10/03/2010

Le fil d'Ariane

Ariane

La table d’écriture se terminait. L’animatrice nous avait distribué le thème de la prochaine rencontre. Le « Voyage au coeur du labyrinthe. » Sous l’encadré du thème en 4 lignes, la photo en noir et blanc d’un labyrinthe.


Le thème.

Du texte, j’étais passé dans l’image de manière subliminale. Je venais d’être touché dans un lieu intérieur et en sortais groggy. Il n’y avait pas de mots pour décrire cette impression diffuse mais forte, de l’ordre du ressenti. Une vague d’émotion m’avait submergé et mis à l’arrêt, comme peut le faire un disjoncteur différentiel pour une installation électrique. Quelques instants plus tard, machinalement, je fouillais mon sac à la recherche de mon portefeuille sorti en début de session pour l’achat d’un livre, et ne le trouvais pas. Il avait disparu. Mon sac posé sur la chaise ne contenait que le grand agenda, mes clés, un livre de lecture pour le voyage, les feuilles des sessions précédentes et ma casquette. Dans les trois compartiments visités et revisités, il n’apparaissait plus, dans les poches intérieures de ma veste, non plus. La panique me saisit. Où était mon portefeuille, mes cartes, mon argent. Je ne pouvais sortir du saisissement, prendre du recul, quand une des participantes me dit ;
« Ne cherche plus dans ton sac, le portefeuille est sous la chaise. » « Vraiment me dit l’animatrice, tu oublies les choses. »
A la session précédente, c’était ma casquette que j’avais laissée sur le divan. Je venais de la récupérer.
L’incident clos, je pris le chemin du retour, en bus et en train comme d’habitude. L’événement n’avait pas de sens ce jour là, ce n’est que sur le matin, dans la phase de réveil que les éléments de cet incident revinrent à la surface, se mélangeant, prenant forme, prenant sens. Perte de ma tête (symbolisée par la casquette) et de mon identité (symbolisée par le porte feuille).
Le saisissement avait été grand, m’avait secoué profondément et les échanges énergétiques intérieurs se poursuivaient encore sous mon regard d’observateur. Deux images s’opposaient, dialoguaient même tant et si bien que je pouvais le voir ainsi. 


Au puzzle, s’opposait le labyrinthe.

Le puzzle était le leitmotiv de ma quête des années précédentes. C’était l’image de tous les éléments que j’avais assemblé, les uns après les autres, sans en connaître la raison ultime, que j’avais collectionné dans ma conviction qu’un jour, ils auraient leur place dans le paysage qui ne manquerait pas d’apparaître. Eléments disparates qui venaient à certains moments comme des intrus dans le fil quotidien de la vie, de mes relations, me posant question. Vainement, j’essayais d’en trouver le sens, de trouver le fil rouge qui les reliait et ce fil me conduisait maintenant au mythe du Minotaure et de son action dans l’espace du labyrinthe.
L’image de deux plans différents tournait dans ma tête. Le plan du puzzle et le plan du labyrinthe vu sur la feuille guide de la prochaine session d’écriture. Qu’avaient-ils en commun. Les deux plans se croisèrent et une intuition me traversa. On ne pouvait passer d’un plan à l’autre que par leur intersection et ainsi entrer dans l’espace, quitter les plans. Le vecteur d’intersection était l’élévation, la troisième dimension.
De l’observateur qui voit le plan et qui ne sait rien y faire parce qu’il ne lui appartient pas, vu sa situation, avec cette nouvelle vue, cette construction, cette rencontre donnée par les deux plans, j’étais devenu l’acteur en me situant dans la droite de rencontre des plans. Je pouvais entrer dans le labyrinthe et commencer à le parcourir par le vecteur de l’intersection.
Le puzzle n’était que la phase initiale où il m’avait fallu rassembler, associer et intégrer. Là, j’étais devenu plus unifié rencontrant, accumulant diverses forces intérieures. Mon univers devenait plus large, par l’intersection, je passais de l’agrégation des éléments dans ma conscience, à la quête. Je pouvais m’imaginer marchant vers le centre, à l’aveuglette sans doute mais conscient que là devant si pas aujourd’hui demain, en refaisant une marche arrière, en repartant, j’atteindrais un point de plus en plus proche de l’objectif de ma quête.
Détail amusant, hier j’ai sorti de mon oreille droite, une quantité importante de cérumen, agrégé par des gouttes auriculaires comme un témoignage extérieur du dégagement physique de ce qui m’empêchait de mieux entendre.

Dans mon cheminement, dans mes textes, deux plans se télescopaient régulièrement, ce qui était du domaine de la prise de conscience, de l’intégration, de l’image du puzzle, ce qui était du champ de l’action, de l’autonomie et qui se rapportait au labyrinthe. Se distinguaient


-                     -    le fil rouge qui était plus le fil de raccommodage des éléments blessés, épars et la quête de soi

-   le fil d’Ariane qui avait rapport à la quête du Soi