05/01/2012

Hommages posthumes.

Bouleau-Nicky 6839.JPGCe 18 Décembre, une tension interne me poussait à repasser les événements de la journée d’hier, à revoir les interactions, les confidences qui auraient pu marquer la visite de nos 2 filles lors du repas de midi, pris en famille. Le sommeil m'avait quitté pour cet exercice et j'essayais d'apaiser par une respiration lente et profonde mon agitation mentale. Sans cet épisode nocturne je crois que je serais passé aux activités habituelles de la journée en manquant ce travail de mémoire.

Ma plus jeune fille était arrivée la 1ere avec ses 2 fils. Elle s'était couchée rapidement sur le divan. Elle souffrait d'une indigestion et  contrairement à son habitude, n'avait guère, la pleine forme. Le repas trop gras de la veille précisait -elle l'avait mise dans cet état. Une bonne heure plus tard à l'arrivée de l'aînée et de ses enfants, nous étions passés à table. Au repas  les convives n'avait pas fait grand cas des plats présentés. Les enfants n'appréciaient apparemment que le potage sans légumes apparents. Ils  faisaient la fine bouche devant les morceaux qui nageaient. Pourtant nos filles selon ma mémoire n'avaient jamais fait d'histoire avec les morceaux de légumes. La nourriture n'avait pas été le champ de bataille que je constatais à présent, avec toutes sortes d'intransigeance vis-à-vis des formes et des goûts qui touchaient leurs papilles. À me dégoûter de  faire des efforts dans ce domaine. Manifestement mon clan n'appréciait plus les menus de leur enfance. La nourriture était-elle devenue un langage d'affirmation, de rejet. Même la bûche de Noël ne trouva qu'un intérêt distant. Et pour une fois que j'avais fait le pas d'en acheter une. 

Y avait-il autre chose qui plombait l'ambiance?

Après le départ des enfants en fin de repas, pour le dessin animé digestif, nous avions eu l'occasion d'échanger. Qui avait lancé le sujet, L'aînée sans doute pour rapporter à la plus jeune, ce qui s'était passé chez la praticienne de bio énergie. La communication établie, j'avais lancé le sujet autour du deuil de la grand-mère de ma femme et mentionné que la mère de celle-ci était morte un 19 décembre. La consultation de bio énergie et sa révélation avait ouvert un courant d'émotion qui résonnait chez leur mère par sa bronchite asthmatique. Le faire-part de décès de l' arrière grand-mère de ma femme dissimulé dans l'agenda familial par mon épouse, fut mis à table. Elles pouvaient ainsi faire virtuellement le lien avec Philomène la mère de Germaine qui avait disparu à 30 ans et que ma plus jeune représentait car elle était née à la même date que sa mort, en mars.

Qu'avait dû être le poids du deuil de cette grand-mère qui devait prendre en charge moralement ces 3 petites filles. Qu'avait-elle vécu? exprimé? À mon avis il ne fallait pas l'oublier car elle avait aussi porté le flambeau du deuil déchirant à ses petites filles.

Interrogé, mon aînée confirmait qu'elle avait à peine commencé la lettre de condoléances à son aïeule Germaine comme la dame de la bioénergie lui avait recommandé. Elle semblait hésiter devant la proposition courante en psychodrame d'utiliser un courrier pour extérioriser la détresse qui  l'avait envahie, pour créer la catharsis, et évacuer  les émotions du deuil non fait par la parole. La somatisation où la tentative d’éliminer par les voies digestives les émotions qui accumulaient à ce sujet était une impasse.

Il me semblait qu'on parlait à la fois de Philomène et Germaine, mère et fille, sans pouvoir distinguer de qui il s'agissait. Dans la  pile du temps, nous étions autour de la date du décès de Philomène(*). Je penchais plus pour celle-ci. Il fallait quand même noter que le 1e marasme de l'aînée avait été oublié et espérons le, dissous à partir du 17 mars  date du décès de Germaine et que le 2e marasme de ma fille s'était développé dans 1 période de temps qui précédait le 19 décembre date du décès de Philomène. Par contagion, mon épouse avait résonné au niveau des bronches et confirmé ainsi qu'il s'agissait bien d'elle. Une tâche importante restait à faire. Notre fille et ma femme devaient extérioriser la souffrance enfouie en s'inclinant sur leurs tombes pour y déposer une fleur, une lettre. Circonstances aggravantes, elles négligeaient le lieu de leur sépulture. (**) Cette  double tâche pouvait être faite à leur niveau. Elles pouvaient s'incliner ensemble sur les tombes. Probablement qu'aucuns mots n'avaient été, dans l'histoire placés sur ces événements et à l'image d'un secret de famille, le deuil non-fait s'était transmis dans la lignée des mères pour les toucher l'une et l'autre. Hasard de la vie. Mon épouse venait le matin même de ce petit dîner via un groupe d'animation des funérailles en constitution de faire sa 1e intervention concrète au funérarium. Et quoi que l'on puisse objecter, je considérais cette circonstance comme fondamentale. Dans sa démarche extérieure, mon épouse prenait ses références, son expérience. Il  était plus que souhaitable pour la lignée qu'elle se l'applique aussi à elle-même et qu'ensemble elles honorent les aïeules.

(*) http://ale-gensyn.skynetblogs.be/archive/2009/11/03/philo...

(**)http://ale-gensyn.skynetblogs.be/archive/2011/08/05/promenade-d-avril.html

05/08/2011

Promenade d'Avril.

mariage,compagne,lignées des mères,hérédité,deuil non faitLa promenade de l’après-midi s’était terminée par quelques minutes de conversation dans la voiture. Ne dit-on pas que ce sont les derniers mots qui sont les plus significatifs, qui seuls comptent. Alors qu’avant tout n’avait été que rapport d’activités, nous étions à ce moment entré dans le domaine de l’être. Le sujet n’était pas neuf, le problème posé non plus. « Va-t-il me marier ? ». « Va-t-on se marier un jour ou l’autre ». Ce statut de compagne lui torturait à une fois de plus l’esprit.

Allaient-ils un jour ou l’autre aux yeux de tous convoler en juste noce ?

Dès l’après-midi, à propos du menu de la future fête familiale, elle avait proposé celui qu’elle choisirait si l’événement était fixé. La question l’obsédait, la torturait profondément. Une chose était certaine, elle était la mère de ses enfants. N’était-ce pas suffisant pour qu’elle se sente  rassurée, du moins le temps où elle était indispensable en tant que mère. Mais la question posée était, «  De qui suis-je officiellement la femme ? » . Qui va me valoriser en tant que femme, me faire épouse en bonne et due forme. A l’aube, le lendemain bien avant l’heure normale de l’éveil, ma tête tourbillonnait de pensées incompatibles avec un sommeil profond. A la liste des choses à faire, une phrase connue s’était glissée. « Ce que l’on ne veut pas voir de soi, fini par arriver de l’extérieur comme un destin ».

Comme si la chose était difficilement pensable, comme si elle ne pouvait être mise en mots, clairement d’un coup, la question de ma fille posée dans l’espace clos de la voiture hors de portée des jeunes oreilles de son fils, était posée au système familial. Elle l’était aussi, par ricochet à ses parents et ses grands- parents successivement, de mon coté, du coté de son compagnon. Que signifiait sa question à l’échelle des générations ? Etait-elle posée pour la première fois et pourquoi chez elle, l’aînée.  Qu’est ce qui l’avait poussée à choisir ce chemin, à se lier à un homme qui l’avait entraînée dans cet espace de souffrance en ne voulant pas comme la plupart des couples de leur age, la marier. Un impensé la travaillait aussi et n’était-ce pas comme un pacte tacite entre eux, de s’accorder secrètement derrière leur théâtre quotidien sur ce non-dit à propos d’un couple blessé tant au  niveau de ses grands –parents que de celui de son compagnon.

Dans chaque lignée, la double nature des actrices de la vie familiale était présente -femme et mère. Les deux rôles existaient-ils de concert, s’excluaient-ils l’un l’autre. On était l’un tout en perdant la possibilité d’être l’autre comme si la fusion à défaut de la cohabitation bienveillante ne pouvait être envisageable. L’on était l’un ou l’autre à l’intérieur d’une entité d’un concept qui n’avait qu’un acteur. Par les évènements dans sa lignée matrilinéaire, il y avait un  couple réduit, un couple monoparental comme dit la société actuelle. La situation passée n’était pas un choix mais une fatalité.  Etait-ce un fait familial ou vu le nombre de divorces n’était-ce pas l’émergence d’une question de société, à un niveau plus élevé dans la hiérarchie des groupes. Mère et Femme ! Père et Homme !

Que s’était-il passé face à cet aspect dans les générations précédentes.

Y avait-il dans leur quotidien, dans la mémoire collective et familiale des indices, des faits, des histoires qui mettaient à jour cette question fondamentale homme ou père -  femme ou mère ; duel ou duo. Avaient-ils eu le temps de se poser cette question existentielle, enfermés qu’ils étaient dans un quotidien lourd d’activités contraignantes et dans un milieu rigide qui n’autorisait toujours pas sous peine d’exclusion, aucun écart et qui ne valorisait positivement qu’un seul rôle celui de la mère. La priorité ne semblait pas se situer de ce coté mais plus tôt vu sa demande au niveau du mariage qui consacre d’abord le couple formé par un homme et une femme.

Par toutes les phrases entendues à propos du couple, au cours de notre vie conjugale, une image avait été mise en valeur et ses caractéristiques résonnaient encore à mes oreilles. Le couple était comme un état mystique, inaccessible, situé sur une autre planète, à laquelle on pouvait accéder par la magie de la formation, par des soins et des conseils donnés par un spécialiste. Y ajouter un brin de bénédiction, même de sacrement des malades semblait indispensable à sa bonne santé. Tout était possible dans cet espace, tout était impossible en dehors. Il fallait donc soumettre son attention vigilante pour faire plaisir à l’autre, il fallait offrir des petits objets en signe de reconnaissance en un mouvement perpétuel d’adoration, de tentative de reconnaissance. Le mouvement se tournait vers l’extérieur, vers un pays ou l’on pourrait vivre, exister, être parfait, un pays situé non pas dans la réalité quotidienne mais là-bas dehors quelque part dans un endroit mystérieux qu’il fallait chercher par tous les moyens. Phantasmes d’une petite fille privée du couple de ses parents, qui perpétuaient dans ses propos et ses images mentales, le couple virtuel qu’aurait formé Bon papa et son épouse, car celle-ci n’est- ce -pas, n’était pas morte. Elle vivait dans le pays des couples mythiques. N’était ce pas là dans ce pays que sa fille avait fait son vrai voyage de noces après la naissance de son premier enfant. Voyage à la fois tant désire et tant craint au moment du départ car elle reprenait le chemin de la petite fille qui 20 ans plus tôt se rendait au chevet de sa mère mourante. Voyage pour lequel elle avait placé sa propre fille, chez ses sœurs. N’était-ce pas dans ce même pays que celle-ci m’avait rencontré dans un remake dont elle ne percevait pas le sens mais qui concrétisait l’espérance de sa mère, reconstituer le couple fondateur à jamais dissous par la mort de la grand-mère au sanatorium suisse. Si la patrie du couple était inaccessible par son absence, il avait fallu pour continuer à vivre, se trouver un chantier fixant l’attention, non sur l’absence trop dure à vivre mais partant sur tout ce qui environne le deuil, sur tout ce qui leurre l’esprit. La personne réelle soumise à la mort n’existait plus, seule existait une fiction focalisant les intérêts et les attentions. Cadeau signifiant uniquement dans l’univers d’un enfant de cinq ans, cadeau inadapté à l’autre, à ses souhaits, cadeau à cette entité virtuelle disparue.

De plus en plus, par l’influence des constellations familiales et la notion de rendre à chacun ce qui lui appartient, la nécessité de rendre hommage à Germaine était apparue. Mais pour rendre hommage à Germaine, il fallait s’incliner sur sa tombe, il fallait dans un jeu de rôle lui rendre sa relation avec Louis et accepter que tout en appartenant au système familial, ils reposassent côte a côte, définitivement dans la sphère des ancêtres.  À deux reprises, depuis la mort de Cécile, pour reprendre ce qui nous paraissait le flambeau, nous avions essayé de porter des fleurs sur la tombe de ses grands-parents, à la Toussaint, sans succès. Une première fois la porte du cimetière se fermait, une deuxième fois, l’adresse de la tombe n’était pas correcte et nous n’avions pas trouvé l’emplacement. Dans sa mémoire n’existait aucun souvenir d’y avoir été avec sa mère, d’avoir lors de son enfance été porter des fleurs sur la tombe de sa grand-mère ce qui semblait selon la tradition fort improbable. Etait-ce la grande difficulté de sa mère à tourner la page sur cette douleur d’enfance qui expliquait l’obscurité complète et l’absence de démarche. Une impossibilité semblait exister quelque part de simplement remettre ce couple fantôme dans la durée courte de son histoire. Après la soirée de constellation familiale et la session effectuée par notre fille Céline en fin d’année  dernière pour tenter de renouer avec l’énergie féminine de la lignée matrilinéaire, mon épouse avait décidé de se rendre au cimetière avec sa sœur. Puis la visite avait été reportée de mois en mois et la volonté d’agir semblait à présent se dessiner pour Avril 2004.

 Au week-end de Pâques, le lundi 12 Avril dernier, ma femme avait interpellé à nouveau notre futur beau-fils sur son intention de marier officiellement notre fille dans une tentative un peu anachronique et incongrue. Ce point particulier était d’abord de leur intimité et de leur choix mais elle n’avait pu retenir les mots fatidiques. Ce n’était plus de son ressort, du nôtre. C’était leur choix, leur histoire même si cela représentait une souffrance pour nous de ne pas avoir fait la fête de la même manière pour nos deux filles. Il fallait leur laisser encore du temps pour que les choses mûrissent et leur déménagement, dans une nouvelle maison, les préoccupait plus que cette cérémonie. Parallèlement de mon côté, j’avais aussi accompli en début de mois un geste représentant le deuil d’un mariage public selon la tradition. Un pas important fût fait pat le versement du montant resté disponible pour les cérémonies de son mariage. Elle choisirait d’en faire usage, sans doute pour s’installer et acheter des meubles pour son nouvel univers. Habiter une nouvelle maison était aussi un signe public valable de leur engagement face à la société. La décision leur appartenait et cet élément financier disparu, elle devait être encore plus libre d’assumer leur situation et de la gérer à son niveau.  Après bien des hésitations, la fameuse visite fût entreprise le 16 Avril. La réalité de l’histoire familiale avait pris le pas sur les phantasmes et le non-dit. Le couple des grands-parents reposait à ses yeux dans le même endroit. Sa grand-mère  retrouvait sa place dans la lignée maternelle. Le couple mythique était mort et enterré. Il ne restait plus qu’à soigner le flux de l’énergie féminine qui avait été rompu par la mort prématurée.