06/08/2012

A Posteriori,

dépression,remisssion,regard sur le passé,enfant blessé,enfant intérieur

Quatre  mois que je n'avais plus eu l'occasion de l'entendre dans un échange intime entre 4 yeux. Quatre mois que les circonstances de la vie l'avait tenue éloignée d'une atmosphère d’échange, de rencontres profonde et vraie. Dès la sortie de sa dépression d'automne dernier, elle avait repris son travail à mi-temps ses nombreuses activités et je n'avais pas eu l'occasion de pouvoir échanger. Elle restait maîtresse de son temps, de son activité et je n'avais qu'à attendre sa décision.

Ce lundi enfin, elle m'avait convié à un repas léger chez elle.

Qu'elle pourrait encore être mon rôle dans son histoire ?

Est-ce que j'étais déjà classé dans les archives, dans les souvenirs attendris que l'on sort à l'occasion ? Avais-je encore un rôle à jouer, un soutien à apporter? Au-delà de l'enfance et de l'adolescence qu'elle peut encore être le rôle d'un père ? Tout était fait pour qu'elle puisse être autonome,  tout était fait pour qu'elle puisse être en charge de son destin.

Etait-ce de l’ordre du service après-vente ?

Une certaine solidarité devait encore jouer sans doute, un soutien épisodique pouvait encore être apporté mais l'essentiel restait la reconnaissance des uns et des autres. Dans notre histoire c'était le moment des rencontres,  les d'échanges pour occuper les enfants,  le rite de l'appartenance, l'entretien de la mémoire et de la vitalité du clan.

Savoir que l'on n'est pas seul que l'on peut prendre appui sur la famille apporte une sécurité supplémentaire bienvenue dans la mouvance de la vie.  C'est la trame permanente dans l’impermanence de l'existence.

Hier, elle avait participé à une épreuve de jogging et courut pour une cause qui lui tenait à coeur. Le cancer du sein. Elle l’avait fait en mémoire de ma mère qui y avait laissé sa vie et pour une de ses amies qui avait été touchée dans son intégrité.

Elle avait réussi l'épreuve sans difficulté et s'étonnait d'avoir atteint le but en pleine euphorie. Elle avait bénéficié de son énergie vitale et avait senti en elle le bouillonnement de la vie. La force physique qui l’habitait. Avec fierté elle admirait cet exploit. Elle s'occupait de son corps qui la soutenait en bonne symbiose. Elle avait la joie de participer au mouvement et à la force de la vie.

Seule un émotion en fin de parcours l'avait prise à la gorge. Elle l’avait apaisée en se concentrant sur sa respiration, en se recentrant sur le moment présent.Elle se sentait forte de cet après-midi de ce moment intense qui la soutenait.

Elle me raconta alors le fin fond de sa détresse. Le trou noir dans lequel elle avait été entraînée et dont elle était sortie par miracle. Seule la corde la séparait de la mort. Ses enfants l’avaient sauvée. Petit à petit elle s’était reprise en charge et avait décidé de contacter l'hôpital pour un séjour en thérapie. Au téléphone elle avait reçu de sa correspondante infirmière comme elle, le nom d'une personne ressource qu’elle avait consulté. Comme elle avait tout  tenté, elle  doutait de cet ultime essai. Il avait pourtant ouvert un nouveau chemin, de nouvelles perspectives qu'elle avait concrétisée par une hospitalisation de jour, 2 ou 3 mois plus tard. Les séances d'art thérapie avaient-elles été essentielles. Du radeau de perdition malaxé dans l’argile, elle était passée à la mise en forme d’un papillon. Elle avait trouvé la voie du retour à la vie et pas seulement symboliquement. Puis elle avait repris son quotidien. Elle était observateur de son état de santé depuis le trou noir d’ou elle vivait son impuissance à demander de l'aide.

Elle était passée par petits pas à un vitalité de plus en plus grande et semblait là à présent en avoir fini de se détour au royaume des morts. Comme dans le mythe antique, elle était sortie de l'Hades.

Avait-elle complété sa métamorphose ? Reprenait-elle définitivement la route de la vie ? 

Depuis dans la pièce où se trouvaient tous les jeux d'enfants, elle s’était crée une petite pièce « Zen » qu'elle avait arrangée avec beaucoup d'attention et fièrement me l’avait montrée.

Elle avait crée un espace à elle où elle se pourrait, avec sa bibliothèque, dans son fauteuil se ressourcer l'esprit tranquillement.

N'était pas l'indice fondamental qui clôturait ces mois de souffrance d'isolement de détresse. Elle se réservait de la place, pour y faire son jardin secret, pour avoir un espace où elle pourrait reprendre force, un endroit refuge où elle pourrait en toute sécurité se ressourcer.

Elle n’était plus au service des autres pour appeler la compassion sur son enfant en souffrance, mais dans le soin de son enfant intérieur. Elle pourrait alors vraiment être au service des autres. Il n’y avait plus l’urgence.