14/09/2010

Promenade en famille

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Lors de la ballade à travers la sapinière, pour la cueillette des champignons, voyant mon enthousiasme pour la leçon que nous donnait le mari de ma belle sœur, ma fille cadette s’était approchée de moi et me dit: « C’est son père qui lui a transmis »

Simplement, doucement, me touchant au fond du cœur, par ce moment d’attention, dans une réalité qui me poursuivait toujours, la rupture dans la lignée des pères.

Sans doute mesurait-elle chez l’oncle, cette assurance ferme et tranquille qui devait me manquer et qu’elle reconnaissait. Fait de vie, valise de mon héritage, n’avait-elle pas souffert de ce trou dans la transmission familiale, qu’elle percevait et qu’elle soignait par son attention. Baume sur la plaie.

Malgré son assertivité parfois empruntée de rudesse, elle ne s’en allait jamais en laissant une blessure fermée. C’était toujours une contusion, sensible mais éphémère. A l’inverse sa sœur m’envoyait souvent des piqûres douloureuses et difficiles à cicatriser.

 A sa manière, elle s’était lancée dans la connaissance des huiles essentielles et en avait assimilé les valeurs curatives qu’elle n’hésitait pas à diffuser simplement pour soulager les uns et les autres. La nuit précédente d’ailleurs, j’en avais bénéficié en plaçant contre ma dent douloureuse,un clou de girofle, le temps de l’apaisement de la douleur.

Ce petit mot murmuré, elle s’en alla vers ses fils qui réclamaient son attention pour revenir bien plus tard, à propos d’un soutien financier pour le minerval de son année de post-graduat. Elle réclamait justice et le même traitement qu’à l’aînée quatre ans plus tôt. Elle observait, mémorisait toutes les transactions financières et matérielles de son frère et de sa sœur pour s’assurer qu’elle aussi en avait eu sa part. A bon droit sans doute car un arrangement curieux émergea quelques minutes plus tard. Au delà de mon veto, de poursuivre encore et toujours le soutien de leur génération, mon épouse avait sur ses fonds propres soutenu l’aînée et venait de refuser de faire à l’identique un don à la plus jeune sous prétexte que c’était mon tour d’intervenir. 

Histoire encore et manigance du passé qui revient. La grand-mère maternelle offrait à sa petite fille un meuble et à son petit-fils à la même occasion un seul billet de banque créant chez celui-ci une grande colère d’injustice, le retenant pendant plusieurs années de lui faire visite. Injustice sournoise où les règles changent en fonction du temps et des personnes, sapant la confiance absolue que l’on devrait avoir dans ses aînés et dans la certitude d’être sur un plateau identique, sur un rocher stable et sur.  Réunion de famille, ou tout semble rose et qui laisse au fils du temps, apparaître des blessures du passé, les manques, les aigreurs inconscientes qui s’accrochent au quotidien.

Au retour, pendant le covoiturage, à son tour, l’aînée mis en avant comme un fait exprès la différence qu’elle percevait venant de moi, par rapport à sa sœur. Difficulté de ma part, à garder l’équilibre, à considérer l’une et l’autre sur le même pied. L’aînée qui n’entend rien, des découvertes que je faisais au niveau de la ligne de vie et la plus jeune par touche juste et sensible, accusant réception des faits qui lui sont évoqués.

Indifférence de l’une, attention de l’autre au sens et aux expériences de la vie. Justice facile dans les dons, dans le temps consacré à l’une et à l’autre. Equilibre difficile dans le non verbal, dans les interactions subtiles lors des rencontres. Justice difficile.

15/08/2010

Quitter le nid.


anniversaire,quarante ans,fratrie,lien atavique« Sais-tu qu’elle n’a pas invité la sœur de son compagnon au 40ème anniversaire de celui-ci. Comment est-ce possible ? Cela va créer un problème, mais …. c’est quand même sa faute car elle n’est pas toujours sympa. »

 Les voir établir leurs rites familiaux, dans la différence me peinait et me renvoyait à mon expérience propre, à nos relations, à nos fratries respectives. Rien n’était simple, le nid avait été le même pendant des années mais n’était-il pas déjà marqué par des conflits, des manques, des luttes d’influence, des évitements, des rancoeurs. Tout se ramenait à un commun dénominateur.

Au départ de la fratrie, une éducation familiale nous était commune mais nous ne l’avions pas assimilée de façon identique. Notre formation scolaire reçue dans des écoles bien différentes, nous avait donné un réseau d’amis  de cultures différentes. Puis nos conjoints respectifs avaient apporté leur culture propre et nous avions fait un compromis. Les différences, avec le temps, se marquaient de plus en plus. Que pouvait-il encore yavoir de commun, après les années, dans la relation, l’écoute et la communication.

Il n’y avait pas que les gènes qui se transmettaient, la culture, les règles de gestion des situations, la communication, les attentes, les rancoeurs, cela aussi passait à travers nous.

Pourquoi notre aînée ne pouvait-elle pas inviter son cercle d’amis sans y associer les frères et sœurs ?  Etait-elle obligée d’inviter l’un ou l’autre contre son souhait, ignorant la distance qui s’agrandissait entre eux ?

Ne pouvait-elle pas distinguer le cercle de famille rassemblé habituellement pour les anniversaires des enfants, les communions du cercle des amis. Ne pouvait-elle pas choisir dans le cercle familial ceux avec qui, elle entretenait une relation constructive, joyeuse et réciproque laissant la relation formelle de la fratrie pour d’autres occasions

Mes  quarante ans.

Un fait ancien et douloureux venait de remonter dans ma mémoire dès l’annonce de cette constatation. Par-delà l’aspect d’un choix sélectif, de ceux que l’on côtoyait dans le quotidien et dont on partageait la table à l’occasion, celui de mon épouse de ne pas inviter mon frère et ma sœur aînée m’avait écartelé, transpercé. Je n’imaginais pas à ce moment ne pas les inviter. Sur base d’une longue cohabitation, de l’affection atavique que l’on porte au clan, n’étaient-ils pas nécessaires à cette fête ?

Le détachement n’était-il pas chose indispensable ? Ne fallait-il pas à côté du cercle familial, établir les fondements du cercle d’amis, en dissociant l’un de l’autre mais en établissant des ponts sur la base d’affinité sélective.

Privilégier une relation sur des bases culturelles, ne pas la mêler à une relation affective, tout en admettant que dans le premier cercle de ma fille aînée, ma plus jeune ne soit pas intégrée.

La douleur de ce choix passé m’avait touché au vif, blessé quelque part. Ma mémoire en était toujours imprégnée.

Comme si cette valeur s’était transmise, ma fille aînée reprenait comme sa mère le même type de raisonnement refusant aussi d’inviter la sœur de son compagnon, sa sœur cadette.

Y avait-il un esprit de revanche sous-jacent, face à ma plus jeune, une jalousie cachée de la savoir mariée ou tout simplement le fait que la relation ne mûrissait pas dans l’égard et le respect de l’une à l’autre.

Ma cousine préféré, coté paternel, racontait que ma grand mère lors des fêtes qu’elle organisait n’invitait pas la compagne de son frère aîné, protégeant le clan familial d’une contagion imaginaire, un peu comme on écarte une pomme blette de la claie pour assurer la plus longue conservation des autres. Encore fallait-il que la cause de la contagion soit juste, réelle et identifiable.

Nécessité peut-être à terme, dans des couches de plus en plus profonde de couper les liens familiaux pour entrer dans une individuation plus grande plus consciente, plus forte pour ne pas rester victime du côté sombre familial quitte à les inviter, à terme faire la fête en tant que personne comme on le fait entre amis.
Liens transgénérationnels à identifier et à transcender.