporté un 2e support sous la tête, témoins à posteriori du chemin à parcourir. En 4 séances, je l'avais parcouru et venait de décrocher la timbale.

Les dernières années, j'avais cru par le chant assouplir ma voix, augmenter ma capacité respiratoire mais cela ne semblait pas être la voie radicale. Il fallait que plus haut le chemin se dégage. Il fallait qu’une porte s’ouvre. Le haut de ma colonne venait enfin de s'assouplir libérant les muscles permettant une mobilité haute que je ne connaissais pas.

Petite constatation du progrès accompli, ma main droite peut à présent atteindre dans mon dos l’omoplate gauche. Point de repère de la liberté angulaire gagnée, indicateur du progrès encore à faire. Mais la percée est faite. Je sens et je sais qu’il me faut travailler à ces mobilités supérieures trop longtemps ignorées.

19/02/2011

Castor pacifique

tendresse, dépression, sororité, grûn, détente,angoissePour rattraper mon retard, j’avais pris la route nationale où la vitesse autorisée était plus élevée, et sur le plateau, sous le soleil presque printanier j’admirais la brume et le givre au loin sur les champs. En descendant vers la vallée de la Sambre, le souvenir de ma mère fit surface, accompagné de son totem de guides.

Souvenir curieux, rare sans doute provoqué par l’état second qui m’envahissait alors que j’allais passer quelques heures chez ma fille pour soutenir son moral. Sa déprime n’avait plus la profondeur des jours précédents.  J’avais entendu dans sa voix, un mieux, plus de fermeté et d’assurances. En entrant chez elle, je la trouvai couchée sur le petit divan, mieux placé, pour profiter des rayons de soleil qui entraient dans son salon.

L’accueil fut chaleureux, elle m’attendait pour mes heures de présence, pour le soutien et l’échange que je lui avais promis. Elle était enveloppée de la couverture synthétique douce, qu’elle appréciait tant chez sa belle mère. Elle n’était pas bien encore, mais le ton de sa voix n’avait plus la désespérance perçues lors des visites précédentes. Il y avait un mieux. Etait-ce le chemin vers la guérison ? Certainement, la voie était bonne.

Sa main dans la mienne, j’essayais d’être attentif à ses souhaits, à ses émotions. Je veillais particulièrement à faire mémoire des points qui l’avaient touchées. Ceux-ci constituaient  pour moi, les éléments de la trame à dresser au-dessus du vide qu’elle percevait en elle et assurer ainsi  son soutien futur.

 Comme la lignée directe des mères était en souffrance, j’essayai de raviver les souvenirs qu’elle avait pu avoir de Grand-maman, ma mère qu’elle avait connu jusqu'à ses dix ans et qui venait quelques minutes auparavant de réapparaître dans mon souvenir. « Castor pacifique » était son totem guide. L’image de cet animal au fond la décrivait correctement. N’était-elle pas, besogneuse, présente, attentionnée. Avec ma fille, nous évoquions sa présence, les moments de rencontres passés, avec émotion d’ailleurs. Elle retrouva immédiatement la grande proximité et la présence sécurisante dont elle avait bénéficié un jour où elle venait loger chez elle.

Un nouveau point d’appui venait d’être retrouvé dans son champ de perception.

 Au fond, ma mère s’était aussi sacrifiée pour ses enfants, en mettant de côté ce qui faisait son originalité, sa créativité. Connaissait-elle son carnet de dessin illustrant l’histoire du vêtement féminin que je venais juste de redécouvrir. Petit chef d’œuvre de méticulosité artistique qui avait fait notre admiration d’enfants. Ne s’était-elle pas aussi coupée pendant des années de ses ressources personnelles ! N’avait-elle pas construit sa vie en s’oubliant. Elle s’accordait pourtant chaque jour, dans le fauteuil, un temps rien qu’à elle pour lire son feuilleton. Cette pause, décidée, m’avait marqué. Pour affronter ses tâches monotones et répétitives, elle prenait au moins ce temps pour elle.

Ma fille s’était lancée à fond dans le même rôle, donner à sa famille, et en plus se dévouer dans son métier d’infirmière, très prenant. Qu’avait-elle pour s’épanouir actuellement, s’était-elle créé un espace personnel, un espace d’attention  à ses envies profondes. Réserver du temps pour elle. Elle devait en réserver pour la petite fille désespérée qui venait brusquement de réapparaître.

« Est-ce que j’étais joyeuse, petite ? me demanda-t-elle»

Hélas non.  Déjà dans sa plus tendre enfance, à peine un an, Jacqueline, un amie, m’avait déjà questionné sur son fond de tristesse. Je n’en avais rien vu mais mémoriser par contre cette interpellation. Signe extérieur d’une rupture?

 Elle allait mieux visiblement. Elle était dans un questionnement serein, constructif pour clarifier, voir, trouver l’endroit à soigner. Elle allait mieux car elle avait lu depuis la dernière fois, un peu du livre d’Anselm Grün, Oh pas beaucoup, des petits récits à propos des anges, trois pages pour chacun seulement.

Cette lecture l’avait réconfortée. Du « Petit traité de spiritualité au quotidien », je lui fit la lecture de l’ange de la tendresse, pour qu’elle s’imprègne des moments partagés avec sa sœur, les moments de grâce et qu’elle en fasse mémoire. Elle pouvait aussi se souvenir de la présence tranquille et apaisante de Grand- maman.

Ses inquiétudes remontaient encore mais moins pressantes, moins envahissantes.

 En reprenant assise sur le divan trois places, elle souhaita mettre à nouveau sa tête sur mon giron. Et l’on repartit ma main sur son front, pour un temps de méditation.

Elle me fit part de son progrès pour écouter sans trop de peine le tic-tac de l’horloge. Elle le suivait quand elle était seule dans son univers pendant les heures d’école, sans panique, sans peur, par les deux oreilles à présent.

Ce fut l’occasion de lui transmettre la profondeur d’un moment de mon enfance quand j’observais l’horloge, couché sur le divan familial. Je regardais les aiguilles, la petite et la grande partir à l’assaut du cadran de la comtoise. J’écoutais le rythme lourd et monotone du balancier, le cliquetis du mécanisme et me laissais bercer par le temps. Chez Bonne maman, ma grand-mère, combien de fois, n’ais-je pas aussi écouté son régulateur, simplement en le laissant égrainer le temps.

Petits moments de présence au quotidien, souvenirs de reliance au moment présent qu’elle avait perdu et que j’essayais de raviver en elle.