09/12/2011

Hasard signifiant, peut-être

hasard,coincidence,serendipitéPour la 2me fois, en quelques mois, dans l'église Notre-Dame de la Sarthe, j'assistais à un autre mariage, celui de la fille aînée de mon plus jeune cousin, côté paternel. Dans l'assemblée lors des chants, une voix de ténor claire rayonnante accompagnait la chorale située dans le chœur. Cette voix, cette vibration me touchait car elle représentait l'objectif à atteindre pour la mienne, la libération des tensions et des limites que mon l'histoire y avait mise.  J'enviais celle-ci libre et puissante et prenait plaisir à la laisser résonner en moi.

A la fin de la cérémonie, sur le parvis de l'église, l'assemblée sortie la première attendait les mariés. J'avais été séparé de mon épouse qui semblait à présent en grande conversation avec un inconnu qui d'une certaine manière m’attirait par son aura. Puis après le lancer de riz, mon épouse me fit signe d'avancer et me présenta à celui qui j'imaginais faisait partie de son cercle de connaissances. Il n'en était rien. L'ayant  repéré dans l'assemblée, elle l'avait abordé à la sortie pour le féliciter simplement pour la force et la qualité de sa voix. C'était le ténor qui m'avait touché. Elle m'avait appelé car un hasard curieux nous liait. Avant son départ pour notre pays, il s'était renseigné auprès de l'école supérieure qui l'avait diplômé,  pour retrouver les coordonnées d'un condisciple de sa classe qui portait le nom de la mariée. Il connaissait son dernier employeur. Ma femme m'appelait pour me le présenter car le condisciple qu'il cherchait partait en plus du nom, le même prénom que le mien. C'était mon homonyme. Le hasard avait fait son office, nous étions à présent en train d'échanger comme des anciens combattants, sur le nom des professeurs qui nous avaient été communs. Diplômé 6 ans plus tôt que lui, nous avions encore des noms de professeurs à échanger. Ce retour fortuit dans le temps ne m'attirait pas car cette période de ma vie m'avait toujours pesée. J'avais mis un couvercle sur tout ce qu'elle avait représenté comme difficultés, frustrations, sensations. Le diplôme obtenu, j'en avais définitivement fermé la porte. Tout courrier de cet institut passait illico presto à la poubelle. En terminant l'entretien et avant de le quitter ma femme voulut absolument obtenir ses coordonnées. Pour justifier cette demande inutile car son style de vie ne m'attirait pas, je lui promis d' envoyer un mail pour lui situer l' instrument de généalogie locale le site "patrom". L'insistance de mon épouse, pour l'adresse me gênait, mais je ne pouvais qu'acquiescer pour éviter en public l'impair, l'esclandre.

À la réception, j'aurais pu continuer la conversation mais le lien qui nous unissait, les études, constituaient un trop grand frein. Je me plongeais plus dans la rencontre de mes cousins que de cet illustre inconnu qui cherchait mon homonyme. Hasard signifiant pour lui ou pour moi. Signe d'un passé révolu, peut-être piège, souvenir latent sans doute que le destin me mettait sous les yeux.

Cerise sur le gateau, mon cousin en signant le contrat d'organisation de la fête appris que l'ancien propriétaire de la ferme,  faisait partie de notre arbre généalogique étendu. 

La nuit suivante lors d'un réveil, ma tension nerveuse était telle qu'un saignement de nez généreux me tira d'urgence à la salle de bains.  Situation ingérable qui remontait du passé et qui me renvoyait par sa démonstration de force, à cette période irrésolue toujours vivante en moi. Je n'avais sans doute pas pris distance. Ma femme de plus ne respectait pas mon choix en forçant la rencontre toujours évitée et mon souhait de laisser ce passé où il était.

Non, je n'étais pas prêt  à m'éloigner de ce temps de vie, de reconnaître son côté pénible pour m'en débarrasser et retrouver après ce parcours difficile une plus grande sérénité.

17/10/2010

A table, la première.

 

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Mon lever avait été pénible ce Lundi. La brume noyait mes pensées. Poussé par la grande insomnie de la nuit, mon esprit une fois de plus vagabondait autour de l’événement imminent, la reprise de la table d’écriture l’après-midi. Cette fois, l’objectif était de remonter le passé, de parcourir à nouveau les liens aux générations précédentes non plus selon la conduite erratique qui avait présidé au travail sur l’arbre du « Nom. »

Avec le groupe de travail, j’allais non pas éviter soigneusement les zones d’ombre qui émaillaient mon passé et celui de mes ancêtres mais au contraire sous la conduite d’un tiers, affronter certains lieux, certaines circonstances.

Cette idée me troublait et m’avait obligé, avant d’entrer dans le lieu de la réunion, à faire halte, dans une brasserie pour répondre à une urgence qui suivait les nombreux borborygmes et autres bruits mystérieux, qui agitaient mon estomac et mes intestins depuis le départ de la maison. Il me fallait évacuer des craintes, des angoisses. Un danger passé peut-être ?  Psychosomatiquement mon corps exprimait son point de vue, l’évitement. J’approchais d’une zone de perturbation. Une tentative ancienne de faire du « rebirth, » n’avait rien donné tant le blindage qui m’enveloppait à cette époque était fort. Mais depuis de nombreux blocages avaient sautés les uns après les autres et le moment actuel semblait plus propice.

L’arbre matriciel qui m’avait surtout occupé dans sa périphérie, par des recherches sur la 5 ème génération, n’était plus d’actualité. Je me rapprochais du centre, j’allais à l’essentiel, examiner autant que faire se peut, mes racines immédiates, celle de mon émergence dans ce monde, entre mes parents. C’était la zone grise où la conscience n’est pas encore présente où le monde se constitue avec son univers de sensations dans la mémoire corporelle, s’ajoutant, se superposant à ce qui existait déjà de l’histoire passée.

Mes premières heures de vie s’étaient déroulées dans une ambiance particulière dont je n’avais pas mémoire. Dans une tentative d’exploration, j’avais interrogé une cousine mais trop éloignée des faits, elle ne m’avait rien apporté d’intéressant, seulement des détails et quelques faits.

Une lettre à une cousine plus proche de mes parents, destinée à lever un aspect bien précis de mon histoire, la santé de ma mère, était revenue suite à son changement d’adresse. La lettre écrite vers sa sœur était, elle, restée dans mes archives.

 La zone de temps et de vécu à passer sous la loupe semblait difficile à aborder. Comme si le terrain était miné. J’avais en effet, passé plus de temps à la recherche d’informations dans des zones neutres, que dans ma zone de naissance. En Août dernier, je n’avais pas osé rencontrer une personne qui avait bien connu ma mère. Il suffisait seulement d’un détour de 50 mètres pour pousser sur le bouton de la sonnette lors de mon parcours dans le village de mon enfance. Et j’aurais été accueilli à bras ouverts.

Lorsque ma marraine était en vie, les quelques questions posées n’avaient rien apporté. L’époque était lointaine sans doute et seul des faits qui semblaient anodins émergeaient. L’idée frein était aussi sans doute que le passé n’ajoutait rien de positif et d’intéressant à  la vie quotidienne et donc qu’il ne devait pas être abordé.

Autour de la table d’écriture avec les participantes nous avions reçu les consignes ; explicité nos motivations. Là ma voix était remplie d’émotions, d’hésitations comme si le chemin qui allait être empli serait lui aussi chargé d’émotions et rempli de difficultés. Il était temps de se mettre à l’ouvrage.