09/09/2012

Installation électrique.

psychogénéalogie,enfant de remplacement,hérédité,prénom,épigénétiqueComme sa soeur, elle avait fait construire une  pièce pour y faire son bureau. J'avais accepté d'y installer les prises de courant et contribuer ainsi à lui assurer un espace personnel à côté de celui de ses enfants et de son mari. Cette décision changeait la donne, elle se créait un petite jardin secret, un espace bien à elle comme du temps de son enfance à la maison avec sa chambre. Cette démarche semblait s'appuyer sur ces stages d'évolution personnelle et sur la recherche de son identité.

Avant de repartir, je m'étais assis sur le divan à côté de la planche à repasser où elle s'activait pour préparer les vêtements de vacances pour sa famille. C'était la première fois que nous étions dans cette atmosphère de détente et d'activité. J'en profitais pour lui faire part des quelques événements récents et surtout ma découverte généalogique « l'enfant de remplacement ». Elle était concernée par sa recherche dans la lignée des mères et par cette découverte que la marraine de sa grand-mère maternelle était un enfant de remplacement. Quatre générations l'en séparait mais vu que sa date de naissance était celle de la mort de l'arrière-grand-mère, la coïncidence valait qu’elle s'y intéresse. Le fantôme de Philomène était féminin, c’était sa sœur ainée. La vie et la mort se côtoyaient en elle. C'était un combat, un lutte à mort pour exister. La survivante devait tout faire pour être reconnue . « J'en connais une autre aussi qui est enfant de remplacement » dit-t-elle pendant que je poursuivais la conversation.

Mon père portait le prénom du frère de sa mère, décédé très jeune. La fratrie de ma grand-mère avait décidé que le premier garçon qui naîtrait dans leurs familles respectives porterait ce même prénom, en mémoire. Ici l'affaire semblait plus diffuse, ils étaient plusieurs a en porter la charge. Était-ce le fait d'être le fils d'un enfant de remplacement qui avait attiré mon épouse. Quelque chose de déjà connu était présent et cela l’avait attiré elle qui aussi appartenait à un lignée où cela s'était passé.

Après quelques minutes ma fille me confirma que sa belle-mère portait le prénom féminisé de son frère aîné, décédé avant sa naissance.

Elle n'avait pas été entièrement reconnue et portait un fantôme. Est-ce pour cela que mon beau-fils à un regard si fuyant, que l'on ne peut pas le saluer en le regardant droit dans les yeux. Sa mère n'avait pas été vue pour elle-même mais pour un autre. Elle n'avait pas regardé son fils dans la prunelle des yeux. Curieusement lors d'une constellation familiale, j'avais perçu en moi cette problématique de ne pas avoir été regardé et par hérédité, ma fille avait choisi un homme qui portait ce même reflet.

Echeveau qui se dévide, mémoire qui s'ouvre et  qui se dissout au fur et à mesure où la parole circule. Puis elle revint sur son poids qui objectivement ne diminuait pas malgré ses nombreux régimes comme si sa corpulence lui était nécessaire comme support pour occuper sa place dans la lignée. Présence physique massive plutôt que présence turbulente pour affirmer qu'elle est bien vivante. Envie insatiable de sucreries pendant son adolescence pour compenser cette douleur sourde et profonde. Achats nombreux dissimulés dans le caddie sous les yeux d'une mère qui ne voyait rien car elle non plus n'avait pas été regardée.

L’atmosphère de cette conversation était sereine comme elle ne l'avait jamais été. Il n'y avait plus l'intention agressive des semaines passées. Avait-elle peur de cette découverte ? Etait-ce l'exacerbation nécessaire à la mise en scène de cette découverte. Du choc des idées jaillit la lumière.

On verrait avec le temps après les vacances ce que la détente apporterait dans le train de vie quotidien. En augmentant le lien avec sa vraie nature, en se dépouillant des liens erronés emportés dans les valises de l'hérédité, elle se bonifierait et deviendrait plus présente à elle-même, plus légère.

Elle allait je l'espère « Porter son attention » et se laisser entraîner dans le changement

04/06/2012

Appel en urgence.

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Elle rentrait d'une consultation chez une psychologue et de nombreuses questions se pressaient dans sa tête. A partir de son GSM sur la ligne fixe en roulant, elle s'était lancée dans une longue conversation. Les circonstances qui l'avaient poussée à l'appel étaient tellement fortes qu'elles dépassaient ses limites habituelles d’appels courts et brefs. Elle ne pouvait attendre, il fallait qu'elle sache. L'hypothèse ou la question de la thérapeute l’avait retournée comme une crêpe.

« Y avait il eu un inceste dans ma fratrie ? »

Si je l'avais bien compris le fait qu'elle ait souffert jeune d'énurésie, avec un marquage de territoires déficient, semblait être à l'origine de sa question à mon égard. Par notre attitude commune ouverte sur des démarches thérapeutiques, nous étions à l'occasion très proche. Souvent, nous n'échangions sur des sujets de développement personnel. Nous étions ouverts et actifs l'un comme l'autre. Quand il n’y avait pas de nuages, le contact était bon. L'envergure de la question avait balayé le dernier froid et l’échange était franc et ouvert.

Que répondre sinon que je n'en savais strictement rien que la parole ne circulait pas dans ma famille et certainement pas sur ce sujet très sensible. Je n'avais d'ailleurs pas reçu la moindre confidence familiale. Si le drame s'avérait possible, ce n'était que par déduction, par hypothèse que je pouvais l'approcher. En direct je n’avait rien perçu, du moins consciemment sur ce sujet dramatique. Et il pouvait s’agir aussi d’un parent indélicat, d’un voisin pervers hors du cercle de la famille. Comment savoir ? Un secret ou un secret de famille est par principe secret. Seul le dépositaire pourrait le lever. Rien ne m’avait été transmis. Je n'avais pas abordé le sujet en direct avec ma sœur. J'étais ignorant.

Et poser la question ne suffisait pas, il fallait de l'autre côté une ouverture, une confiance et une réponse. Si ce drame existait réellement, le déni ou  l'occlusion était possible. Hypothèse hasardeuse de la thérapeute ? Exercice théorique coup de tonnerre dans son univers, vierge de ces notions. Le noeud du problème semblait sa place de troisième. Associée de mon côté à la place de ma sœur, troisième après deux garçons. Son attitude de panique face à une troisième grossesse surprise et son choix d’une ivg avait sans doute conduit la thérapeute à la suggestion d’un drame subit dans l’ascendance au niveau de celle qui occupait une troisième place.( La fête de famille.)

Quelque chose de mystérieux s'était aussi inséré dans son inconscient autour de la sexualité au point d'avoir subi 2 fois une césarienne, laissant supposer un blocage des voies naturelles.  La procréation ne semble possible que sous condition. Ce blocage pouvait annoncer aussi un problème transgénérationnel du côté maternel. Il y avait aussi une fille au 3e rang. Il lui faudrait interroger la lignée des mères.

Dans le test du « bac à sable », elle avait fait le choix d'une miniature représentant une maison hantée. Y avait ajouté un dragon symbole d'un combat pour délivrer la femme. Elle s’étonnait du poids des symboles évoqués. Elle citait aussi un problème récurrent de colères dont le reflet s’exprimait dans les disputes incessantes entre ses deux fils. La conversation allait se terminer, l’essentiel était dit. On aurait l'occasion d'en parler ultérieurement du moins je le supposais mais rien n'était sur.

En attendant l'inconscient familial comme rencontré dans les constellations familiales avait l’air d’être secoué. Je constatais chez ma femme des migraines inopinées, plus violentes qu'à l'accoutumée, une nervosité agressive comme si quelque part, elle ressentait la mise à jour de ce qu'elle craignait le plus en elle, l’apparition de l'image de l'homme mâle en lieu et place de l'image rassurante du père, et peut-être les sensations d’une agressivité sauvage dont elle portait la mémoire.

 

Mais fallait-il regarder du côté de ma sœur, 3e de rang. N’était-ce pas aussi logique de s'interroger sur la branche maternelle ? N'y avait-il pas dans la lignée des mères un traumatisme de ce genre. Elle devrait interroger sa mère et enquêter du côté de la grand-mère. Ma belle-mère était l'aînée, mon épouse également. De ce côté il n'y avait pas de renforcement par la position de 3e. Fallait-il chercher à propos d'autres événements semblables ? Bref au fond, la situation se compliquait fortement car il n'y avait pas d'informations à donner. Tout n'était que théorie et hypothèse.

De mes réflexion au sujet de la sexualité il me semblait néanmoins que les choses n'étaient pas simples, qu'il y avait des blocages et des freins dans cette matière de notre côté. La libéralisation des mœurs dont on avait tant parlé depuis 1968, n’était que dans l’air du temps. De nombreux obstacles  se situaient dans les profondeurs des traditions familiales. Plus d'une fois, j'avais noté des points curieux, des comportements qui nécessitaient un traitement et un assouplissement. J'étais néanmoins surpris par sa question qui me renvoyait à ma fille aînée qui un jour m'avait posé de sa propre initiative, une question semblable.  ( L’indicible.)

En plus de cette hypothèse posée sur la femme du troisième rang, elle souhaitait un éventail des dates de naissance et de décès de mes ascendants. Elément dont il me suffisait de lui faire copie après le travail de généalogie effectué quelques années plus tôt.

Il ne me restait plus après cette conversation étonnante qu'à attendre les moments où elle serait prête à débattre sereinement de ces questions. Avec sa manière vive d’aborder les choses c'était certain la parenthèse était close pour quelques temps. Elle allait bientôt, ouvrir une nouvelle parenthèse à ce sujet, avec sa mère.