18/10/2013

Attention ! Rôdeurs !

peurs anciennes,rôdeurs,repères,vivre isolé

Sa réaction m'avait surprise à propos de nos vacances. Elle s'inquiétait auprès du propriétaire sur les rôdeurs. Son avertissement était pourtant simple. Interpeller les inconnus passant dans le parc était la moindre des choses. Les visites autorisées fin août auraient pu entraîner des visiteurs dès le début des vacances. Et puis n'était-ce pas logique lorsque les limites de la propriété sont assez floues ?

Elle s'était arrêtée au sens premier du mot. Elle y avait vu des voleurs potentiels pleins de mauvaises intentions à propos de son sac.

Sur place, sa hantise des portes fermées, l'avait poursuivie chaque jour

« Fermer à clé, pour les rôdeurs »

L'endroit de nos vacances était pourtant entouré de voisins, à distance sans doute mais y avait-il à craindre dans ce terrain de fond ? C'était une nasse qui n'aurait guère été fréquentée.

Notre environnement familial dans une rangée de maisons était bien différent. Ici tout le monde était vu par l'un ou par l'autre grâce aux jardins contigus. Un coup d'oeil embrassait cinq lots, minimum.

Ici c'était un rideau d'arbres -centenaires parfois- mais qui cachait la vue et toute personne partant à l'assaut du château pour y dérober les trésors de son sac. L'absence de bruits de rue contribuait au mystère. Un silence planait sur les lieux. À l'extérieur, surtout.

La communication d'une pièce à l'autre était difficile car les sons se perdaient ou s'atténuaient rapidement obligeant à être aux aguets pour saisir et situer l'autre, pour trouver sa présence sécurisante.

À percevoir sa fébrilité afin d'inviter les amis à passer quelques jours en notre compagnie, j'avais finalement compris que plusieurs craintes profondes l'animaient.

La première : n'être qu'avec moi en face à face, vivre dans l'inconnu, dans un espace sans limites précises pour elle. Espace tant intérieur, qu'extérieur : être sans son réseau de connaissances qui lui fait rencontrer, lors de ses sorties, les uns et les autres.

La deuxième : se trouver dans un univers peuplé de créatures malsaines qui se précipiteraient pour l'agresser, y compris le grand méchant loup. Craintes d'enfance qui rejaillissent et qui n'ont pas été effacées par une confiance absolue en soi, en sa nature débrouillarde et active. Plusieurs amis avaient fait défaut suite à leurs vacances bien remplies, leurs engagements déjà pris et l'éloignement de l'endroit.

In fine, seuls une amie et nos enfants viendraient nous rejoindre pour quelques jours.

Plusieurs fois, elle avait refusé de prendre l'initiative comme à son habitude de faire les choses uniquement réglées par elle. Elle me poussait en avant et se mettait derrière moi. Si elle gérait le connu avec efficacité pour la préparation du séjour, à mon grand étonnement, elle se réfugiait derrière moi et refusait de s'associer à l'événement quand il fallait le gérer en partenariat ce qui me changeait moi aussi.

Nous étions entraînés tous les deux hors des chemins battus et ce n'était pas rien de retrouver un semblant d'équilibre dans cet univers à décoder.

Sur place ce n'était pas seulement la propriété et sa gestion quotidienne qui lui créait problème, c'était aussi le manque de repères dans la ville, que nous voyions s'étendre au loin quand nous étions sur la terrasse.

Elle ne s'aventurait plus comme à la maison dans son univers commercial, dans ses boutiques, chez ses amis.

Elle attendait pour aller en ville, pour découvrir cet univers nouveau que je l'accompagne. Elle n'avait même pas confiance dans le GPS qui pouvait la ramener, saine et sauve, au bercail après ses expéditions.

Au fil du du temps, j'avais néanmoins constaté que pour circuler sur la rocade, il fallait avoir mémorisé les repères typiques du lieu, les directions, les noms de quartier et vu la présence de deux fleuves dans la vallée qui coupaient à tout moment les axes supposés de déplacement, il n'était pas possible de se fier à son intuition. J'en avais déjà fait l'expérience le premier jour, à mon retour de l'aéroport. L'organisation des carrefours était souvent adaptée aux lieux et au manque de place disponible et non aux grands principes de circulation comme en terrain plat.

Nous vivions non seulement un détachement intérieur par le bâtiment mais aussi un détachement extérieur par rapport aux réflexes habituels d'orientation. Et, en plus comme la ville était située dans une cuvette dans quelle que direction que l'on se tourne, se retrouvaient des profils montagneux. Repères changeant par leurs formes, par leurs couleurs, n'apportant à mes yeux, aucune précision. L'environnement immédiat était aussi rempli de bâtiments sans caractères qui semblaient les mêmes.

Je percevais aussi combien la force de l'habitude dans un univers connu permettrait de se déplacer à l'aise et sans difficulté.

Notre réseau d'amitiés et de famille, était bien éloigné et c'est avec plaisir que tous les matins, nous pouvions compter sur la bonne liaison Wifi mise à notre disposition. Non pas nécessairement pour des nouvelles mais simplement sur le fait d'avoir un cordon ombilical avec l'univers qui était la nôtre là loin au Nord.

(1) (Départ en vacances.

12/10/2013

Moments d'étonnements, moments de grâce.

ego,lever de soleil,étonnements

Les jours s'égrènent lentement. La chaleur nous surprend après un printemps et un début d'été qui n'en était pas. L'espace nous envahit nous éloigne du voisinage. Tout prend une autre forme, une autre dimension.

L'inconnu qui nous entoure laisse un vide angoissant à remplir, qu'il faut meubler par des points de repère.

La propriété est grande, elle a une limite que je cherche, les voisins sont rares, les quelques maisons sur le bas, semblent vides, la plupart travaillent et le matin, j'entends dans l'allée basse, le crissement des pneus de voitures qui s'éloignent lentement. Seuls les étudiants locataires au grenier et leurs réseaux apportent une animation déjà incongrue. Respectent-ils les consignes? Profitent-ils du départ des propriétaires pour s'approprier une autre partie des lieux ? Des allées et venues sont justifiées mais sont-elles habituelles? Je me sens un peu gardien, poseur de limite mais aussi en vacances. Les définir tout en n'ayant aucun droit.

Les portes de la cuisine et de la tour Sud, pour l'accès au second étage, sont voisines. Les chemins se croisent, les contacts sont distants. L'âge joue-t-il ? Est-ce notre statut, le rang social qu'ils nous projettent? Suis-je pour eux un prolongement du propriétaire ? À quel jeu me laisser prendre ? L'essentiel est la paix surtout, la beauté et la sérénité des lieux, la vie qui coule dans ce cadre inhabituel. Pourquoi l'encombrer de contraintes ?

L'escalier monumental intérieur m'obsède; par la taille de sa balustrade qui va jusqu'à fermer la mezzanine, par sa rampe en cordage d'amarre de navire, son vitrail. À lui seul, il occupe tout l'espace, sous un plafond en caissons décorés discrètement. Seul avantage, l'air frais qui fait un léger courant d'air bien apprécié lors de la chaleur de l'après-midi.

Lorsque les portes d'entrée sont fermées le soir et que la lumière en bas est éteinte, grâce à l'interrupteur de la première installation électrique, j'utilise une lampe de poche pour atteindre l'escalier. Je ne sais où est  celui qui allume à l'étage. Il se cache ou il n'existe plus.

L'obscurité tombe derrière moi et je me presse de retrouver la sécurité de l'étage plus étriqué, plus rassurant. Les fantasmes s'agitent prêts à me posséder. Je raisonne, je suis adulte. Il n'y a donc rien à craindre. Tous mes repères ont disparus, je ne sais plus spontanément où sont le Nord, le Sud. Les chemins vers la ville me perturbent, ils sont tellement différents.

Est-ce l'âge qui prime ou simplement ce que l'on appelle le dépaysement. J'arrive à peine à m'orienter, à poser des repères dans ces espaces inconnus.

Par la fenêtre de la salle de bains, j'admire un lever de soleil, la nature m'a tiré du lit. J'en profite pour admirer les différentes courbes qui se succèdent vers l'horizon, vers la montagne, en face, d'où est descend le fleuve. Depuis mon cours de dessin, je connais la valeur des ombres, je les observe, je les analyse. J'ai augmenté ma perception des couleurs, des blancs, des gris, je les perçois dans l'aube naissante.

Le bâtisseur futé qui, lors de la construction, plaça les fenêtres pour bénéficier du soleil levant devait aimer la préséance de sa fonction et la reconduisit dans ce bâtiment avec une chambre de plus de cinquante m², pour recevoir son ego. (1) Pour son bain matinal l'été quand il faisait beau, ce qui était fréquent, il avait le soleil sur le dos pour se réchauffer. C'était un connaisseur! Même les pierres surplombant les fenêtres de sa chambre ont des décorations supplémentaires. Il entendait faire savoir qu'il était le premier, le plus important, le maître. Son bâtiment était comme un navire, sa proue, la tour Est montrant sa puissance à ceux qui habitaient la plaine, Le flanc droit n'a pas cet aspect belliqueux, revêche, il est agréable ouvert sur le parc, confortable. Dans son intimité, loin de l'agitation, il profite de la nature. Les fenêtres s'ouvrent sur un parc nivelé, dans le creux de la combe, et sur une grande terrasse surplombant l'orangerie d'où l'on observe la ville. Dans son intimité, il se veut plus abordable, replié, discret.

C'est la bonne saison: tout semble parfait mais je ne m'imagine pas l'hiver ici. Je préfère mon petit intérieur discret bien chauffé avec tout son confort.

Faire provision de bien-être, de sensations pour plus tard, y repenser avec plaisir et satisfaction sans les soucis d'une propriété pesante, mangeuse d'énergie.

Bénis soient les liens qui m'ont ouverts leurs portes !

(1)  ( Le clos des combes.)