30/11/2012

C'est avec elle que j'ai vu E. T.

grand-mère, rêves, émotions enfouies, sanglots

La marche d'hier, sous ce soleil d'automne m'avait fatigué et, par conséquent, ma nuit avait été complète.

Mon réveil dans l'obscurité est lent, serein. Ma vessie ne me tire pas hors du lit comme trop souvent. Je flotte dans l'obscurité bien au chaud. Les images de mon dernier rêve sont toujours là, étranges, impossibles à décoder. Je les laisse se mélanger, aller, venir. Aucun lien ne se fait, et elles se terminent par un homme qui me vole une pièce de viande. L’autre pièce que je pense avoir sauvé est en réalité un chat noir mort.

De mon rêve, je passe à la correction de mes textes, au texte que je vais écrire à propos de l'idée qui m'a surpris et que je tarde à fixer.

Par association, je voyage, je laisse passer les pensées, tout se bouscule dans ma tête.

Soudain la phrase de ma fille prononcée mardi dernier revient en surface : nous étions sur le divan et j’essayais de l’apaiser, de calmer les émotions violentes qui l’envahissaient. A un certain moment, une boule d'émotion lui sauta à la gorge. Elle luttait contre elle, ne pouvant la verbaliser. Cela lui donnait des nausées. Ses deux pieds, sous sa couverture en pilou synthétique étaient sur mes genoux et avec mes mains, je lui tenais les pieds un peu au chaud. Je maintenais son attention sur la sensation de chaleur qu'elle trouvait agréable pour la distraire de ses angoisses.

Comme elle s’apaisait à nouveau nous pouvions parler de choses et d’autres et l’image d’un rêve de la semaine dernière lui était revenue «Grand-Maman venait d’être remplacée par sa sœur et elle n’était pas contente. Puis elle ajouta ;  « C'est avec elle que j'ai vu E. T. ! »

L’eau trouble et obscure dans laquelle je baignais venait de se clarifier

le sens de son rêve me traversait. Elle parlait de la mort de Maman, de la figure aimante et chaleureuse de son enfance, qu' elle voyait remplacée par celle de sa sœur, inconsistante et formelle, sans la moindre compassion. Ma mère avait disparu et son deuil n'était pas fait. Pour lui éviter la confrontation avec sa disparition inéluctable, nous n'avions pas permis sa présence à l'enterrement. Elle n’avait pas, par les rites des vivants, serré les coudes avec nous face à la mort inéluctable et pleuré sa disparition. Tout s'était passé froidement, chirurgicalement dans un rite sans larmes et grincements de dents. Elle était chez mes beaux-parents.

Lors de la vision du film, c'e fut probablement la dernière fois qu'elle l’avait vue vivante et ma tante, sœur de ma mère l'avait remplacée dans le système familial.

Présent et passé se mêlaient. N’était-ce pas cette émotion qui l’avait assaillie à mon arrivée ? Vu sa fragilité, les émotions enfouies se pressaient pour réclamer leur extériorisation. Il était bien difficile pour elle de laisser passer le sanglot qui voulait à tout prix s’exprimer.

Comment lui laisser la voie libre alors que le mental vigilant s’efforçait de tout contrôler. La voie n’était pas libre.

Au moment de la disparition de ma mère, tout le système familial

n’admettait pas que l'émotion se vive. Moi le premier, j'en étais incapable.

A l’époque revécue par son rêve, je ne pouvais exprimer que ce qui m'avait été transmis : me taire.

Cette image forte autour de sa grand-mère la touchait.

N'était-ce pas la bonne mère qui avait manqué dans son enfance, dans celle de sa lignée maternelle ? Ne portait-elle pas de cette manière la rupture de la lignée des femmes ? Sa mère avait pour habitude de la repousser quand elle était en pleurs, en détresse.

Que de fois n’a-t-elle pas entendu « Va derrière la porte ! Quand tu auras fini de pleurer, tu reviendras ! »

C’était moi quand j’étais présent, qui la consolais de mon mieux.

Deux figures maternelles bien différentes l'avaient accompagnées, coté père, Grand-Maman dont le totem était « Castor Pacifique » ; coté mère, Mamy portant celui de « Lézard au soleil. »

L’image d’E.T ; montrant de son doigt le ciel, réclamant sa « Maison ! Maison ! » me semblait l’image de l’espace qu’elle devait retrouver en elle, pour enfin s’apaiser et retrouver sa sérénité.

 

  

 

27/06/2011

Féminité, année 2000.

hérédité,grand-mere,féminité,amazone,pylore,digestion difficileNous étions enfin assis à la table du restaurant chinois, visité pour la première fois pour échanger, pour nous retrouver un peu dans notre relation père-fille, pour en parler, pour la clarifier, la renforcer. L’espace d’une table semblait idéal. Quoi de plus simple que de parler au rythme de l’activité feutrée qui règne dans un restaurant exotique. Ne fallait-il pas profiter de l’ambiance, du moment de grâce de cette rencontre à deux pour nous dire entre père et fille pour que cette relation se décante et s’estompe sans doute au profit de l’autre relation qu’elle vivait avec son ami. De fille, elle devait devenir femme avant tout d’ailleurs ne devait-elle pas aussi clarifier sa relation à ce qu’elle était intimement dans sa nature. Les mots, les pensées se succédaient dans notre conversation joyeuse et difficile à la fois, vu son mal être physique face à la nourriture et au blocage de son estomac.

Qu’avait-elle voulu soigner en devenant infirmière? Etait-je dans sa réalité, dans ma réalité dans ses phantasmes? Tout ne se ferait pas aujourd’hui, ni demain, il fallait beaucoup de temps pour que les évènements de la vie délient ces liens tissés entre la fille et le père, entre la fille et sa mère.

Que clarifier dans le domaine des mères, de la sienne, de la mienne, de celle dont j’avais rêvé, de celle dont j’avais eu besoin, de celle qu’elle avait reçu, de ses grand-mères dont elle souffrait tant par leur absence que par leur silence.

Dans ce tissu de relation, il fallait être, avancer, choisir, le sujet le plus pressant, le plus urgent pour avancer pour qu’elle ne souffre plus physiquement de cette nourriture qui ne passe pas, Souffrir était en relation avec s’ouvrir. Il fallait que son pylore s’ouvre.

Phantasmes de ma part. Imaginaire. Imagination.

L’ambiance brusquement me ramena sur terre, me ramena à l’essentiel. Nous étions dans un restaurant pour échanger, pour manger. Tout mon discours se figea à la vue des tableaux qui ornaient la paroi du restaurant en face de nous.

Deux immenses tableaux décrivaient une ambiance qui n’avait rien avoir avec la chine, avec le style de ce pays. Le premier en face de nous était a lire, a décrypter dans l’enchevêtrement des lignes et du personnage. C’était une amazone, armée d’une arbalète.

Les détails furent effacés ma mémoire tant l’impression globale me transperça, comme une de ses flèches aurait pu le faire. Fondamentalement c’était une attitude de femme, la guerrière, celle qui revêt une attitude d’homme et qui rejette sa féminité profonde pour en prendre une de combat, contre sa nature la plus intime de femme. Basta, pas de féminité, il faut s’affirmer comme un homme.

L’autre tableau situé à droite, dans la partie avant du restaurant, présentait une attitude totalement différente. C’était une musicienne qui occupait le centre de la toile tout occupée à son art, entièrement féminine. Etait-ce une muse de la musique, en tout cas, son attitude d’accueil, d’abandon à une vibration harmonieuse se manifestait.

Le thème de notre entretien que je voulais fonder sur la place du père, la place de l’homme se dessinait en écho sur le mur par son complément, les attitudes que la femme pouvait avoir face à celui-ci. Mon attitude intérieure sur la place de l’homme en moi m’était renvoyée de l’extérieur, par les deux peintures et par les attitudes des femmes peintes, celle qu’elle pouvait rejeter ou faire sienne Le débat entre elle et moi recevait pour entrer dans la conversation, la présence de deux tableaux qui d’une part confirmait que pour parler de l’homme, il faut parler de la femme,que pour parler de l’homme, il faut parler de la femme.

 Qu’elle étaient les images qui étaient véhiculées dans la famille et dans la belle-famille.Que nous disait le moment.

Pas plus tard que les quinze derniers jours, nous avions été surpris par la prise de position de la grand-mère maternelle au sujet de la fécondation artificielle, qui ouvrait à ses petites filles, la possibilité de choisir le sexe de ses enfants. D’après elle, il fallait choisir le sexe masculin car disait-elle les hommes ont plus de facilité dans la vie et moins d’ennuis, parce que sous entendu, c’est une engeance d’être une femme. Il y a avait un relent de révolte,et j’y retrouvais l’esprit de suffragette que j’avais déjà perçu dans d’autres conversations.

Les hommes abandonnent les femmes et le fait de parler d’un couple recomposé entraînait chez elle de vives émotions et un tonus de voix qui montrait combien cette situation était pour elle, inacceptable. Curieusement elle avait encore sur un de ses murs, lui venant de son père un médaillon d’une aïeule accompagnée d’une tresse de cheveux en souvenir de la pauvre femme qui avait du élever ses 8 enfants alors que son mari l’avait quittée pour aller en Australie.

Oui les hommes avaient un crédit relativement bas dans son imaginaire, par contre les pères et les maris étaient sur un piédestal.

La place, dans le quotidien des femmes,des filles, tendait d’une certaine manière du côté des battantes un peu comme cette amazone, pour faire feu de tout bois dans le champ viril des hommes, contre lesquels elles partaient en guerre. Il y avait comme une sorte d’élimination de la qualité virile de l’homme entraînant une mise à l’index de ce qu’est sa vrai nature.

Dans mes branches ascendantes, les hommes faisaient aussi faux bond disparaissant beaucoup trop tôt et en abandonnant leurs femmes aux misères de la vie.

Nos familles réciproques avaient créé une légende, un mythe ou l’absence de l’homme se faisait de plus en plus connaître. Ce n’était pas pour rien qu’en moi apparaissait ce mythe de l’homme viril qui prend sa parole et qui ne s’efface pas dans l’espace social. Par mon image interne pauvre vis -à- vis de l’archétype de l’homme, je contribuai en creux  à accepter la surévaluation de la place du père et de la place du mari protecteur nourricier un peu comme un père prolongé de petites filles perdues ayant la crainte du grand-méchant loup. 

J30RestoNamur-2000