02/11/2006

La généalogie appliquée.


toussaint,cimetière,fleurs,chrysenthèmes,tombesDes années durant, l’après-midi, à 3 heures, le premier Novembre, c’était l’office des morts. La cérémonie à l’église en mémoire des défunts, empiétant sur la fête de tous les Saints. La tradition était forte. C’était à pied, en famille, qu’ après l’office les paroissiens allaient en procession vers le cimetière pour la bénédiction des tombes.

Il n’était pas imaginable de se dérober à cette cérémonie, à la fois familiale et communautaire. 
Comme le disait ma grand-mère maternelle, si l’on n’y était pas, présents et bien habillés
« Qu’en dirait-on ? » 
 La pression sociale était importante. Il fallait s’y soumettre sous peine c’était le verdict, d’être montré du doigt, hors la norme, hors du consensus commun. Le devoir emballait de son corset, cette habitude. Et les tombes devaient être nettoyées et fleuries pour le jour dit, pour lors du passage du curé resplendir d’ordre et de propreté.
Face à cette forme, cette habitude, le fond semblait bien loin.
Qu’est ce qui prévalait ? Le lien du sang, le regard des autres, les deux sans doute. La pression sociale diminuant au cours des ans, le lien à la tradition se rompit mais ce ne fut qu’à la mort de la grand mère, dernière représentante au village, que toute cette forme villageoise fut jetée par dessus bord. L’hommage aux défunts, changea de nature, devient personnel, devient un geste de reconnaissance à ceux qui nous avaient dans la fidélité et la durée donné la vie, les valeurs de l’éducation. C’était plus juste, plus vrai, et l’on y ressentait mieux la motivation profonde de chacun. Cette nouvelle forme ramenait chez la doyenne coté mère, devenue à son tour gardienne de la tradition, les branches de la fratrie. Celle-ci se rassemblait essentiellement en ce jour autour d’un goûter. Selon le temps disponible, chacun faisait, à son heure, sa visite personnelle sur la tombe de nos parents. Nous respections la démarche annuelle dont enfant, nous avions été imprégnés. Au repas, il n’y avait plus comme avec la grand-mère l’échange des nouvelles, le décompte des morts, puis les anecdotes du village, les souvenirs, les exploits anciens, la rencontre et la présence des cousins. 


L’atmosphère était plus à la convivialité, au regroupement fusionnel, au sentiment « d’appartenir ». C’était le brasage ultime avant le retour à ses propres affaires, le cœur remplit de la nostalgie du temps qui passe. Les certitudes s’effritaient  sous la poids de l’année supplémentaire qui venait de s’écouler. C’était par la mémoire visuelle et immédiate, la généalogie du clan appliquée.