10/04/2009

L'impasse.

BW71-L'impasse-lgtLe blister de somnifère avait disparu du petit bac en plastique sur la tablette de l’évier. Pour une fois que je souhaitais en utiliser un, le tout avait disparu, consommé ou rangé autre part. J’allais devoir affronter seul, le malaise, l’énervement qui m’avait conduit à ne pas savoir fermer les yeux, et apaiser la nervosité qui me tenait éveillé, à cette heure indue.Au petit matin,après une courte nuit, les pensées se succédaient animées par des épisodes des rencontres de la journée précédente.
L’impasse.
Le but de mon déplacement était la visite du frère aîné à l’appartement qu’il occupait en solitaire, dans une rue de ma ville natale. Visite technique d’abord pour tenter de le connecter à l’Internet grâce à son nouvel abonnement Adsl qui devait lui ouvrir une communication plus large qu’avec le milieu familial dans lequel il était plongé à cause de sa thrombose et le sortir un peu plus de son isolement.Visite fraternelle pour revivre un peu plus le temps de liberté, de découvertes de notre parcours d’enfance commun, de parler du Blog « Le 178 » où il nous raconte. Visite de compassion pour l’entendre dans le drame qu’il affronte depuis que son cerveau droit à jeter l’éponge et que son coté gauche ne répond plus.Le rez de chaussée qu’il occupe, a aujourd’hui les deux volets relevés, coté rue, signe d’un progrès dans son enménagement. Pour le cacher du regard pesant qu’il ressent venant de la rue et de son imagination. Lui, le vert galant, le poseur, la coqueluche de ses dames, qui se traîne dans une fauteuil d’handicapé. Le destin l’a frappé durement. Comme pour ses volets, ouvrira-t-il ses mirettes.
La maison.
A y regarder de plus près,je le pressent acteur d’un drame où il reprend un rôle du passé, malgré lui. N’est-il pas victime d’un manque de paroles des générations précédentes, d’un attachement dont il n’a pas connu la dangerosité et qui l’a planté là, mystérieusement.
Pour survivre, quelques années plus tôt, dans une réaction vitale, il a acheté pour la rénové une maison ancienne pour y placer des locataires et capitaliser ainsi curieusement non pour ses vieux jours, mais pour son quotidien car il en occupe le rez de chaussée depuis 6 mois. Et pas n’importe quel rez de chaussée !
La coïncidence.
C’est celui du bâtiment qui en 1912 était occupé par le grand père maternel pendant sa jeunesse. On ne le savait plus, c’est une lettre retrouvée dans un tas de nos archives qui l’atteste.
L’histoire est un éternel recommencement. Fallait-il recommencer la construction d’une vie, rebâtir l’éducation de ces années-là, repartir sur d’autres bases, clarifier la fatalité, une hérédité morbide.
Dans cette branche maternelle ; deux hommes nous sont connus, notre grand père maternel, son frère, sa sœur dont le prénom commence par M et surprise selon la généalogie, un troisième frère dont notre mémoire ne garde pas de trace.Mort à Lourdes comme me l’avait dit, une vielle dame, de la génération de notre mère, tante d’une voisine. « Il n’a pas été rapatrié » avait-elle dit.en me donnant la photo de la grande tante M.
Le reste de l’information était resté dans sa mémoire car je n’avais posé aucune question, ni creusé ce coté là de l’information. Je n’étais sans doute pas à même d’exploiter et explorer cette piste.
Le frère du grand père maternel était parti par la tête, dans la tranche d’age où est mon frère. Etait-ce une mauvaise augure.Un autre fait aussi m’a transpercé ce matin-là, la maison des grands parents maternels rachetés par mon frère est en vente, l’affiche en atteste. Un cordon ombilical matériel va être coupé affectivement pour lui certainement, pour moi c’est l’aspect de silence qui me pèse. N’aurais-je pas eu droit à une information.Les branches familiales se séparent, c’est sûr. Il ne faut plus rêver au grand tout. Il y a un temps pour s’envoler, pour oublier. Il faut quitter mettre des mots sur les événements, sur les péripéties de la vie, sereinement pour partir nu comme nous sommes arrivés.
Les M.
Il ne lui reste plus qu’une grande liberté dans la tête, son corps cale pour tous les gestes. Comment pourrait-il faire » Alt - Control - Delete » sur son PC.Deux mains sont nécessaires pour exécuter l’opération.
Sa dépendance le déchire. C’est un survivant.
Dans son quotidien, son monde de connaissance sur roulettes, à l’hôpital de jour, un coup de soleil, un brin apaisement. Il me raconte quelques moments d’affection. Qu’elle joie pour lui, dans sa grisaille de recevoir l’accolade amicale d’une infirmière remplie de compassion.
Il a gardé son entregent, sa manière d’aborder les femmes, de se rendre intéressant, de draguer gentiment. Il me dit faire la conquête d’une handicapée dans les couloirs en file d’attente de soins de revalidation, de jouer avec les mots, par des sms de lui dire ce que en tant que femme, elle aime entendre.Il fantasme sur celle-ci et sourire entre nous son prénom commence par M comme ses amies d’enfance, d’adolescence, comme celle qui l’a plongée dans le stress et la surtension juste avant son accident vasculaire.Le M du prénom de la grande tante, de sa marraine. M comme le mot de mère, de maman, de matrice.
M comme le mot mystère.