16/02/2008

L'arrière grand-mère maternelle.

L’appel téléphonique.

Alors que je jetais un coup d’oeil sur mon GSM posé sur la table de la cuisine, l’écran de celui-ci s’alluma. Un message entrait dans la boite vocale. Quelqu’un venait d’appeler et je l’avais manqué car la sonnerie d’appel était coupée. Immédiatement, je réactivais l’instrument et rappelais ma fille cadette. En quelques mots, elle me précisa sa participation à un session de deux jours en constellation familiale. Alors qu’intéressé par ce type de formation au cours des mois précédents, j’avais été remboursé deux fois vu le faible nombre de candidat inscrit. Etait-ce mon intérêt ou son mal-être qui la poussait à tenter cette expérience ? Je penchais plutôt pour son mal être, sa recherche pour soigner un point de son physique qui l’accablait beaucoup : son excédent de poids. Cette session constituait le pas logique suivant un régime manqué.

BW46p-Sumak.jpg

 La conversation.

En quelques mots, ma fille me précisa la composition du groupe et la réaction rapide de son corps aux premiers exercices de mise en relaxation. Dès la marche en cercle, une violente envie de vomir s’était emparée d’elle et au vu de cette situation, pour en finir rapidement, elle s’était lancée la deuxième pour effectue sa constellation. Avec émotion, elle me rapportait les éléments principaux au sujet de la lignée des femmes et de la colère qui s’était intériorisée dans celles-ci à propos de la disparition de l’arrière grand-mère maternelle, morte de tuberculose lorsque sa grand-mère avait 5 ans.


Le sms.

Le lendemain matin, un petit Sms me parvenait, court, précis. « Je me sens légère » A nouveau, elle me donnait de ses nouvelles à propos de son ressenti à cette session curieuse où commençait sa deuxième journée d’exercices. Fallait-il plus d’infos pour me rassurer, m’éclairer ? Sans doute mais cette petite phrase me semblait essentielle. Si elle était si légère, c’est qu’un mystérieux poids avait été déposé, qu’elle ne supportait plus la même masse qu’avant.
Lors de sa dernière visite à la maison, elle m’était apparue comme entière, brusque, envahissante. Elle rayonnait, au-delà de ses limites corporelles, comme hérissées, un peu à la manière dont avait du être la grenouille qui voulait se faire dans la fable de la Fontaine aussi grosse qu’un bœuf. Etait-ce cette colère sous-jacente qui la gonflait ?

Parallèlement un peu après un récit fait par ma femme, me rapportait les résultats d’une consultation où elle avait relevé la colère qui habitait certaines de ces relations celles avec sa mère, sa fille cadette, celle de la constellation puis celle de sa sœur puînée.

La visite.

Deux jours plus tard de vive voix, lors d’un court séjour, ma plus jeune me confiait son ressentiment, sa colère personnelle. Elle se sentait en colère d’un poids qu’elle avait porté pour d’autres disait-elle. Peut-être, la seule évidence, était ce sentiment qui l’habitait et dont elle percevait consciemment la nature et la vivacité. Puis elle me dit : «  J’ai l’impression que je vais me mettre à pleurer «  et elle disparut rejoindre son lit. Que se passait-il en elle, elle avait basculé de la colère aux larmes sans avertissement.

Hibou

Le hibou.

Un souvenir récent vieux de quelques mois me traversa l’esprit, Ma surprise en constatant lors d’un regard plus pénétrant que les autres jours que l’oiseau en plâtre que je lui avais offert quelques années plus tôt, n’était pas une chouette, comme je l’aurais facilement juré, mais un hibou. Et ce hibou était en colère. L’expression ne m’en était sans doute pas apparue lors de l’achat tourné que j’étais vers le symbole de la chouette. Ce même hibou en colère réapparaissait comme un symbole d’une projection à l’extérieur d’un vécu intérieur. La colère nommée à la session de constellation s’était manifestée, s’était déjà exprimée via le hibou mais à présent elle était reconnue. 


La colère.

Toute l’énergie utilisée pour s’en prémunir, la réprimer ou la cacher n’était plus nécessaire, d’ou semblait-il, le poids dont elle s’était débarrassée. Ne pouvait-on imaginer que son allure physique était un peu comme celle de l’oiseau qui gonfle ses plumes. Il se gonfle pour exprimer aux autres sa colère et la distance qu’il veut maintenir face aux autres. Ou pour maintenir une distance entre lui et le sentiment de colère dont il est inconsciemment porteur. Alors que je mets le texte au net, une pensée nouvelle insiste pour être reconnue. C’est la rengaine qui fait souvent partie de l’ambiance familiale coté mère.
« Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. »
Il faut être essentiellement positif dans ses regards sur les autres, il est interdit d’en dire du mal, de les critiquer. N’est ce pas la même chose qui se rejoue ? Pour éviter de voir que l’on est en colère, de reconnaître ce sentiment,  le plus simple est de l’éliminer et de ne pas montrer que l’on souffre du tord fait par un autre, que l’on est envahi. S’écraser, Etre tout sourire. Ne pas critiquer.


La grand-mère maternelle.

Cette attitude était reprise de la grand-mère qui s’était enfermée dans son mutisme et dans la phrase bien ancrée, 
« On ne critique pas, !. » et cela pour cacher ses sentiments, et pourquoi pas sa colère.


La suite de l’histoire.

Et si un jour prochain la concrétisation physique de cette prise de conscience était une diminution pondérale conforme à ses efforts de régime. La carapace, son armure, sa susceptibilité, établie pour envelopper sa colère inconsciente devrait rapidement être mise en pièce, s’effriter car elle avait perdu la raison de dissimuler ce sentiment caché et qu’elle le porte en son nom, au nom de sa mère au nom de sa grand-mère n’y changerait rien. Le complexe inconscient venait d’être percé comme pourrait l’être la bonde du tonneau ou le ballonnet de l’anniversaire. Etait-ce le fait qu’elle soit née le jour après la naissance de sa mère, à un jour de la date anniversaire de la mort de la grand-mère maternelle qui entraînait cette colère dans les générations. 
Heureux moment d’échange, son visage s’était modifié avait pris un rayonnement de maturité et de sérénité que je ne lui connaissais pas. Plusieurs personnes dont son mari avaient noté le changement qu’ils avaient perçu en elle et le lui avaient dit clairement. Ses traits étaient plus détendus et elle ne donnait plus cette impression de boule de nerf, elle ne gonflait plus ses plumes à la manière du hibou.