16/03/2014

Conversation au téléphone.

DSCF5612.JPGEn évoquant au téléphone le départ de son compagnon , sa décision de la quitter, ma belle-fille et mon épouse avaient pleuré toutes leurs larmes de leur corps. La rupture de leur couple était en cours, mon fils prenait un meublé en ville.

L'atmosphère lourde et pénible lors de notre dernière visite venait de prendre sens, elle n'avait pu aborder le sujet qui la troublait, espérant sans doute qu'il ne fallait pas faire de vagues, qu'il fallait patienter que ce n'était qu'un problème passager.

Sa décision entre-temps était prise : il l'abandonnait à son sort et négocierait l'alternance de la garde des enfants.

En tant que parent que nous restait-il comme pouvoir sur ces événements ? Nous ne pouvions être que présents pour peut-être entendre, écouter de part et d'autre, les doléances, les confidences.

Une nécessité fondamentale m'habitait : garder le contact avec elle, la soutenir comme s'il ne s'était rien passé, lui ouvrir notre porte si elle le souhaitait. Si elle pouvait franchir celle-ci, elle serait la bienvenue.

Dans sa douleur, nous ne pouvions qu'être à disposition, accueillant à sa demande, pour que sa colère légitime par rapport à notre fils ne retombe pas sur la relation fondamentale des enfants, avec nous, les grands-parents.

Apparemment, notre fils était le coupable, c'est lui qui avait le premier déchiré le contrat tacite qui s'était établi entre eux. Nous étions du mauvais côté. (1)

Qu'avaient-ils construit entre eux, sur quelle base ? Rien ne nous était apparu les quelquefois où, en famille ils nous rejoignaient avec leurs enfants. Dans l'agitation et les services autour des petits, comment percevoir leurs relations, leur quotidien, leurs évolutions ?

Au fil du temps pourtant, lors des échanges de services, nous n'avions pas eu l'impression d'une grande proximité d'une relation facile au-delà  des éléments factuels de prise en charge des enfants. Une grande distance s'établissait tout autant avec le fils qui était noyé dans son travail, qu'avec elle entraînée dans ses contraintes d'indépendante.

C'était  leur mode de vie, nous devions nous en accommoder.

Dix ans de cheminement avec elle, dans son rôle de compagne, se terminaient . Il fallait ouvrir un autre  type de relations, maintenir le contact avec elle pour que les petits-enfants puissent vivre la relation avec notre génération. Mais avec l'épée de Damoclès d'être du mauvais côté,  côté de celui qui se dédit,  côté de celui qui faillit à sa parole.

Une rencontre en dehors des problèmes quotidiens, en dehors des enfants me semblait nécessaire. Un restaurant pouvait être le lieu pour l'entendre,  recevoir son point de vue, d'entrer un peu dans leur histoire, pour en comprendre l'évolution.

Une rencontre me semblait nécessaire, entre quatre yeux, avec le fils  pour saisir les éléments de son choix, pour reprendre un contact qui s'était effilochée au point que j'apprenais par les voisins qu'il avait fait un chantier dans la rue voisine sans passer juste le temps de prendre un café.

(1) Lettre à mon fils 

 

29/07/2009

Le petit déjeuner.

BW85-Le petit déjeuner.jpg

Le rituel du petit déjeuner venait de se terminer par le mélange des deux types de céréales et avec plaisir, mon petit-fils en avait entamé la dégustation. Sa main gauche manipulait une cuillère trop étroite par rapport aux aliments.
Plus d’une fois, j’avais été ennuyé par la manière inadéquate de son approche du bol et par le fait, horreur, qu’il portait la bouche à la cuillère dans un schéma corporel de fermeture qui ne me plaisait pas. Au lieu de verbaliser ma remarque et de faire le gendarme, j’avais cette fois, instinctivement mimé les deux attitudes possibles, porté la cuillère à la bouche en valorisant le comportement souhaité et immédiatement après porté la bouche à la cuillère en qualifiant l’action, de comportement de cochon.


Le choix.

Au lieu de réagir par le déni ou l’indifférence, il m’avait fait un grand sourire de compréhension. L’alternative d’un choix, lui était ouverte et il en avait pris son parti, simplement, résolument.
Son attitude corporelle avait changé instantanément, je le sentais grand fort, intéressé par l’opportunité qui s’ouvrait devant lui. Il avait fait son choix, le bon. Ne pas être « le cochon » mais la personne élégante et responsable.
Au repas suivant, alors qu’il était attablé, j’avais constaté immédiatement sa présence autre, l’allure ferme et droite de son humanité. Il n’était pas dans l’opposition, l’ignorance de sa posture, au contraire, il gérait la situation et se comportait comme un grand.
Moments de connivence, moments de basculement. Etait-ce cela l’éducation? Permettre à l’autre de voir les possibilités de choix, le mettre dans l’état de choisir, d’être acteur du changement, en toute liberté.


Le changement.

Moment de grâce où au lieu d’entrer dans l’opposition, l’affrontement et la spirale négative, l’on donne à l’autre la liberté de se définir et d’être le décideur digne de la modification et non le sujet et l’objet de l’humiliation.
La dignité que lui avait donnée l’alternative était manifeste, il en était sorti grandi et son rayonnement de satisfaction me faisait encore vibrer deux jours plus tard. Il avait eu le plaisir de faire un pas d’humanité, sous mon regard, selon son choix. Moments d’inflexion qui émaillent le parcours de l’éducation et qui relancent vers le haut, dans le plaisir du pas accompli le cheminement long et tortueux que les parents et les éducateurs attendent des plus jeunes.
Moments de grâce, car une liberté est offerte, par une ouverture laissant à celui qui la pratique le bénéfice et la satisfaction du pas accompli. Un petit pas fragile était accompli dans la joie, un pas de plus sur la route longue de l’éducation et j’en avais été le témoin intéressé et attentif.