11/07/2007

La coïncidence


hasard,coincidence,decrochage scolaire

La théorie.

Sorti au bon moment de la bibliothèque, comme une messager chargé de m’éclairer, un livre m’apporta un cadre de référence.

Ainsi l'inexprimable peut-il s'ériger en spectacle où l'adolescent met en scène un drame joué à plusieurs. Cela arrive dans des familles où la structure symbolique est désorganisée. L'adolescent devient l'enjeu des désirs inconscients des générations précédentes. Avec son symptôme bruyant et confus (décrochage scolaire grave, tentative de suicide, prise de drogue, délinquance, violence, l'adolescent dévoile ce qu'il y a de raté dans les générations précédentes sans pouvoir le dire avec des mots.

(Le mal d'être moi--Abords pluriels de l'adolescence - Textes collectifs. Dir Ph van Meerbeeck - Deboeck Université) 


Ce texte lu en soirée se baladait dans mes insomnies, dans ces retours à la surface de la conscience pour essayer d'intégrer les messages qui semblaient sourdre d'un univers hors de ma portée.
Comme une obsession les mots, les phrases essayaient de se mettre en une suite logique, cohérente pour dire enfin ce qui n'avait pas été dit, ce qui avait été caché dans ma lignée familiale, dans nos lignées de famille.


Le sens.


A ce paragraphe lu s'ajoutait émanant des autres textes le sens de la lignée, le sens de la transmission de père en fils, de grand père au petit-fils. La mort inscrite dans le texte du fils se présentait à nouveau, d'une manière violente non plus sublimée comme dans un de ses dessins d’enfants qui autrefois m’avait coupé le souffle par sa violence.
Mort et violence, la mort par la violence, la mort qui frappe engendre la violence. La mort volait, privait celui qui restait. Qu'avait été la mort dans ma vie ? La mort de mon père ? Qu'avaient été lorsque j'avais son âge, les événements qui m'avaient agités ? La liaison était nette, claire.
Le fils se lançait à nouveau dans cette mise à mort symbolique de l'état d'adolescent que j'avais connu quand papa était mort. A vingt ans, à mes vingt ans.


Le tableau de Magritte.


Sur ce tableau observé quelques temps plus tôt, se trouvait à cote d’une femme figée en manteau pesant, symbole de froideur, de tristesse, un corbeau noir symbole de la mort. Atmosphère sinistre qui revenait en surface, insistante. Après ce premier aspect donné, il y a quelques mois, j'en recevais à présent l'autre dans le même registre. La violence, la mort devait s'expliquer quelque part.
Nuits agitées qui mélangent les émois, les problèmes. Shaker de la mort, shaker de la violence.


La lignée.


Quel était le sens des angoisses que je vivais à l'âge où mon père avait véçu la mort du sien et était précipité orphelin en dehors des études secondaires. Que signifiaient tous les symptômes qui m'assaillaient ? 
C'était comme si Papa avait induit en moi, un blocage intellectuel et une violence. Violence faite à son ambition, à ses désirs qui m'étaient transmis et me laissaient intellectuellement impuissant. Avec des mots, j'achevais au fils le récit de mon histoire de ma difficulté à vivre la perte de Papa. Sa tristesse à lui, à mon âge, mes difficultés scolaires. Le parallélisme entre sa rupture, son décrochage scolaire, sa fugue avec la voiture, l’enlisement. Tout dans la période de temps de la mort du grand-père paternel.
« Théorie » me dit-il.
Vraie ou fausse, j'avais la certitude que ces mots ne pouvaient rien faire s'ils étaient du vent, que ces mots pouvaient toucher quelque part ce fils en rupture d'école. En racontant cette histoire de filiation, touchée par des morts successives, ma gorge se nouait au point de m'empêcher de déglutir, de perdre ma voix.


"Théorie!" était-ce là l'effet d'une théorie.