04/11/2012

Le chant existentiel.

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En cherchant un numéro de téléphone dans le répertoire du GSM, je fus surpris de constater que le premier numéro de la liste était celui de ma fille aînée. Une manipulation précédente en était sans doute la cause mais je l'avais perdue de vue. A présent ce rang un m’étonnait. De voir ma fille aînée en première ligne était tout à fait à l'ordre du jour. Elle était devenue à nouveau le centre de nos préoccupations. Sa déprime aiguë était de nouveau là comme si tout ce qui avait été tenté pour l'effacer n'avait servi à rien. Elle était revenue à la case départ.

Sur Internet dans un dossier sur la dépression, j'apprenais que les risques de rechute étaient élevés. Je n'en avais pas été conscient ni averti. Sa vivacité en vacances m’avait assuré du contraire.

Début de semaine son compagnon m'avait appelé au secours pour assurer un soutien affectif le lendemain comme antidote à la scène qui l’avait rappelé de son travail. La situation était dramatique. Les neuroleptiques et les somnifères n'avaient pas fait bon ménage. Avait-elle forcé les doses ? Sans doute. Dans son état, il ne fallait faire qu'une chose : attendre que les effets se dissipent.

A mon arrivée, la nuit avait déjà fait son office. Elle était consciente et désespérée. Son mal-être sur sa figure émaciée faisait peine à voir. Elle était mal en souffrance psychologique et physique. La  rechute était claire, nette ; la reconstruction apparente de sa personnalité n’avait été qu’éphémère. La thérapie avait pas été faite sur des fondations qui n’étaient pas solides. Tout s’était écroulé.

Les quelques heures que j'allais passer avec elle, permettraient sans doute de la réconforter, de la soutenir. Pourrait-on remettre en place quelques points d'appui pour assumer un minimum de soins à elle-même et à ses enfants, à leur retour de l'école ? Sa blessure primordiale était de nouveau ouverte, béante. Son mal-être à fleur de peau sortait par tous ses pores. Il me restait à l'écouter, la panser sans trop savoir qu'elle était l’onguent adéquat, idéal.

Les plaies de l'âme siègent profondément enfouies. Ont-elles un antidote, une médication ? Interrogation fondamentale difficile à appréhender car la vie des uns et des autres est tellement différente. Trop d'incidents peuvent les avoir causées dans un passé lointain, dans des moments d'inattention, d'incompréhension.

Quels sont les mots à dire,  les soins à donner, les papouilles à offrir ?

Revenir aux points forts de notre histoire familiale, retrouver le souvenir des tendresses passées et ressenties, rechercher le suc des relations pour s'opposer aux idées noires qui se bousculent dans sa tête. Retrouver ce qui fait valeur à ses yeux pour s'y accrocher, pour dissoudre toutes les dévalorisations ressenties, subies dans l'enfance. A chaque idée négative, mettre en exergue un ressenti positif. Rester dans le moment présent pour percevoir la douceur soyeuse de la couverture qui la tenait au chaud, écouter le calme de l'environnement qui n'est pas un désert d'angoisse mais une présence bienveillante indicible qui permet d'exister de prendre place.

De la sentir ballottée comme un fétu de paille dans ses émotions, ses angoisses ses peurs, je m'accroche, je résiste, j’essaye d'être rocher pour qu'elle s'appuie et sente qu'un support existe dans sa turbulence. Que ce rocher, elle peut le ressentir en elle, qu’il est source de sa vie qu'il est aussi son appui. Elle me renvoie à une sensation d'enfance quand dans les bras de mon père, dans le fauteuil, il m'invitait à écouter les battements de son coeur à la fois comme un jeu, une exploration mais aussi comme source de sa vie, de ma vie, de la vie.

Où il y a vie, il y a espoir. Le moment fondateur n'était pas intellectuel mais perception. En la serrant dans mes bras pour lui infuser tendresse, compassion, force, ce moment du passé me soutient. Je suis passeur d'un bien précieux, je suis passeur de vie.

PS-La corrrection des textes est  assurée à présent par Nathalie C.