10/05/2009

Souvenir d'école gardienne.

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Penché au dessus de l’évier pour faciliter le brossage matinal de mes dents, concentré sur l’opération qu’elle ne fut pas ma surprise ce matin là de voir apparaître, en image hypnagogique, l’énorme volet en bois de l’école primaire, dans sa position fermée. Tout enroulé au plafond il assurait le doublement de l’espace du premier étage de l’école des soeurs du village de mon enfance. Retour en enfance comme cela un matin d’été. Etonnement, question ? Que venait faire de grand matin, ce volet enroulé dans mon champ de vision. Etait-ce la conversation d’hier avec une habitante du village, rencontrée à un baptême, au sujet de cette même école où enfants nous étions élèves ?  Nous avions en effet évoqués des faits encore en mémoire que chacun y avait vécu. Il n’était pas question pourtant de ce volet. La conversation restait le facteur déclenchant, celui qui ramenait à la surface et dans son sillage quantité d’indices de cette époque. Mais qu’elle était la valeur de cette pièce en bois, quel en était le symbole ?


Le rouleau.

Ces volets en lamelles de bois, couleur brun clair, servaient fermés, à créer des espaces de fonction différente selon les périodes de l’année. A main gauche une pièce polyvalente comportant une scène et des coulisses avec devant un espace servant d’atelier de bricolage et de couture. Accessible par une porte qui en s’ouvrant entraînait un frémissement de la paroi tout entière, la pièce gauche occupée par une immense table, ne servait occasionnellement. Un escalier à gauche permettait de monter sur les tréteaux et d’entrer ainsi dans l’espace mystérieux de la scène. Zone interdite sauf lors de nos répétitions pour les activités de la fête de Saint-Nicolas et de la remise des prix de fin d’année scolaire. Sous ce plancher s’étendait un espace obscur de rangement qui nous était interdit et dont seul un rideau de tissu fermait l’accès.


La sœur supérieure.

A main droite, se trouvait la classe des grandes tenues par la sœur supérieure, personnage effrayant de cette période et dont le nom réveillait toujours chez ceux qui l’ont fréquentée les affres d’une éducation exigeante et sévère.

S’associait l’espace de théâtre signifiant à la fois l’affrontement angoissant du public des parents et les foudres de la sœur supérieure pour tous les manquements à la réussite des spectacles dont elle était le metteur en scène. Que de moments passés dans ces espaces pour assurer avec perfection et sous ses foudres le minimum de cohérence et de précision pour les spectacles de fêtes.

Ce volet signifiait dans la position où il était placé que l’espace était prêt, qu’un spectacle allait arriver prochainement et que le stress de tous était à son maximum pour réussir l’exploit d’impressionner les parents. Non seulement c’était ce volet qui venait dans mon champ visuel mais c’était aussi des images réelles de ma période à l’école gardienne qui étaient apparues sous forme de rêves. 


Le parallèle.

Enfant j’avais été l’objet d’une pression morale par cette même sœur. Son visage m’était apparu en rêve, en contre jour dans la craie de la porte alors qu’elle intervenait impérativement pour un contrôle de propreté, mis à découvert par son odorat. Le lendemain, au bureau, une collègue demanda de mes nouvelles, vu mon teint qu’elle trouvait pâle. « Une vielle histoire d’école me revient en mémoire » dis-je. « Elle m’oppresse et me donne le souffle court. ». Elle enchaîna à propos d’une sœur, mère supérieure, sadique qu’elle avait connu qui lorsque un enfant avait fait dans sa culotte, l’asseyait sur le poêle, piédestal provisoire pour lui faire honte et le punir. Etonnement de ma part, du parallélisme entre mes souvenirs non dévoilés et le contenu de son histoire. Elle me renvoyait en miroir un fait qui aurait pu appartenir à mon histoire d’enfance.