27/06/2011

Féminité, année 2000.

hérédité,grand-mere,féminité,amazone,pylore,digestion difficileNous étions enfin assis à la table du restaurant chinois, visité pour la première fois pour échanger, pour nous retrouver un peu dans notre relation père-fille, pour en parler, pour la clarifier, la renforcer. L’espace d’une table semblait idéal. Quoi de plus simple que de parler au rythme de l’activité feutrée qui règne dans un restaurant exotique. Ne fallait-il pas profiter de l’ambiance, du moment de grâce de cette rencontre à deux pour nous dire entre père et fille pour que cette relation se décante et s’estompe sans doute au profit de l’autre relation qu’elle vivait avec son ami. De fille, elle devait devenir femme avant tout d’ailleurs ne devait-elle pas aussi clarifier sa relation à ce qu’elle était intimement dans sa nature. Les mots, les pensées se succédaient dans notre conversation joyeuse et difficile à la fois, vu son mal être physique face à la nourriture et au blocage de son estomac.

Qu’avait-elle voulu soigner en devenant infirmière? Etait-je dans sa réalité, dans ma réalité dans ses phantasmes? Tout ne se ferait pas aujourd’hui, ni demain, il fallait beaucoup de temps pour que les évènements de la vie délient ces liens tissés entre la fille et le père, entre la fille et sa mère.

Que clarifier dans le domaine des mères, de la sienne, de la mienne, de celle dont j’avais rêvé, de celle dont j’avais eu besoin, de celle qu’elle avait reçu, de ses grand-mères dont elle souffrait tant par leur absence que par leur silence.

Dans ce tissu de relation, il fallait être, avancer, choisir, le sujet le plus pressant, le plus urgent pour avancer pour qu’elle ne souffre plus physiquement de cette nourriture qui ne passe pas, Souffrir était en relation avec s’ouvrir. Il fallait que son pylore s’ouvre.

Phantasmes de ma part. Imaginaire. Imagination.

L’ambiance brusquement me ramena sur terre, me ramena à l’essentiel. Nous étions dans un restaurant pour échanger, pour manger. Tout mon discours se figea à la vue des tableaux qui ornaient la paroi du restaurant en face de nous.

Deux immenses tableaux décrivaient une ambiance qui n’avait rien avoir avec la chine, avec le style de ce pays. Le premier en face de nous était a lire, a décrypter dans l’enchevêtrement des lignes et du personnage. C’était une amazone, armée d’une arbalète.

Les détails furent effacés ma mémoire tant l’impression globale me transperça, comme une de ses flèches aurait pu le faire. Fondamentalement c’était une attitude de femme, la guerrière, celle qui revêt une attitude d’homme et qui rejette sa féminité profonde pour en prendre une de combat, contre sa nature la plus intime de femme. Basta, pas de féminité, il faut s’affirmer comme un homme.

L’autre tableau situé à droite, dans la partie avant du restaurant, présentait une attitude totalement différente. C’était une musicienne qui occupait le centre de la toile tout occupée à son art, entièrement féminine. Etait-ce une muse de la musique, en tout cas, son attitude d’accueil, d’abandon à une vibration harmonieuse se manifestait.

Le thème de notre entretien que je voulais fonder sur la place du père, la place de l’homme se dessinait en écho sur le mur par son complément, les attitudes que la femme pouvait avoir face à celui-ci. Mon attitude intérieure sur la place de l’homme en moi m’était renvoyée de l’extérieur, par les deux peintures et par les attitudes des femmes peintes, celle qu’elle pouvait rejeter ou faire sienne Le débat entre elle et moi recevait pour entrer dans la conversation, la présence de deux tableaux qui d’une part confirmait que pour parler de l’homme, il faut parler de la femme,que pour parler de l’homme, il faut parler de la femme.

 Qu’elle étaient les images qui étaient véhiculées dans la famille et dans la belle-famille.Que nous disait le moment.

Pas plus tard que les quinze derniers jours, nous avions été surpris par la prise de position de la grand-mère maternelle au sujet de la fécondation artificielle, qui ouvrait à ses petites filles, la possibilité de choisir le sexe de ses enfants. D’après elle, il fallait choisir le sexe masculin car disait-elle les hommes ont plus de facilité dans la vie et moins d’ennuis, parce que sous entendu, c’est une engeance d’être une femme. Il y a avait un relent de révolte,et j’y retrouvais l’esprit de suffragette que j’avais déjà perçu dans d’autres conversations.

Les hommes abandonnent les femmes et le fait de parler d’un couple recomposé entraînait chez elle de vives émotions et un tonus de voix qui montrait combien cette situation était pour elle, inacceptable. Curieusement elle avait encore sur un de ses murs, lui venant de son père un médaillon d’une aïeule accompagnée d’une tresse de cheveux en souvenir de la pauvre femme qui avait du élever ses 8 enfants alors que son mari l’avait quittée pour aller en Australie.

Oui les hommes avaient un crédit relativement bas dans son imaginaire, par contre les pères et les maris étaient sur un piédestal.

La place, dans le quotidien des femmes,des filles, tendait d’une certaine manière du côté des battantes un peu comme cette amazone, pour faire feu de tout bois dans le champ viril des hommes, contre lesquels elles partaient en guerre. Il y avait comme une sorte d’élimination de la qualité virile de l’homme entraînant une mise à l’index de ce qu’est sa vrai nature.

Dans mes branches ascendantes, les hommes faisaient aussi faux bond disparaissant beaucoup trop tôt et en abandonnant leurs femmes aux misères de la vie.

Nos familles réciproques avaient créé une légende, un mythe ou l’absence de l’homme se faisait de plus en plus connaître. Ce n’était pas pour rien qu’en moi apparaissait ce mythe de l’homme viril qui prend sa parole et qui ne s’efface pas dans l’espace social. Par mon image interne pauvre vis -à- vis de l’archétype de l’homme, je contribuai en creux  à accepter la surévaluation de la place du père et de la place du mari protecteur nourricier un peu comme un père prolongé de petites filles perdues ayant la crainte du grand-méchant loup. 

J30RestoNamur-2000